10 juin 2011

De saint Janvier à Jipitou

B XVI baisant le reliquaire qui
contient le sang de JP II et les
anticoagulants.
Que manque-t-il à Jean-Paul II pour être saint ? Une auréole, certes, mais surtout un second miracle. Pour augmenter la probabilité de ce miracle et répondre rapidement à l’exigence du santo subito, le meilleur moyen est de fournir à la foule des fidèles une relique guérisseuse. C’est pourquoi le sang de Jean Paul II a été exposé à la vénération des croyants pendant la cérémonie de sa béatification, dans un reliquaire d'argent brandi par la première (et jusqu'ici unique) miraculée. 
Ce bienheureux sang reste aussi fluide que celui de Saint Janvier, patron de Naples, lequel se liquéfie spectaculairement trois fois par an, quoiqu’il se murmure qu'il s'agirait en réalité d'un mélange de chlorure de fer, de carbonate de calcium et de chlorure de sodium aux propriétés intéressantes : naturellement solide, il se liquéfie lorsqu’il est remué et chauffé, ce qui ne manque pas de se produire lors des trois processions annuelles. 
Tel n’est pas le cas de celui de Jipitou, prélevé lors de sa maladie et additionné d’anticoagulants en vue d’une éventuelle transfusion. Ce sang authentique, s’il produisait le miracle attendu, permettrait au Vatican de faire d’une pierre deux coups : canoniser le pape polonais et faire définitivement la pige à saint Janvier, dont le prétendu miracle est prudemment qualifié par l’Église de simple prodige, et dont l’existence même a été mise en doute.

26 mai 2011

Fluctuat nec mergitur

Le ciel s'est couvert aujourd'hui de nuages menaçants.
Il fait presque froid à Paris.
Les beaux jours sont finis, me dis-je.
À M. qui vaque à des opérations culinaires, je lance :

— Il ne fait pas beau, dis-donc. S'il pouvait pleuvoir, encore, ce serait bien, mais non, il ne pleut pas.

Sombre, mais il ne flotte pas, me répond-il simplement.

24 mai 2011

Le roi du Camembert, sonnet facebookien à 2 voix.

Au départ, un magnifique titre-alexandrin en dernière page d’ Ouest-France du 24 mai 2011 : « Le roi du camembert est un homme secret ».
Sur Facebook, Jean-Louis Bailly termine le quatrain. J'enchaîne sur le mien : voilà le début d’un sonnet ! Nous poursuivons l’alternance, j'achève par une pointe, comme il se doit. Merci la P.Q.R. !




Le roi du camembert est un homme secret :
Des fermentations il connaît les arcanes ;
Dans le retrait ombreux d’un riche cabinet,
Il hume du claquot les vapeurs paysannes…

Je l’imagine assez arborant un béret,
Le faciès tuméfié par de rouges tisanes,
Votant contre la construction d’un minaret,
Mais rêvant de violer des bonnes musulmanes,

Et rêvant de conquête, aussi ! De devenir
Empereur du jambon, prince de la baguette,
Grand-duc du beaujolais, et du sandwich émir !

Mais dans vingt ans vieilli, frustré de la braguette
Devenu, enrichi, un monsieur pas marrant,
Il sponsorisera un petit trimaran.

J.-L. B. & E. C.

21 mai 2011

Irrationnel

Publicité pour l'Ipad
Un article de Guillaume Champeau paru sur numerama.com  montre ce que l'attitude de plusieurs  macintosholâtres de mes amis — il y en a de nombreux dans la presse — m'avait toujours fait soupçonner. Des chercheurs neurologues ont découvert (grâce à la résonance magnétique) que la région du cerveau activée chez un fan d'Apple quand on lui montre des produits Apple est la même que celle qui irradie habituellement les cerveaux des croyants qui voient des images religieuses. Je fais part de cette découverte qui m'amuse beaucoup à M. qui me répond aussi sec : — Il y aurait donc dans le cerveau une zone dédiée à l'irrationnel ?

13 avril 2011

Accélération

Les vacances se terminent, elles furent superbes. Dix jours de franc soleil au cours desquels nous avons observé, M. et moi, dans une sorte d'accélération du temps, l'apparition du printemps, sa brève installation  puis son remplacement rapide par l'été. Le marronnier, dont les feuilles vert tendre pointaient à peine à notre arrivée est maintenant couvert de grappes roses et blanches et joue pleinement son rôle de faiseur d'ombre. Les iris sont apparus le long du muret, les blancs d'abord, les bleus ensuite, ils sont fanés aujourd'hui. Les lauriers-tins ont viré du blanc au rouille et les pissenlits dont l'herbe de l'aire était parsemée ont éclaté en boules gris-poudre. Les insectes ont grouillé, les chauves souris ont dansé chaque soir au chant du rossignol, les tartalasses ont plané, on a même vu un frelon géant, quelques scorpions, et un hanneton dont je croyais l'espèce disparue. 
— C'est décevant, dit M. Pourquoi ça s'est arrêté ? Je m'attendais à voir les feuilles jaunir puis tomber, l'aire roussir et sécher, et la neige se mettre à tomber.

