25 mai 2012

Urgences à Bichat

F.-X. Bichat.  Phot. Medarus.org

J’ai bien connu Lariboisière
Et Pompidou pas mal,
Debré, mais pas Bichat. Génial,
Mais dans le genre austère.

Mêmes soignants et infirmières,
Même accueil en bocal,
Même décor froid et banal,
Même confort sommaire.

La visite est involontaire :
Problème intestinal.
Cela n’a rien d’original,
Mais mérite un scanner.

Je t’attends en faisant des vers :
Un travail matinal
Qui remonte un peu le moral
Que d’autre puis-je faire ?

Depuis cinq heures et des poussières
C’est dans le merdical
Qu’a basculé le conjugal.
Quant à la nuit dernière,

Nous n’avons fermé les paupières.
Tu  étais peu jovial,
Te plaignant du boyau fécal.
Ce fut une galère.

Déjà le transit urinaire
Était tout sauf égal,
Puisque un acte chirurgical
S’avérait nécessaire.

L’angoisse étreignait tes viscères
Serrement radical
Et même assez phénoménal,
Qui t’empêchait de faire

Depuis avant-avant-hier.
Mais un scanner normal
Quant au domaine cloacal
T’aura rendu plus fier.

En attendant que l’on t’opère,
Il faut prendre à l’oral
Et peut-être même  à l’anal
Des traitements divers,

Et porter comme une misère
Un truc dans ton cifcal :
C’est une poche et un canal
Tenant  par jugulaire.

Système assez rudimentaire
Pourtant plus amical
Que ce gonflement vésical
Qui était ton calvaire.

Deux litres et demi, peuchère,
Ça devait faire mal !
La prostate : ce  déloyal
Organe excédentaire !

23 mai 2012

Dans la même tombe

La tombe des deux amis
Depuis longtemps, j'essaie de trouver la forme qui convienne au récit d'une belle amitié, celle de mes deux grands-pères, amitié entre un protestant et un catholique qui se poursuit encore dans la tombe, aussi incroyable que cela puisse paraître.
J'ai essayé des formes courtes, j'ai essayé des formes plus longues. Finalement, c'est la contrainte des twittérateurs, cent quarante caractères par paragraphe, qui me paraît traduire le mieux ce que je voulais transmettre avec cette histoire.
Albert et Pierre mes deux grands-pères, étaient deux vrais amis. L’un officier, catholique et breton, l’autre médecin huguenot de la Drôme.
Albert avait un fils de 7 ans, mon père, et une fille plus jeune. Pierre avait 4 filles comme le Dr March. Ma mère, 6 ans, était la seconde.
Ils s’étaient rencontrés par le plus grand des hasards, pendant des vacances en famille au bon air du Chambon-sur-Lignon. Ils s’étaient plu.
Ils se sont retrouvés aux prochaines vacances, puis aux autres. Ils se sont baignés dans les rivières, ils ont crapahuté dans les montagnes.
Albert faisait des acrobaties, des jeux de mots et connaissait tout le répertoire d’opérettes. Les gosses, qu’il faisait rire, l’adoraient.
Cela ne dura pas cinq ans. Un jour chez son ami, Albert attrapa une sale grippe. Pierre le soigna, mais il mourut. Mon père avait onze ans.
Mon grand-père paternel, que je connus jamais, fut enterré dans le cimetière catholique du village où vivaient mes grands-parents maternels.
Ma grand-mère s’habilla en veuve avec de longs voiles noirs, mon père devint pupille de la nation. Aux vacances, ils revenaient chez Pierre.
Mon père et ma mère s’y retrouvaient avec plaisir. Avec mes tantes et des amis, ils partaient pour de fameuses balades dont on a des photos.
C’était avant la dernière guerre. Ils se fiancèrent puis mon père s’engagea dans la marine et ma mère l’attendit tout en étudiant son piano.
Ils ne purent s’épouser qu’en 1947. Et ce fut un sacré scandale, malgré l’amitié liant les deux familles. Un papiste, marier une huguenote !
Pas dans l’église, dans la sacristie. Et ma mère en pleurs forcée d’aller déposer des fleurs sur l’autel de la Vierge. Un acte d’idolâtrie !
Mais tout cela fut surmonté, et un an après, j’étais née. J’aimais mon grand-père Pierre, que j’appelais « ronpapa », je m’en souviens peu.
Je m’en souviens d’autant moins qu’il mourut lui aussi, assez subitement, d’une maladie du foie. Il n’avait que cinquante-trois ans environ.
Ma grand-mère et ses filles ne s’attendaient pas à cette mort. Aussi, rien de ce que l’on prépare lorsqu’on envisage un décès, n’était prêt.
En effet, aucune tombe n’avait été prévue ni aucun emplacement réservé dans le cimetière protestant. Comment enterrer grand-père dignement ?
Ma grand-mère paternelle proposa alors de l’inhumer provisoirement, dans le caveau de son ami Albert, en attendant une sépulture définitive.
Pierre avait tant invité Albert chez lui ! Albert ne devait-il pas lui rendre la pareille, et lui faire une place dans sa dernière demeure ?
Ce qui fut fait tout simplement. Ensuite à chaque décès dans la famille, on se posait la question de transférer le grand-père, et puis rien.
C’est ainsi que depuis plus de soixante ans, un médecin protestant et un officier catholique reposent côte à côte (c’est le cas de le dire).
Un bel exemple de tolérance, que celui donné à la face des sectaires par ces deux amis, mes deux grands-pères enterrés dans la même tombe !

