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27 mars 2013

Le Mur (VIII)


Le zinc est mat, la tuile est sale, 
Les pigeons rampent sur le toit. 
En appuyant sur la pédale 
Je vois le mur avec effroi. 
Sur aucune carte postale 
On ne verrait un tel endroit ! 
Sa paroi de mastic s’étale 
Sans honte aucune devant moi, 
Produit de l’erreur magistrale 
D’un architecte maladroit. 
Peu d’espoir que quelqu’un ravale 
Cette façade, on le conçoit : 
Devant sa laideur sépulcrale, 
On ne peut que demeurer coi. 
Et pourtant vers lui je cavale 
Pour battre un utopique exploit. 
C’est celui du record en salle 
De vélo pour perdre du poids.

12 mars 2013

Le Mur (V) Octosyllabes



Du mur d’en face, sans trucage, 
La neige efface la couleur 
Et le fond dans un paysage 
Qui perd un peu de sa laideur. 

Le voyageur, sous un abri, 
Attend un bus hypothétique. 
Pour se déplacer dans Paris 
Il faut un naturel stoïque. 

La tour Eiffel a disparu, 
Du Sacré-Cœur on voit une ombre, 
Saint Augustin, pourtant ventru, 
Dans la vague du néant sombre. 

Pourtant je suis sur mon vélo, 
Et bien que je n’y voie que dalle, 
Vers le mur je fonce en solo 
En appuyant sur la pédale.

















23 juillet 2012

Ode à la drosophile


Je veux chanter la drosophile
Et son génome séquencé.
Sur notre recherche avancée,
Ce beau diptère se profile.

La confiture, elle en raffole,
Elle aime bien les fruits pourris, 
Les jus et le vinaigre aussi.
On la dit holométabole.

Quand pullulant elle dérange,
On la surnomme « moucheron ».
Elle a des yeux rouge marron,
Ou rouge plus vif, presque orange.

L’espèce melanogaster
Est de loin la plus étudiée :
C’est la plus simple à élever
En biologie moléculaire.

Sa vie n’atteint pas trente jours,
Mais elle se reproduit vite.
Avec sa minuscule bite,
Elle satisfait ses amours.

À vingt-cinq degrés centigrades,
On obtient un adulte neuf
Onze à douze jours après l’œuf.
Pour elle alors ça se dégrade,

Car sans émotion, le chercheur
Tripatouille ses chromosomes,
Pour couronner de beaux diplômes
Une scientifique rigueur.

Sans gène, il va chercher les siens
Pour mieux analyser les nôtres.
Il les croise avec plusieurs autres,
Et voit ce que cela devient.

Par exemple, en mathématique,
On voit bien que leur mutation
En quarante générations,
Produit un effet bénéfique,

Et que si l’on est opiniâtre
En progressant dans le maquis
De leurs caractères acquis,
On les fait compter jusqu’à quatre.

Reste à comparer leurs génomes
Avec ceux de diptères cons.
Un jour on espère bien qu’on
Pourra appliquer ça à l’homme.

Elle a des gènes — quinze mille,
Et des chromosomes géants.
Pour tout ce qu’elle nous apprend,
Je veux chanter la drosophile.

EC. 23/07/2012

Cette ode m'a été inspirée par un article scientifique récent : 

17 juin 2012

Dans le pré de Madame Carle

La cascade qui coule du Glacier blanc, vue du Pré de Madame Carle

Dans le pré de madame Carle,
D'un versant à l'autre des monts,
On entend les oiseaux qui parlent
Et le bruit du glacier qui fond.

Le silence est une verdure,
Le ciel est d'un bleu sans pareil ;
Ah pourvu que cet instant dure !
Il est midi sous le soleil.

La neige vole avec le vent,
Formant de petites fumées
Sur les crêtes qui sont devant
Nos pupilles émerveillées.

Surgissant d'une gorge sombre
Entre deux rochers élevés
Qui lui font quelques taches d'ombre,
La langue blanche d'un névé.

Le Pelvoux à la double cime
Incline ses fronts bienveillants
Sur des torrents et des abîmes
Qui ne sont pas plus effrayants.

Du glacier la cascade pisse
Un liquide blanc et crémeux,
Ouvrant les roches de ses cuisses
À l'alpiniste aventureux.

Les marmottes que les touristes
Nourrissent de Kinder Bueno
Ont de l'eczéma et l'air triste :
Mieux vaut leur donner des pruneaux ! 

EC 14 juin 2012






16 juin 2012

Le Queyras

Un des cadrans solaires de Saint-Véran, Queyras. (2042 m)

Le mélèze à la tendre aiguille
Sur le bord du torrent laiteux
D'un treillis vert mousseux s'habille
Étirant ses bras duveteux.

Sur le mur le cadran solaire
Révèle en quelques mots latins
Dans une image circulaire
La tristesse de nos destins.

Plantées dans des endroits visibles
D'imposantes croix de mission
Portent les symboles terribles
Des instruments de la Passion

Se chauffant le cul sur l'asphalte
Des marmottes aux poils touffus
Nous obligent à faire halte
Et à nous excuser, confus.

Le Viso souverain culmine
Pyramide lointaine, hélas,
Dont la silhouette domine
Les paysages du Queyras. 

                                                           E.C. le 11/06/2012

Une marmotte du Queyras
Une croix de mission


Le Viso, vu du col Agnel, 2e plus haut de France (2744 m)