03 avril 2011

Zadig



Interrogé avec d'autres hier par le Figaro.fr à l'occasion de la journée du livre politique, Lefebvre a confirmé sa popularité twitterienne à la suite de la gaffe enregistrée ci-dessus, par laquelle il confond le titre d'un conte de Voltaire avec une marque de prêt-à-porter.
Avec comme dénominateur commun le hashtag #bibliolefebvre, les twittos se sont aussitôt déchaînés, contrant par leur verve la menaçante déprime d'un dimanche pluvieux. Florilège :

L'Iliade et l'Eau d'Issey Miyake
Le lion est mort ce soir de Joseph Kessel
La case de l'oncle TomTom
Cent ans de bravitude par Ségolène Garcia Marquez
Belle des champs du seigneur d'Albert Cohen
MonChéri de Colette
Les Flowers du mal, de Kenzo
Le pendule de Jean-Pierre Foucault
Le Rouge et le Noir de Jeanne Mas
À la recherche du pain perdu de Marcel Craquotte
Les Misérables de Victor Hugo Boss
Les Mousquetaires des 3 Suisses
Le mythe de Samson et Dalida
Michel Strogonoff de Jules Verne
La Princesse de Clèves par Galerie de Lafayette
Les frères Bogdanov de Dostoïevski
Le Crime de l'American Express d’Agatha Christie
Alfa Romeo et Juliette de Shakespeare
L'éducation sent l'emmental de Flaubert
Triste Tropico de Claude Lévi-Strauss
J’encule… ! d’Émile Louis Zola
Notre Edam de Paris (Hugo) ou Notre Dame de Paris Hilton
Le Roi Amanda Lear de William Shakespeare
Un Château en Béhème
Fukushima mon amour
Ulysse dans la vallée (non sur Twitter, mais sur FB, par JL Bailly)
Ainsi parlait Zara de F. Nietszche
Le pass Navigo, de Marcel Aymé
Au bonheur d’Etam
Babybel-ami de Maupassant

Et ça continue ! (ajouté plus tard, mélange Twitter et Facebook)

Les souffrances du jeune Werther's Original de Goethe
La possibilité Dunhill par Michel Houellebecq
Pour qui sonne le Carglass, d'Hemingway
Les Versace sataniques de Salman Rushdie
1664 de George Orwell
Coca cola Breugnon, de Romain Rolland
Du côté de chez Swatch et À l'ombre des jeunes filles en Fleury-Michon de Marcel Proust
Le Petit Bateau ivre d'Arthur Rimbaud
La Dolce&Gabbana de Federico Fellini
Les malheurs de Sofitel de la Comtesse de Ségur
La Princesse Tam Tam de Clèves (Mme de Lafayette)
Ainsi parlait Zara (Nietzsche)
Boulangerie Paul et Virginie (Bernardin de St Pierre)
De la Vertu et du Levis (Plutarque)
La promesse de l'Aubade (Romain Gary)
Le Dim de la vie (Raymond Queneau)
L'Île au Trésor de Lancôme (R. L. Stevenson)
À la recherche du Tampax perdu (Proust)
L'Apple de la forêt (Jack London)
La possibilité d'Unilever (Houellebecq)
La mouette et Chandon (Tchekov)
Les contes de Cadbury (Geoffrey Chauce)
La bibliothèque de Babybel (Borges)
La ruée vers l'Oréal
L'enlèvement des Trois Suisses (Mérimée)
What a Waterman (Perec)
Les Kodak (Tolstoï)
Au cœur croisé des ténèbres (J. Conrad)
Les Chants de Marlboro (Lautréamont)
Lolita Lempicka (Nabokov)

Bref, il s'agit là d'une nouvelle contrainte : à vos claviers !


PS (ajouté un peu plus tard) : ce florilège est d'autant plus nécessaire que le hashtag #bibliolefebvre est rapidement monté en tête des TT (tendances), ce que voyant, les bots (moteurs) ont rapidement envahi le compte de leurs spams.

28 mars 2011

Miracle !