EC 

15 mai 2012

Investiture pluvieuse

Un président trempé.
Photo via Enora Ollivier, 20 minutes.
Après le déjeuner, nous regardons M. et moi la suite du reportage sur l'investiture de François Hollande, sur France 2.
FH serre des mains, sourit, ne paraît pas sentir la pluie qui lui dégouline sur le front, les épaules, les lunettes.

— Il est sur un nuage, dis-je à M.
— Il est même dessous, me répond M.

14 mai 2012

Hénin-Beaumont, les mines

Chevalets des puits
de Fouquières-lès-Lens
Jean-Luc Mélenchon et Marine le Pen ont donc choisi le théâtre de leur affrontement. Ce front-contre-front, qui évoque la lutte de deux bêtes à cornes, béliers des landes ou impalas de la savane, aura donc lieu à Hénin-Beaumont, ville du Pas-de-Calais proche de Lens dont un maire fut révoqué — fait extrêmement rare — en 2009. Tout le monde en parle comme si cette ville existait depuis toujours : pourtant Hénin-Beaumont n'a sous ce nom qu'une existence relativement récente. Je l'ai connue sous un autre. Et sa mise en lumière à la faveur de l'actualité politique m'a rappelé de nombreux souvenirs liés aux mines « eud' carbon », au drame de leur fermeture, aux catastrophes, au militantisme. Pour les évoquer, j'ai choisi la contrainte twittéraire des paragraphes indépendants de 140 caractères.

Hénin-Beaumont ne s’est pas toujours appelée Hénin-Beaumont. Pour moi qui l’ai connue sous son vieux nom d’Hénin-Liétard, c’était les Mines.
 « Les Mines ». Leurs noms m’angoissent encore. Des noms de catastrophes comme Courrières, Liévin ou Fouquières-lès-Lens, le 4 février 1970.
Noms de villages grisâtres comme le grisou, corons de briques, mauves de suie, mauves de pluies, terrils sombres et fumants. Hénin-Liétard !
Billy-Montigny, Noyelle-Godault, Sallaumines, Méricourt, Avion, Oignies, Harnes, Loos-en-Gohelle, Bully-les-Mines des noms qui m’angoissent.
Les mineurs français, les mineurs polonais, les mineurs marocains… La « bistoule » à cinq heures du matin. Je ne comprenais pas leur langue.
Dans les gorges grasses de poussière le « an » devenait « in », le « che » « ke », le « u » « eu », le « eur » « eux », le « age » « ache ».
Ça me rappelle l'histoire : « Commin konfait ch’ poulet Tatin din ch’Nord ? Ben, teu prinds ch’poulet, teul mets din ch’four et t’attinds ».
De Lille, on allait « dans les Mines », 30 bornes dans la 4L pourrie de Rémi L. Un jour le levier de vitesses lui est resté dans les mains.
J’avoue en avoir été secrètement soulagée : on coupait à l’expédition dans « Les Mines ». Tout ça c’était du temps où Serge s’appelait Marc.
Aujourd’hui les terrils sont verts, mais il y a toujours le chômage. D’autres coups de grisou menacent Hénin-Liétard, devenu Hénin-Beaumont.

EC

07 mai 2012

Radiolondres la compile du 2e tour

Vu sur Twitter,
le Cri de Munch revisité.
Il s’en est passé des choses sur Twitter, avant que l’électeur lambda non connecté n'ouvre sa télé dimanche soir à 20 heures ! 

Le vendredi dans la nuit, on a pu lire des tweets qui ne ressemblaient pas à ceux du 22 avril : ils annonçaient un «sondage des RG» donnant Nicolas Sarkozy à 50,6. Or les RG n'existent plus depuis un bail. Ça sentait l'intox.

L'info venait sans doute, via Atlantico, d’un «site de prévisions et d'analyses économiques et politiques, Electionscope» totalement inconnu jusque là, mais réputé infaillible ! Comme le fait remarquer un commentateur 
avant 2012 aviez-vous entendu parler de ce modèle "infaillible" qui existe pourtant depuis une quinzaine d'années ? Moi pas.