« T'as vu ? » dis-je à M. plongé dans le match de rugby Goucester-Harlequins, « un nouveau miracle de Lourdes officiellement reconnu ! »
C'est un type qui, à la suite d'une hernie discale, avait partiellement perdu l'usage de la jambe gauche, et s'injectait régulièrement un mélange à base de morphine pour moins souffrir. Et pof, après s'être imbibé d'eau de Lourdes, il ressent douleur, picotements, réchauffement de la jambe et remarche normalement. Miracle !
« Ça montre bien , dit M., que Dieu fait n'importe quoi. C'est même pire que le Loto », ajoute-t-il, un peu déçu de n'avoir rien gagné à l'Euromillion.

25 mars 2011

Catastrophe nucléaire, anagrammes

Le réacteur 3 de la centrale de Fukushima









Mars 2011

Il a été un tracas proche
Où le petit écran crasha
Puis te harcela. Raconte,
Ah, narre, ça éclipse tout.

Chacun reposait. Alerte !
L’écorce patina, s’heurta
Ça percuta l’aéré Shinto ;
Pis, ta terre chancela. Où

S’accroupir, étalé, hanté ?
Un archipel resta à côté.
L’océan, ce prurit, se hâta,
L’eau charria cent potes,

Et plus encore. Haïr cata ?
Accepter ? L’eau, trahison,
(ah !) constipa le réacteur
Au crépit alors étanche.

TEPCO, lui, resta acharné ;
Holà ! pancarte sécurité !
La torche saute, caprine,
L’atroce peur hante, scia

Réacteurs à plein cahot.
Acte sur ton cahier pâle :
« Par échec, autorisent la
Catastrophe nucléaire ! »

EC

NB : poème anagrammatique. Chaque vers est formé des lettres de l'expression «catastrophe nucléaire», mais rangées dans un ordre différent. Milexcuz pour le «crépit», orthographié ici par analogie avec «enduit». 

14 mars 2011

Con-fusion

Fusion thermonucléaire dans une étoile
Que les événements tragiques qui se sont produits et continuent de se produire au Japon suscitent de l'émotion, c'est bien normal. Ce qui l'est moins, c'est qu'aveuglé par cette émotion, on écrive n'importe quoi sur FB, Twitter ou son blog. (Comme on dit chez Twitter himself, Google before you Tweet !). 
Passons sur la promptitude de certains à profiter de la peur d'une catastrophe nucléaire qui ne s'est pas encore produite mais qu'ils semblent presque appeler de leurs vœux car elle justifierait leur combat. 
C'est de la langue seulement que je veux parler. Et d'entendre ou de voir écrit sur certains blogs, à propos de la centrale de Fukushima, les mots «fusion nucléaire», ça me hérisse !
La fusion du cœur d'un réacteur (réacteur qui fonctionne grâce à la fission nucléaire c'est à dire à l'énergie produite par le cassage de noyaux d'atomes lourds) c'est la fonte de son combustible et des gaines en alliage de zirconium qui l'entourent. Ce mélange liquide forme ce qu'on appelle le corium (du mot anglais core qui veut dire cœur).
Rien à voir avec la fusion nucléaire, qui désigne le phénomène qui se produit dans les étoiles et notre soleil. Dans ce cas le mot  fusion renvoie au verbe fusionner et pas au verbe  fondre. Car l'énergie est produite par la réunion (fusion) de deux noyaux d'atomes légers qui en créent un plus lourd, et non pas par la division d'atomes lourds comme dans la fission. Comme c'est cette technologie de la fusion qui est utilisée dans la bombe H, le mot fusion désignant la fonte des matières fissiles est abusivement associé à explosion nucléaire... Et ça fait peur!
Et voilà comment on va de la fusion à la con-fusion !

26 février 2011

Clavier muet

La seule façon correcte de parler de la mort doit être pataphysique, c’est-à-dire scientifique. 
L’œuvre gaiement thanatologique de Jean-Louis Bailly voit s’imbriquer deux récits  comme deux voix d’une invention : celui d’une inexorable décomposition de trois ans qui fait se succéder sur le cadavre d’un pianiste les huit escouades nécrophages décrites par Mégnin en 1894, et celui de sa vie brève de virtuose autiste et cocufié. 
Le clavier muet sur lequel il s’exerce est le jumeau d’un squelette enfin débarrassé des cordes de ses nerfs, des marteaux de ses muscles, des feutres de sa peau.
Vers la poussière a été édité en 2010 chez Arbre vengeur et coûte 13 euros. 

12 février 2011

Fantômas


Il aurait frémi, le passant qui serait passé, aux alentours de 20 heures ce vendredi 11 février 2011, dans l’étroite et sombre rue du Volga, une des rues les plus mal famées de ce vingtième arrondissement de Paris, en longeant la blancheur légèrement phosphorescente d’un portail ouvrant sur un atelier dont les fenêtres grillagées et les vitres dépolies laissaient cependant apercevoir de la lumière et deviner la présence d’une nombreuse assemblée. 
Il aurait frémi en entendant sourdre de ce portail une étrange mélopée, dont une oreille exercée pouvait percevoir certaines paroles propres à lui hérisser le poil ! 
« Insaisissable  criminel ! », invoquait une voix sépulcrale.
« Canardez-nous ! » répondaient avec conviction une quarantaine de voix tant masculines que féminines. 
« Sinistre bandit ! » continuait la voix. 
« Endormez-nous ! » implorait la foule. 
« Énigmatique forban ! » poursuivait le maître de cet étrange culte. 
« Kidnappez-nous ! » gémissait l’assemblée avec force. 
« Ah, quelle église impie, quelle secte criminelle cet atelier abrite-t-il donc ? » se serait interrogé notre passant potentiel. Mais s’il lui avait été donné d’observer ce qui était dissimulé à ses yeux par les murs épais de l’atelier du mystère, ce n’est pas un frémissement qui l’aurait parcouru, non ! mais bien une tétanisation foudroyante de tous ses muscles, comme seules peuvent en provoquer l’épilepsie ou l’électrocution ! 
Car dans l’antre maudit d’où s’échappaient ces litanies, il aurait immédiatement remarqué, sur un autel de fortune dressé à la droite de l’officiant, les affreux instruments des plus épouvantables supplices, colorés du sang encore frais de leurs récentes victimes !
Là pendait le crochet de boucher, dégouttant d’un liquide qui n’avait jamais circulé dans les artères d’un bœuf, d’un cochon ou d’un mouton. Là reposait la hache, au tranchant coloré d’un odieux vermillon. Des flacons contenant les poisons les plus foudroyants étaient disposés sur la nappe ainsi que des burettes sacrilèges. De la lame dégoulinante d’un massicot, dépassait une main encore palpitante. Une corde de chanvre — ayant servi à quels étranglements ?  — était nouée au dessus de la table. Un crucifix ensanglanté, suprême blasphème, émergeait d’un fouillis de perruques, de masques, de fausses barbes et de faux cols.
À coup sûr notre passant se fût évanoui…
Il aurait ainsi failli à constater avec quel entrain et quelle gaîté les fidèles qui venaient d’accomplir ce sombre rituel s’étaient précipités, sitôt les mots «ainsi soit-il» prononcés, sur les dizaines de bouteilles de vin blanc et de vin rouge mises à leur disposition, attitude contrastant étrangement avec le sérieux dont ils faisaient preuve les minutes précédentes.
Comment ces gens (dont certains étaient octogénaires), pouvaient-ils paraître si heureux et si détendus, comment pouvaient-ils trinquer sans aucun souci apparent et rire si franchement alors qu’à un mètre d’eux à peine étaient étalées en chair et en os les pires horreurs dont leur inconscient puisse nourrir les rêves des psychopathes ?
C’est que cette mystérieuse assemblée, cette réunion aussi clandestine que repoussante, était le fait de collégiens ! Oh, certes, pas de collégiens dans l’acception vulgairement scolaire du terme, non, mais dans celle de membres d’une société secrètement fausse et faussement secrète, confidentiellement illustre et ouvertement confidentielle, littérairement scientifique et scientifiquement littéraire, en trois mots le fabuleux Collège de ’Pataphysique!
On sait que les optimates de cette société ne divisent pas le temps selon nos habitudes qu’ils qualifient de vulgaires, et ont adopté un calendrier nouveau. Ce calendrier, toujours en usage dans leur cercle restreint, a ceci d'original qu'il intègre à ses mois des jours imaginaires hors-semaine (le 29 Gidouille, plus le 29 Gueules pour les années bissextiles), ce qui lui permet de former 13 mois réguliers de 28 jours chacun (avec une exception, pour confirmer la règle). Il a aussi ses saints propres, qui n’ont que peu de choses à voir avec les saints de la religion catholique romaine. C’est ainsi que Saint Fantômas, archange, se célèbre chez eux le 3 Tatane (date correspondant au 16 juillet de notre calendrier) en compagnie de Se Crapule, puriste.
Ce que célébraient en effet, dans ce lieu reculé et sinistre de l’Est parisien, les membres de cette société secrète, c’était le centenaire du Maître de l’Effroi, du Roi du Meurtre, du Génie du Mal, bref le centenaire de Fantômas, héros maléfique du roman feuilleton de Souvestre et Allain !
La soirée, initiée par le Régent Pierre David, collectionneur obsessionnel de reliques de Fantômas, avait commencé par la visite d’une exposition issue des circonvolutions con-tournées de la cervelle du Régent Azerthiope, expert en horreurs de toutes sortes, à partir des documents fournis par ledit Pierre David et photoshopés par l’équanime rédactrice de ce blog, et de sa propre collection d’objets immondes, le tout sur fond de complainte de Fantômas de Robert Desnos et Kurt Weill chantée par Léo Ferré, trouvée à l'INA par l'équanime citée ci-dessus et dûment gravée par Will Noonan
Elle s’était poursuivie par la lecture d’un centon de François Le Lionnais intitulé De la redondance chez Vestrain, fabriqué à partir des dernières phrases des 32 épisodes de Fantômas écrits par Souvestre et Allain. 
Puis par la lecture, par l’auditeur emphytéote Alain Chevrier lui-même, de deux poèmes de Max Jacob sur Fantômas et d’un poème érotique faussement attribué à Apollinaire mais œuvre du Transcendant Satrape Pascal Pia
Puis par l’interprétation torride d’un dialogue entre l’atroce Fantômas (interprété par Roger Lajus) et sa maîtresse, la belle Lady Beltham incarnée dans l’inoubliable Pauline
S’en était suivi le numéro prodigieux d’un spécialiste incontesté du crime, le célèbre historien Dominique Kalifa, auteur incommensurable de L’Encre et le Sang
Puis par celui de l'illustre romancier Didier Blonde, nous dévoilant les avatars de la cagoule de Fantômas ! 
Puis enfin par la projection au cinématographe d’une œuvre étonnante de Moerman, Monsieur Fantômas, film surréaliste, présenté par le Régent Stéphane Mahieu
Et c’est au moment de la récitation collective des litanies de Saint Fantômas, archange, que notre imbécile de passant potentiel serait passé, ratant le début et la cause, et ignorant à jamais les mystères de la ’Pataphysique !