Le samedi

Le samedi matin, on apprenait aussi que Sarkozy s’attendait à un résultat tellement serré qu’il parlait au Parisien d’un « effet Floride » (allusion à l’élection américaine de Bush en 2000, la Floride avait été gagnée par 537 voix d'écart, un recomptage avait été refusé). Plusieurs twittos pro-Hollande, impressionnés, se sont alors mis à encourager les éventuels abstentionnistes.
Si vous n'allez pas voter demain, le camembert risque d'être réélu! 
Pour l’observateur même distrait de Twitter, la mobilisation des sarkozystes sur un hashtag jusque là investi par des twittos de gauche, ne pouvait pas passer inaperçue : 
#radioLondres Le flanby sera périmé le 6 mai ouf on n'aime pas. La France préfère le camembert Président. Sa date de péremption est Mai 2017.
le flanc à été rejoint par le bègue :attention risque d’une équipe de bras cassés (on est pas dans le discours d’un Roi ici) !
Réciter des tirades apprises par cœur en baillant ne fait pas de Moi un Président 
Cette mobilisation se basait-elle sur de réels sondages ? Les nouvelles semblaient confirmer le resserrement de l’écart annoncé la veille : 
Sondage confidentiel livré ce matin, peu après 11 h dans les états-majors des partis politiques donnerait #FH 51% et #NS 49% #RadioLondres
Intox certainement, pour ceux qui n’apprécient pas qu’un autre courant utilise le même hashtag, et qui expriment leur mécontentement sans craindre le Godwin: 
#radioLondres Il y a beaucoup trop d'interférences sur les ondes.
Attention #RadioVichy infiltre #RadioLondres, je répète, #RadioVichy infiltre #RadioLondres
Dénoncez les collabos, infiltrés sur #radiolondres avec #vichy
Je quitte #Radiolondres ça pue trop le camembert !!!
Le samedi après midi (13 h 45) #radiolondres commence à bouger un peu plus : les gens inquiets par la perspective d’une victoire de Hollande moins éclatante que prévue essaient de se rassurer, bien que...
La météo s'annonce plus clémente que prévue sur la Hongrie. Le vent tourne du coté des Pays-Bas.// je confirme. 
Les professionnels supposés être au courant, quand ils sont questionnés, restent méfiants et usent de la litote ou de l’euphémisme
— Les sondages secrets circulent. Circulez, y a rien à voir.
— c'est quoi les chiffres?
— ces chiffres sont secrets et sans surprise. 
Camemberts Président et Flanby :
 une photo à succès
Pour meubler l'attente, on s'encourage. Une photo supposée avoir été prise à Auchan fait le buzz sur Twitter comme sur Facebook. Elle représente un rayon frais de grand magasin, dont un bac est rempli d’un côté de camemberts Président et de l’autre de Flanby. Ce qui peut se lire « Flanby président »… à condition d’être du bon côté du bac ! Le mot de Sarkozy au Parisien à propos de la Floride circule lui aussi mais les personnes autorisées (journalistes, commentateurs politiques) semblent sceptiques, vu leur réponse : 
— urgent : Sarko espère un scénar à la Bush !
— mouais. Y a pas la Floride ici...
Malgré l'inquiétude perceptible, les blagues circulent toujours mais elles sont moins nombreuses.
#sondage #radiolondres Exclusivité sondage 2007 Sarkozy 53 % Royal 47% »
Afin d'éviter l'engorgement des bureaux, les électeurs de N. Sarkozy voteront le 6 mai, ceux de F. Hollande le 7. (Propagande 75016) 
Cette inquiétude n’échappe pas aux pro-sarko, qui s’en réjouissent : 
Je sens comme de l'anxiété chez certains «camarades» #radiolondres
Elle étreint tellement certains pro-Hollande qu’ils en perdent tout sens de l’humour et que l’auteur de la blague citée plus haut est obligé de s’expliquer :
Fascinant; certains ont pris la blague "électeurs Sarko le 6 électeurs Hollande le 7" au sérieux. Il est temps que ça s'arrête ce truc #nerfs
Cela n’empêche pas les mêmes pro-Hollande d'affirmer
Je pense que tout le monde est d'accord les gens de droite n'ont aucun humour. #radiolondres
En l’absence de sondages secrets ou de résultats partiels, la conversation va bon train sur le sujet du vote électronique, et de son opacité. Un sujet déjà abordé il y a quelques jours par les mélenchonistes, mais auquel l’article de Numérama a donné beaucoup de visibilité. Le même Numérama propose, puisque la liste des bureaux de vote électronique est secrète, de faire un recensement participatif et invite à déclarer son bureau ici. Des twittos s’en amusent.
#radiolondres ça me fait bien marrer ces délires sur le bourrage électronique
À partir de 22 h 30, l'atmosphère se détend, les plaisanteries refleurissent :
Si ça se trouve, le changement, c'est pour dans 5 ans.
Ok, vous regardez tous #TheVoice. Après, venez pas vous plaindre si ça se passe mal demain... #punitiondivine
Selon mes estimations, les sondages auront raison demain
Bison futé a classé rouge le 6 mai en raison du chassé-croisé entre exilés fiscaux et chars soviétiques.
La plus grosse pleine lune de l'année entre le 5 et le 6 mai... #cestunsigne
C'est que les prévisions se font plus précises. On a les tendances des Antilles.
Ceci n'engage que moi mais demain je vois un @fhollande entre 52 et 53 ...
En Guadeloupe, la Pizza au Gouda aurait donc sacrément augmenté en 2012 par rapport à la pizza Royale en 2007 : +13?
60% du rhum antillais s'exporte vers les Pays Bas, Très bon pour la France
Le hollandais volant a coulé le Yacht aux Caraïbes !.