07 février 2011

France

À l'occasion du 50e anniversaire de la construction du paquebot France,  et d'une exposition du musée de la Marine avec les 6 lettres de FRANCE disséminées dans les salles, reportage sur France 2 : archives de discours de De Gaulle et témoignages divers, parmi lesquels celui d'un mec qui déballe d'un carton une de ces lettres lumineuses, qui étaient parait-il visibles de fort loin. — Quelle lettre est-ce ? demande le reporter. — Je crois qu'il s'agit du F, répond le déballeur. — F comme quoi ? demande intelligemment le reporter. — F comme Foutaises, répond M. avant lui.

04 février 2011

Exponentielle ?

Aux infos d'hier ou d'avant-hier, une journaliste retraçant l'histoire de la crise financière parle, à propos des hedge funds, d'une « prise de risque exponentielle » (sic). 


— Que veut-elle dire par là ? demandé-je, perplexe, à M. plongé dans son bouquin et qui n'écoute que d'une oreille.

Il lève les yeux et me répond :

— Sans doute qu'elle n'est pas logarithmique.

13 janvier 2011

Botox et BBC

Miriam O'Reilly
Aux infos de France 2, on conte l'histoire de Miriam O'Reilly, une présentatrice de la BBC virée pour cause de rides, qui vient de gagner son procès contre son employeur, ce qui fera jurisprudence.
— « Désormais il sera impossible de virer un présentateur à cause de son âge », conclut la journaliste.
— « Et voilà, on a perdu tout espoir d'être débarrassé de Drucker », commente M. avec amertume.