Le dimanche 

Le dimanche matin, on peut commenter à l'aise les résultats d'outremer.
Chez les caribous on préférerait nettement le gouda à la Rolex.
en Martinique le rhum hongrois n'est distillé qu'à moins de 32 degrés alors que le hollandais est + de 68°
En guadeloupe le rhum hollandais est cette année à 71,93 degrés. C'est chaud 
Un sondage évoqué par la RTBF la veille au soir donnant toujours Hollande gagnant à 53/47, soit 6 points d’écart, on se réjouit : 
Les sanglots longs des violons hongrois amusent mon cœur d'un entrain joyeux. 
Pourtant les adversaires continuent leur pilonnage:
In extremis, le pédalo va se retourner. Je répète, le pédalo va se retourner.
«Sarko repasse, la preuve !»
Et une photo de Sarko « repassant » se met à circuler. 
Les twittos qui venaient sur #radiolondres pour connaître les chiffres des sondages secrets devront attendre encore un peu, même si ça les énerve:
Le hashtag #radiolondres devient totalement ridicule, tweetez les chiffres au lieu de vous prendre pour des résistants. 
La RTS, qui n’a encore rien divulgué, meuble en plaisantant et fait sa pub :
Une fondue au fromage SUISSE sera offerte à notre 6000e follower (sans camembert ni gouda ) #radiolondres » 
Enfin dès 13 heures, tout semble plié : la Tribune de Genève et le Matin rendent publics les résultats de plusieurs instituts de sondage sortie des urnes à la mi-journée, donnant Hollande entre 52,5 et 53 % devant Sarkozy à 47,5 ou 47 %. Les twittos de gauche se réjouissent, les autres deviennent peu à peu inaudibles. 
Je suis en train de customiser mon yacht pour qu'il ressemble à un pédalo. #radiolondres
Ceux qui en avaient assez des métaphores à base de centimètres, de degrés d’alcool ou de température peuvent s’extasier devant une créativité retrouvée :
J'ai vu 53 écureuils sur un arbre. Ils s'enculaient. C'est signe de printemps.
53 biscuits roses prêts à plonger dans le champomy
Liliane Bettencourt a voulu voter, à Neuilly-sur-Seine, mais les 40 000 euros ne rentraient pas dans l'enveloppe
Si de temps en temps un opposant ose encore s’exprimer,
SONDAGE 15 H 30 !!!!! : Hollande : 50,0145 Nicolas Sarkozy : 49,9855 !!!! #VoterNS !!!! 
il est vite ridiculisé par un hollandais :
Sarko a raison d'y croire. Un sondage le donne deuxième tandis qu'Hollande est donné avant-dernier
Le silence flagrant des pro-sarko devient alors un signe de victoire:
Et elle est où Morano ??? On l’entend plus ! #radiolondres
Mais où sont les twittos de droite ? OUUUHHHHH, ils se cachent les sarkozystes..
De leur côté les médias suisses et belges ont commencé à publier les premiers sondages sortie des urnes. 
Un passionnant match Anderlecht-Bruges a suivre sur le très informé site de @lesoir
Ce soir à 53H47 nous aurons les résultats entre FH et NS
Ils sont abondamment repris, ce qui énerve les gens au courant
Recevoir des SMS confidentiels qui confirment les sondages consultables sur le web étranger et parodiés sur Twitter, c'est...
Et même les autres
Mon boucher m'a dit ce matin : "La côte de veau est à 23 euros 90 le kilo". Dois-je en tirer une conclusion ?! 
Le hashtag #radiolondres ne figurant pas dans les trending topics, on en tire des conclusions un peu hâtives.
Le CSA aurait-t-il donné des consignes à Twitter ? #RadioLondres n'est pas en Trending Topic ! #CoincidenceJeNeCroisPas

La télévision, grande perdante

Peu après 16 heures, le mouvement s’accélère. Des photos circulent, montrant la Bastille déjà interdite à la circulation. L'excitation grandit.
Ce soir Jean-Pierre Elkabbach et Jean-Michel Apathie sont envoyés à France Inter en rééducation..
Bastille est bloquée, je répète, Bastille est bloquée. Impossible d'en faire le tour. Je passe faire un tour au QG de Hollande.
16 h 50. À une heure dix de l’estimation officielle promise par les médias belges et suisses, ceux-ci en rajoutent dans le teasing
Amis français, n'oubliez pas le changement d'heure. Ce dimanche à 18h, il sera 20h.   
À 18 heures, enfin tout est vraiment plié. Les titres de la presse belge et suisse sont accessibles à tout le monde. J'écoute en direct l'émission spéciale de la RTBF. L'allégresse est à son comble sur #Radiolondres.
Tous ensemble, souhaitons un agréable vol pour Los Angeles à Mickaël Vendetta.
Résultats définitifs : 25% "a voter", 25% "à voté", 25% "à voter" et 25% "a voté" - 75% d’illettrés »
Le maniaque qui s'était réfugié depuis 5 ans est en voie d'être délogé par 53 policiers du RAID batave
« Avec Carla, tout allait bien dans mon couple jusqu'au jour où j'ai eu un petit problème d'élection. » 
Les commentaires se focalisent alors sur le ridicule de la loi sur les sondages, et sur la télévision, grande perdante de ces élections, avec ses présentateurs obligés de meubler alors qu'ils ne peuvent rien dire.
Les sondagiers qui ne mesurent rien viennent d'interroger le 5000e votant et la tendance se confirme...
Tout le monde a les résultats, mais il faut faire "comme si" ... #absurde
Si je comprends bien on ne peut citer les médias suisses et belges et eux ne peuvent citer leurs sources françaises #ridicule #soir.be
#radiolondres nous montre à quel point la télévision est un média du passé dans sa forme actuelle
J'adore ces moments de vide télévisuel une heure avant les résultats.
Le décalage entre le dynamisme et la réactivité des réseaux sociaux et la platitude des médias dinosaurus est juste ENORME 
Étrange impression d'être à un réveillon où l'on attend minuit pour s'embrasser et fêter le passage officiel vers une nouvelle année.

23 avril 2012

#RadioLondres, une compile

Course d'escargots aux couleurs éloquentes, vue sur Twitter

Ça a commencé très tôt, dès samedi vers 18h, juste après le vote à Saint Pierre et Miquelon, où fleurissent apparemment les roses, puisque un twittos posta ceci : 
« Les roses font au moins 30 cm de haut à St Pierre et Miquelon. Je répète, 30 cm. #RadioLondres »
Ce hashtag (mot-clé), #RadioLondres, allait connaître un succès grandissant au fur et à mesure que l’on approchait du lendemain 20 heures, avec d’autres tels que #Jerespectelecodeelectoral, #marchesaintpierre, ou #resultats2012. Comme on votait aussi à Londres, un petit malin, aussitôt retweeté par des dizaines d’autres, ajouta à 18 h 36 : 
« Surtout ne pas diffuser les premiers résultats que lesoir.be vient de publier sur le vote à Londres. »
Un clic sur le lien suffisait pour s’apercevoir que Le Soir, se basant sur un sondage sortie des urnes, annonçait Hollande plus bas que prévu, Sarko encore plus bas, Mélenchon à 14 %, et déjà... « Le Pen la surprise ». 

Passant du langage des fleurs à celui de la chaussure, un autre twittos, citant une estimation interdite, annonçait : 
« le nain chausse toujours du 26 ». 
Un troisième, inquiet ou heureux, s’exclamait : 
« La Marine nationale monte, la Marine nationale monte !! » 
Un autre, apparemment déçu, déplorait dans un style plus culinaire que « la béarnaise ait raté » alors que « la mimolette » était « confirmée à 30 € ». 
Un adepte de la variété affirmait :
« L'Eurovision donne 29 points à la Hollande et 26 à la Hongrie... » 
Affolés par cette avalanche de métaphores, certains avouaient avoir du mal à s'y retrouver : 
« Avec l'histoire de #RadioLondres, maintenant je cherche un double sens à tous les tweets... » 
se plaint un twittos perdu.

Dans le genre océanique, on vit ensuite et successivement passer la navigation de plaisance
« le yacht de Bolloré prend la vague en pleine face, je répète, le yacht de Bolloré prend la vague en pleine face », 
la poissonnerie
« #RadioLondres Je crois que le marché de St-Pierre ferme à 22 h, s’il y a un pêcheur de morue sur Twitter, on voudrait qu'il se signale » 
et le Titanic
« Le capitaine de pédalo a évité l'iceberg, je répète le capitaine de pédalo a évité l'iceberg ! »
Vers 19 h 30 samedi, on pouvait demander sur le mode primeurs
« qui peut dire combien coûte le panier de l'ouvrière au marché de St-Pierre ? mentionner les oranges mi-bourgeoises », 
ou sur le mode climatique
« Quelqu'un peut il me donner la météo en Guyane et en Martinique en ce moment ? »
« quelqu'un connaît la force du vent marin sur #marchesaintpierre ? » 
ou encore sur l’alcoolique
« Demain, j'ouvre une bouteille de rosé et de rouge, des conseils sur le degré d'alcool ? » 
Tous les twittos n’était pas dupes : les uns avertissaient les autres d’un très sérieux 
« Attention, les carottes ne sont pas cuites. Je répète: les carottes ne sont pas cuites. », 
les autres se lançaient dans la dérision
« L'information qui dit que Cheminade aurait eu une voix dans les DOM-TOM est un fake. »,
 « Que font tous ces camions de la marque Kleenex devant le siège de l'UMP? »,
« Je prédis que le gagnant de l'élection ne tiendra pas ses promesses #RadioLondres // mouahahahhahahaha »,
« Si tu lis jusqu'au bout, tu auras lu 2 fois le même truc. Je répète. Si tu lis jusqu'au bout, tu auras lu 2 fois le même truc. » 
et le délicieux 
« Sinon allez poster les résultats et sondages sur Google+, personne ne le remarquera. » 
En tout cas, tous se félicitaient de la situation entraînée par une interdiction ridicule : 
« Magnifique #effetStreisand pour l'interdiction des estimations d'ici dimanche 20h ! » 
L’effet Streisand, faut-il le rappeler « est un phénomène internet qui se manifeste par l’augmentation considérable de la diffusion d’information ou de documents faisant l’objet d’une tentative de retrait ou de censure. ». 
On en vit même entamer le débat politique avec vingt-quatre heures d’avance : 
— « Churchill : « La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère. » disait l'un
— « Alors que la répartition de 600 milliards de dette, c'est quand même beaucoup mieux ! » répondait l'autre.
Le dimanche, il y en eut qui se firent plus vulgaires
« Dans les Dom Tom la poissonnière l'a dans la raie ! #JeRespecteLeCodeElectoral #RadioLondres »
tandis que la présence du hashtag RadioLondres dans les TT (trending topics) attirait l’attention des étrangers : 
« French resistance style tweets to offer early and illegal #french #election results under #radiolondres hashtag ». 
La multiplication des métaphores légumières ne laissait pas d’étonner : 
« Beaucoup de monde dans mon épicerie de quartier pour un dimanche de vacances... #RadioLondres 
Quelques twittos équipés profitent d’Instagram pour envoyer des photos, comme celle d’un Flanby périmé, accompagné de la légende 
«#RadioLondres Impossible de voter pour Flanby, je répète : impossible de voter pour Flanby !» 
Un sympathique cuisinier de colo envoie la photo de ses piles de crêpes en précisant 
« La pile de gauche semble avoir une nette avance... #radiolondres ». 
Un mystérieux message, 
« #RadioLondres Veuillez transmettre à vos réseaux de résistance la vue aérienne ci-joint. #topsecret », 
sert de commentaire à une photo de course d’escargots en bois rose, bleu, jaune, rouge, orange et vert. 
Circule aussi un bon montage photo montrant un camion des déménageurs bretons devant le palais de l’Élysée. 