02 décembre 2010

Normes énormes

L'expat' Laurent C., isolé dans sa lointaine Ukraine, a eu la bonne idée de s'abonner à La Quinzaine littéraire. Il y a trouvé l'autre jour un article intitulé «Raymond Queneau et les premières années de l'Oulipo» et signé de Jacques Duchateau, membre de l'Oulipo depuis le début (il est né en 29). Comme cet article traite des rapports de l'Oulipo avec la 'Pataphysique, il a pensé que cela m'intéresserait. Il avait raison : non seulement ça m'a intéressée, mais ça m'a hallucinée !
Selon Duchateau, qui fait très fort dès l'intro, il y aurait eu au début 3 groupes d'Oulipiens : 
1) Le groupe des scientifiques, dans lequel il met Claude Berge et François Le Lionnais (puis Paul Braffort plus tard), 
2) Celui des pataphysiciens, avec Latis et Noël Arnaud seulement.
3) Celui de cinq autres membres « beaucoup plus proches instinctivement des scientifiques que des 'pataphysiciens » [sic, aussi pour l'apostrophe] à savoir  Bens, Lescure, Queval, Schmidt et Duchateau lui-même. 
Toujours selon le même Duchateau,
Queneau, [...] appartenant aux trois Groupes, [...] voulut intégrer l'Oulipo à l'intérieur dudit Collège. On peut s'interroger sur les raisons profondes d'une telle fusion, impliquant que tous les travaux de l'Oulipo soient considérés comme relevant de la 'pataphysique, ce qui n'était absolument pas le cas, y compris d'ailleurs aux yeux de Queneau...
Passons sur la séparation qu'opère Duchateau entre la 'Pataphysique et la Science. Elle est proprement ridicule pour qui connaît un peu ce dont il s'agit. En effet, pour le Satrape Queneau comme pour tous les pataphysiciens — et parmi eux le Dataire Jacques Bens (par ailleurs agrégé de Sciences Naturelles) et le Régent François Le Lionnais, qui bizarrement semblent tous deux exclus du Collège par Duchateau —  la 'Pataphysique est la Science. 
Passons donc et interrogeons plutôt ce Collège, qui a gardé précieusement les traces de cette époque, en particulier des lettres de Bens et de Queneau, d'ailleurs montrées à Duchateau, paraît-il très étonné de la démarche du Transcendant Satrape qui souhaitait que l'Oulipo « soit quelque chose dans le Collège de 'Pataphysique ». Pourquoi le voulait-il tellement ?
Selon Jacques Bens, l'Oulipo qui liait la mathématique et la littérature et s'attachait à la forme plus qu'au contenu, permettait de sortir enfin de ce contenu, qui était devenu (avec Sartre et Camus, entre autres) l'ornière dans laquelle s'entassaient pêle-mêle sentiments, politique, morale, métaphysique etc.
Mais Queneau, qui selon le P.E.G. actuel « était loin d'être un âne », n'avait-il pas pressenti que l'excès de forme comportait lui aussi un risque ? À la question de savoir si les contraintes consistaient à inventer des normes, il répondait oui, mais « des normes énormes » ! Bref, si la contrainte oulipienne n'est pas pataphysique, ne risque-t-elle pas de devenir académique ?

26 novembre 2010

Pétaflop

Aux infos du 13 h de France 2, le journaliste « scientifique » s'extasie sur le supercalculateur français, 6e du monde, destiné à modéliser les essais atomiques qu'on s'est engagés à ne plus faire. « Il peut faire autant d'opérations en 1 seconde que l'ensemble de la population mondiale en 48 heures » dit-il en levant les bras au ciel.
— Dans la mesure où 99 % de la population mondiale ne dépasse pas les opérations à deux chiffres, ça fait pas tellement, dit M.

21 novembre 2010

La suite dans les Actes !

Le 14e colloque des Invalides se tenait vendredi dernier au Centre culturel canadien, sur le thème Films et plumes. Vous connaissez la contrainte ? Cinq minutes, pas une de plus, par intervenant. Cette forme inhabituelle a pour effet de rendre le colloque toujours passionnant, parce qu'on n'a jamais le temps de s'y emmerder.
Certes, il est des universitaires qui ont du mal à changer leur rythme habituel et qui, perdus dans leur idée, ne voient pas s'avancer, inexorable, celui qui leur coupera le sifflet par ces mots sans pitié : «la suite dans les Actes!» La salle rigole et le pauvre orateur le prend plutôt bien, de toutes façons c'est chaque année son problème.

C'est Alain Chevrier qui a démarré cette année, et tout essoufflé par l'effort qu'il avait dû fournir pour arriver à l'heure de sa province, il a débité dans les temps impartis son texte Cinépoésie sur les poètes et le cinéma, conviant successivement et sans respirer Apollinaire, Soupault, Aragon, Cendrars, Desnos, Péret, Prévert, Cocteau, Michaux, Isou, Queneau (Ah! le chant du Styrène...), Grangaud, Gleize, Alféri, et Baetens.

Daniel Zinszner lui a succédé, évoquant le professeur Frœppel (oui, celui de Tardieu), pour suggérer la création d'un indice ϰ (kappa) de cinématographitude des textes, destiné à mesurer leur capacité à produire des images mouvantes. Sur cette échelle de 1 à 10, le sonnet en X de Mallarmé aurait un ϰ de 0,76 alors que Les Trois mousquetaires flirteraient avec le 9,99.

Marc Décimo, qui a un don pour dénicher les choses curieuses, a enchaîné sur Michel Bréal au cinéma, montrant à l'écran de délicieux petits films d'époque, muets bien entendu, dont une conférence, désopilante à regarder, du fameux linguiste dont on adore les yeux malins.

Avec Paul Schneebeli, on a abordé sous le titre Imperia et Tue-la-Mort le domaine passionnant du cinéroman des années 1904 à 1935, et des rapports marketing étroits entre films et journaux de feuilletons comme le petit Parisien, dont le tirage, ainsi attisé par le cinéma, put atteindre 1 million d'exemplaires par jour.

Claude Makowski a ensuite abordé la Physique du film, d'abord avec le nitrate de cellulose qui brûlait bien dans les incendies, puis avec l'acétate de cellulose, pas plus durable et puant l'acide acétique, pour s'inquiéter de l'avenir des supports numériques actuels.

Christophe Bourseiller a évoqué en Debord Celui qui tourne et détourne, finalement rattrapé par le Beau comme en témoignaient les magnifiques extraits qu'il nous a passés.

Françoise Gaillard nous a révélé les films de cul que Flaubert se projetait dans sa tête (c'est à dire dans ses avant-textes), et notamment à propos de Salammbô, qualifié par lui-même de « baisade sous le péplos ». Comme je sors de l'expo Gérôme, je comprends mieux.

J'attendais après la pause café Alain Zalmanski, qui chaque année s'attache à détourner le sujet et qui cette fois nous a montré une liste d'images de films dont le titre contenait le mot « plume », depuis Plumes de cheval des Marx Brothers jusqu'à certaine Plume perverse classée dans le « charme ».

Henri Béhar, grand spécialiste du surréalisme, avait préparé une étude sur Roger Vitrac, le retour de manivelle. Il a été coupé par le gong des 5 min, mais a pu citer un de ses dialogues dont je me rappelle ceci : « je méprise l'argent, alors il se froisse ».

Avec Pascal Durand c'est Mallarmé qui déclare à propos d'un projet de livre illustré : « je suis pour — aucune illustration. Mais si vous employez la photographie, que n'allez vous droit au cinématographe ? ».

Anne-Violaine Houcke a enchaîné avec Pasolini ad bivium, montrant le dynamitage méthodique du classicisme grec par le cinéaste du trivial au sens propre (le carrefour des trois voies où se tient la prostituée).

Jean Vallier a poursuivi avec les rapports entre Losey et Duras (leur correspondance est conservée à Londres) et les échecs successifs de leurs tentatives de collaboration.

Dominique Noguez s'est ensuite moqué des écrivains coincés, méfiants, coquins et givrés face au cinéma, qu'ils condamnent a priori (Duhamel), ou dans lequel ils voient une émanation de la plus basse humanité (France). Sans parler de Suarès qui parle d'un art de singe. Alain et Proust restent réservés. Aragon, Picabia, Desnos et même Colette feront basculer la culture du côté du nouvel art.

À la table du déjeuner, partagée avec mon amie Sophie et Philippe Didion, j'ai appris de ce dernier une récidive en plagiat de « gîte pour clébard », hin hin hin, qui m'a honteusement réjouie (1).

Un peu alourdis par le confit de canard aux pommes sarladaises, nous avons écouté Yves Thomas nous parler de Louis Feuillade et de Paris aux pieds de Fantômas.

Puis Marc Dachy nous a montré un étonnant film de Man Ray, monté en catastrophe à partir de pellicules impressionnées directement par l'ombre d'objets éclairés (sans que les objets la touchent), et de séquences de  vraies images filmées à la caméra.

Maurice Culot a parlé des rapports de Marcel Lherbier avec Georgette Leblanc, 54 ans, la sœur de Maurice et l'égérie de Maeterlinck, dont il s'éprend à 26 ans alors qu'il sort avec sa nièce, tout en étant homosexuel, enfin je n'ai pas tout compris.

Olivier Salon a assumé totalement et sans vergogne aucune son hors sujet en nous offrant un beau présent plutôt coquin sur les lettres de Films et Plumes, intitulé Les sept mille puits. Genre « le lit est le lieu usité, le slip étui fesse et festif etc.»

Bernard Girard a parlé du ciméma lettriste et des cinéastes lettristes. Mais j'ai eu comme une baisse d'attention, là.

Jean-Michel Durafour a nettoyé de façon salutaire quelques malentendus sur Kafka vu uniquement comme victime de la bureaucratie, en montrant qu'il allait au ciné comme à la noce, lisait Paul Bourget, allait au bordel comme tout le monde et écrivait aussi des trucs pornos.

Crevée par une récente opération et les médicaments y attenant, j'ai failli partir à la pause café mais j'ai bien fait de rester.