Cependant, l’heure approchant, les prévisions s’affinent : 
« Les numéros du loto du jour (à confirmer) 27/ 25,5/ 16/ 13/ 10 »
« Dernière observation du marché RTBF: le gouda à 28 € la rolex à 26 € la choucroute à 16 € la tomate à 13 € #radiolondres »,
« Nouveau bulletin Météo de #radiolondres 27-29°à Amsterdam, 25-26 à Budapest,18-20 à Vichy, 11-12° à Moscou ». 
Et devant la montée de Marine le Pen, les twitts se teintent d’amertume :
« La tomate est moins mûre qu'attendue. Il a trop plu. #RadioLondres #22avril »,
« Harry Potter nous a pas libéré de Valdemor ». 
Les twittos, maintenant au courant de ce qui les attend, se sont installés devant la télé pour patienter avant la divulgation officielle et autorisée des différents sondages, dont tous ont connaissance, par des journalistes aussi aware qu'eux.  C’est toujours l’humour qui domine : 
« Plus efficace encore que #radiolondres : observer à quel moment Jacques Seguela va re-re-re-retourner sa veste... #bfmtv »
« Borloo revient du coiffeur. Borloo revient du coiffeur. #radiolondres »
« Serge Moati en repérage au Panthéon. #RadioLondres »
« Et toujours aucune info sur le score de Cheminade. Les menaces d'amendes semblent efficaces #RadioLondres »

EC

22 avril 2012

Problèmes de réception

C'est aujourd'hui l'anniversaire de ma mère, 88 ans. Je lui ai offert ces fleurs, choisies chez Aquarelle, une maison qui a la bonne idée de vous envoyer la photo de votre bouquet juste avant l'expédition. Voici l'histoire de leur envoi et de leur réception : je l'ai écrite comme la précédente, en twitts de 140 caractères pile, publiés sur Twitter. Il doit y en avoir dix-huit, si mon compte est bon, soit 2520 signes exactement.

À 88 ans, ma mère vit dans la maison de son beauf, 90 ans, et de sa sœur, 86 ans. Les trois sont un peu sourds, mais s’entendent assez bien.
Ils mangent ensemble, regardent ensemble la télé, partagent la même « auxiliaire de vie », font quelques pas dans le village s’il fait beau.
Pour célébrer ces 88 ans, j’ai choisi sur Aquarelle un beau bouquet de roses, rouges et jaunes, quelque chose de gai, livraison prévue hier.
Vendredi 20, à 17 h 30, le bouquet est au centre Chronopost de Creil, chez l’expéditeur. Il arrive chez Chronopost Valence à 5 h 49, samedi.
À 7 h 21, samedi, le bouquet est dans la camionnette de livraison de Chronopost, laquelle entame sa tournée. Le village est à 10 kilomètres.
À 11 h 47, le livreur se présente à l’adresse indiquée avec le colis, et sonne. Rien ne se passe. Il sonne encore et demande si ya quelqu’un
À 11 h 48, n’obtenant pas de réponse, il téléphone au numéro indiqué sur son bon de livraison, mais se heurte alors au silence du répondeur.
Il décide donc comme prévu en pareille circonstance et au vu de la disposition des lieux de laisser le colis sous le porche devant la porte.
Un peu avant 11 h, avertie de la livraison et étonnée de n’avoir pas reçu de coup de fil, j’essaie de téléphoner à ma mère, pas de réponse !
Un peu inquiète, je rappelle vers midi, puis plusieurs fois dans l’après midi (en respectant l’heure de la sieste). S’ils n’étaient pas là ?
Mais où pourraient-ils être, eux qui ne bougent jamais ? Vers 17 h enfin je finis par entendre la voix de ma mère au téléphone, tout baigne.
« As-tu reçu les fleurs ? » — « Quoi ? » — « Je t’ai envoyé des fleurs. » — « Ah non, je n’ai rien reçu. Si, je vois une branche de lilas. »
Flûte, me dis-je. Le livreur n’a rien livré du tout, ou alors des personnes mal intentionnées ont franchi la barrière et dérobé le bouquet !
Va voir tout-de même, dis-je à ma mère, qui s’exécute. Tu ne vois pas un carton ? Ah oui, il y a bien un carton, là. Il est léger, dit-elle.
À midi moins dix, je suis sortie comme chaque jour pour ramasser le courrier, j’ai vu ce carton, j’ai pensé que ton oncle voulait le jeter !
Tu comprends c’est un carton très moche, un peu déchiré. Tu crois qu’il y a des fleurs dedans ? J’appelle ton oncle pour m’aider à l’ouvrir.
Aucun des trois n’avait entendu la sonnette, pas plus que la voix du livreur. Mes coups de téléphone, aucun des trois ne les avait entendus.
Plus tard, ma mère m’a rappelée : d’un bouquet, ils en avaient fait deux gros. L’un trônait dans le salon, l’autre sur la table de l’entrée.