C'est Rohmer qui a repris le marathon avec Noël Herpe. Rohmer écrivain ? Ou Rohmer adaptateur d'œuvres littéraires qu'il respecte à la lettre comme la Marquise d'Ô, Perceval le Gallois, l'Astrée. On regrette qu'il n'ait pas mené à bien son projet des Petites filles modèles.


Alice d'Andigné a mené tambour battant son intervention en 5 min pile sur le thème Plus c'est court moins c'est long  et s'est interrogée sur les standards de durée, observant qu'avant ces standards le cinéma prenait les œuvres à bras le corps.

Sima Godfrey, toujours brillante, a orienté son intervention sur les Indiens de cinéma et leurs coiffes de plumes, que la plupart des vrais Indiens, sauf les Sioux, n'ont jamais portée. Ou comment grâce au cinéma, l'Indien en est réduit à des plumes.

À tout seigneur tout honneur, le mot de conclusion est revenu à Nelly Kaplan, en pleine forme, avant une table ronde et rondement menée comme le reste, où l'on a beaucoup parlé de Proust, de ses critiques contre le cinéma et de sa lanterne magique.

La suite dans les Actes ! Ils seront publiés, comme les précédents,  aux éditions du Lérot, 16140 Tusson.

(1)  Extrait des Notules dominicales de Culture domestique de Philippe Didion : En feuilletant Livres Hebdo : Découvert dans la page "Annonces classées", sous la rubrique "Divers" : "Dans L'odyssée Cendrars (Ecriture, 2010, pp. 190-192) M. Patrice Delbourg a utilisé un long passage de l'article de M. Jérôme Meizoz "Blaise Cendrars antisémite" (Le Courrier, Genève, 5 avril 2007), sans le créditer. Le présent avis tient lieu d'accord entre les parties." Ce n'est pas la première fois que l'intéressé, qui aime tant les calembours qu'on a du mal à ne pas le surnommer Patriche Delbourg, se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. 

12 novembre 2010

Abstraction

Maria Montessori
Gérard Berry, de l'Inria, Régent de Déformatique au Collège de 'Pataphysique, membre de l'Académie des sciences et prof au Collège de France, arrive à se trouver quelques moments perdus. Il les occupe à éveiller les petits de l'école Montessori aux joies des mathématiques.
Voici ce qu'il nous a conté dimanche soir, en sortant de la cité Véron où était présenté le Faustroll annoté, qui paraît le 18 novembre prochain aux éditions de la Différence et que je vous recommande d'autant plus chaudement qu'il fait un temps de novembre.
Pour faire comprendre les nombres aux enfants, il leur pose des questions :
— par exemple, qu'est-ce qui représente le 1 ?
— C'est moi, ou c'est toi, ou c'est lui.
— Et le 2 ?
— C'est Papa et Maman !
— Et le 3 ?
— Papa, maman et moi.
— Le 4 ? Euh.. les 4 pattes du chien !
— Bien !
— Les 4 pattes du chat !
— Bien aussi !
— Le 5 ?
— Les doigts de la main.
— Le 10 ?
— Les doigts des deux mains, ou des deux pieds, etc.
Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il arrive à soixante.
— Soixante ?
Grand silence, les gosses cherchent.
Soudain, un gamin lève le doigt.
— Oui ?
— Je sais ! C'est l'âge de la retraite !

11 novembre 2010

Pepero

Le 11 novembre, c'est quoi pour vous ?
Le 315e jour de l'année ?
La fin de la première guerre mondiale ?
La journée des dupes ?
Le 21 brumaire ?
La saint Martin ? (Bonne fête, Martin !)
Le jour de naissance de Maurice Leblanc, Fiodor Dostoïevski et Jack London ?
Certes, c'est tout cela, mais c'est aussi et surtout... le Pepero Day !
Le Pepero Day, c'est un peu la Saint Valentin coréenne : ce jour là les jeunes gens s'offrent entre autres cadeaux ces biscuits au chocolat qui ressemblent nos Mikado. Ils ressemblent aussi à des «1», d'où le choix du 11/11.
Alors joyeux Pepero day à tous !

10 novembre 2010

Limite

Nous parlons, M. et moi, d'un monsieur vieillissant mais qu'accompagnent, depuis qu'on le croise, des filles de plus en plus jeunes. 

45 ans  environ pour l'antépénultième, 35 pour la pénultième, et visiblement 25 pour la dernière, si pas moins.

— Quand la fille aura 0 ans, il mourra
dit M.

Et devant mon air interrogatif, il précise, en bon mathématicien :
— C'est sa limite.

(phot. Wikimedia Commons)