15 avril 2012

Le Gitan de la ligne 2


Encouragée par les exemples remarquables de Kolia Delesalle et Lucien Suel, ainsi que par le groupe des twittérateurs de Facebook, je me suis essayée aujourd'hui à la «twittnouvelle», un genre appartenant à la «twittérature». Celle-ci, qui pourrait s'intituler «le gitan de la ligne 2», a été publiée sur Twitter et sous le pseudonyme de souris_verte, en dix fois 140 caractères.

Le musicien de la ligne 2 gratte sa guitare avec une telle conviction qu’il couvre presque entièrement sa voix, les paroles sont inaudibles
La musique, des rythmes sud-américains, est suffisamment connue pour que certains passagers battent discrètement la mesure avec leurs doigts
Pas le type que je fixe depuis la Place Clichy à cause de sa chemise bleu turquoise phosphorescente et de sa cravate rose sale épinglée d’or
D’or plaqué, certainement. Plaqué comme le sont ses cheveux noirs plantés bas sur le front et lissés en arrière avec du gel. Il ne bat rien.
Ni des doigts, ni des pieds, ni des paupières il ne bat, non. Mais dans son regard il y a du vague et même du tendre, et ses lèvres bougent.
Il les connaît par cœur, les paroles, et sur ses lèvres, oui, je peux lire l’espagnol. Une chanson, deux chansons, trois, il les sait toutes
Il met la main dans sa poche droite. Pour chercher de la monnaie ? Non. Il en retire un objet plat de forme arrondie, qu’il cache avec soin.
Il le cache comme s’il en avait honte. Puis toujours discrètement, il enroule une sorte de fil autour de son pouce. Le guitariste lui, joue
Le type fouille sa poche gauche et sort un autre objet de même forme qu’il cache dans sa main et entortille un autre fil à son pouce gauche
Le musicien s’arrête, fait la quête mais personne ne lui donne de pièce. Le type remet les objets dans ses poches. Ce sont des castagnettes.

Par ailleurs, je poursuis avec un aveugle acharnement le pensum de mon quatrain quotidien, réalisé — comme son nom l'indique — chaque jour, entre 7h 30 et 8h, (8 h 30 le dimanche) sur les titres de l'actualité. On peut le retrouver à l'adresse http://lequatrainquotidien.blogspot.fr/.

11 mars 2012

Hollande et la race

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.
Elle respecte toutes les croyances.
Son organisation est décentralisée.
(Article 1 de la Constitution)





Contrerimes sur un fait d'actualité

Hollande veut que l’on supprime 
De la loi de l’État,
Un mot qui est un attentat,
Un mot qui nous opprime.

Est-il dans le vocabulaire
De la Constitution
De notre admirable nation
Un qui soit plus vulgaire ?

Il faut vite que l’on efface,
Par un référendum,
Ce mot qui schlingue un maximum,
Cet affreux mot de « race ».

Il n’a qu’une seule occurrence,
Par un hasard heureux,
Dans un article poussiéreux,
L’article un, je pense.

Cela sera donc très facile.
Mais pourquoi s’arrêter ?
D’autres mots sont à ses côtés,
Qu’il faut qu’on annihile.

Tenez, par exemple, « origine » :
C’est un mot incongru !
Depuis Courbet c’est très mal vu,
Il faut qu’on l’élimine.

Quant à la « religion » c’est pire :
À l’heure où le halal
Nous appuie là où ça fait mal,
Il nous faut l’interdire !

Que reste-t-il au bout du compte ?
« Sans distinction » tout court.
Quoi ? Distinction vous paraît lourd ?
Bourdieu en aurait honte ?

À qui veut être irréprochable
Tous les mots sont suspects.
Ah, Constitution méprisable,
Coupons-lui le caquet !

EC

04 mars 2012

Gérer un Google group


Pourquoi faut-il que je me charge de tâches supplémentaires, sous prétexte que je suis retraitée ? C’est ce que j’ai cru bon de faire, en reprenant la gestion d’un groupe littéraire qui, il est vrai, m’est très cher. Et pourtant je le regretterais presque. J’ai remarqué qu’à part quelques fils et filles de militaires, de grands reporters ou de nomades roumains ou touaregs, les gens sont par nature hostiles au changement. Confrontés au choix : « rien ou autre chose ? », ils choisiront de préférence « rien ».
Le changement en question — pour moi l’unique condition de la reprise de cette charge — consistait à passer d’une lettre de diffusion e-mail (élaborée à partir d’informations envoyées par les membres, puis regroupées, vérifiées et synthétisées depuis des années par une personne dont je salue ici le boulot que peu de gens se représentent), à un Google group, lequel présentait l’avantage pour moi de demander moins de travail, puisque ses membres sont censés envoyer  chacun leur information au moment où ils en sont avertis.
Mais une utilisation correcte du Google group suppose à la fois un peu de connaissance, de discipline et de respect. La connaissance (je ne dirais même pas l’intelligence) conditionnant d’ailleurs les deux autres vertus.
Dès le premier envoi, je fus agressée, et le groupe en même temps, par un monsieur rempli de préjugés, qui s’indignait du fait que Google eût été choisi de préférence à Yahoo, Google étant comme chacun sait « liberticide ». Je répondis à ce monsieur que la raison de mon choix était toute bête : il se trouve que je gère deux autres groupes Google, dont un tout à fait comparable à celui-ci. Peu de monde s’en plaint. Ça marche relativement bien, tout en n’exigeant de ma part qu’un bénévolat limité à l’acceptation de nouveaux membres. C’était donc plus simple à gérer. Je suis par ailleurs abonnée à un ou deux groupes Yahoo. Quant à savoir quel système est plus liberticide que l’autre…
Mécontent de ma réponse, ce monsieur s’adressa de nouveau à l’ensemble du groupe sous un titre plein de majuscules et de points d’exclamations, chose tout à fait contraire aux usages, protestant cette fois contre le fait qu’il allait ou n'allait pas, je ne sais plus, recevoir les messages qu’il envoyait lui-même. Ma réponse — privée — ne lui plut pas, il préféra partir.
D’autres personnes, plus urbaines, me firent part en privé de la même crainte de se voir submerger, et je pus leur expliquer calmement la façon de réguler soi-même les réceptions de messages du groupe, en allant tout simplement sur l’interface, dont le lien est signalé au bas chaque message.
Je dus aussi répondre à d’autres, qui se plaignaient — à moi — des messages du monsieur parti, ses états d’âme n’ayant rien à voir avec l’objet du groupe, ce dont je suis bien d’accord.
Après ce remue-ménage, je pensais que les choses s’étaient enfin calmées, mais je dus faire face à un autre problème.
Un autre membre, ne voyant dans le groupe qu’un media supplémentaire pouvant servir à sa propre réputation, n’hésita pas à intégrer l’adresse du groupe à sa liste de diffusion personnelle, laquelle ne faisait que la promotion de sa publication et n’avait rien à voir avec le sujet commun. Que faire ? Je lui demandai gentiment d’arrêter. Mais je m’attends à recevoir bientôt, à cause de sa publication irréfléchie, de nouveaux messages de reproche émanant des membres se jugeant agressés par elle.

Décidément, la démocratie est une chose difficile à pratiquer, chez nous. On invoque les grands principes, on en a plein la plume, mais au quotidien, on se conduit au mieux comme un irresponsable, au pire comme un mufle.

En écrivant ces mots, j’entendais M. chantonner dans la cuisine, sur un air improvisé : « Bayrou pète, Bayrou s’tond ». Serait-ce un signe ? Je vais surveiller la cote de Bayrou dans les sondages.

05 février 2012

XIVe journée Raymond Queneau


Une vue de la salle, l'après-midi.
Sur l'écran, on reconnaît
Cent mille milliards de poèmes, de R.Q.

Chaque année, l’équipe de recherches sur Raymond Queneau de l’Université Paris III, dirigée par Daniel Delbreil, et l’Association des Amis de Valentin Brû organisent à Censier une « journée Queneau » à laquelle M. et moi ne manquons jamais d’assister (voire une fois de participer). Hier, c’était la quatorzième. Elle était divisée en deux parties, la deuxième étant couplée avec le programme de recherche ANR « livre espace de création ».

Entre les deux parties, un déjeuner pris en commun à la brasserie « Village Monge » autour d'une planche auvergnate permet aux participants de lier connaissance.

Après les introductions et informations d'usage, par Daniel Delbreil et Bertrand Tassou, Nadia Khammai attaque par une mise en bouche intitulée Queneau by night, un peu décevante — mais peut-il en être autrement d'un work in progress pris à ses débuts ? — et limitée à la poésie de Queneau. En fait une compilation des occurrences du mot « nuit » dans l'œuvre poétique quenienne, occurrences qu'elle tente de ranger dans la thématique du monde de la nuit urbaine  trouble, sale et inquiétant, opposé à celui de la nuit campagnarde plus rassurant, sans vraiment trouver une idée force pour étayer cette thèse. Claude Debon lui suggère d'autres pistes en lui rappelant le fameux vers « Nuit : une syllabe » dont elle n'a pas parlé et qui échappe à sa thématique. Je pense de mon côté à « Un train qui siffle dans la nuit, c'est un sujet de poésie ». Étienne Cornevin rappelle l'opposition quenienne au surréalisme comme irrationalité nocturne et l'ancrage de l'auteur dans Leibniz; Queneau est selon lui « solaire ». D'autres font justement remarquer que l'aube de la « micro aube » (et des éboueurs martiniquais) ainsi que le crépuscule de la « toute petite crêpe » se situent aux limites et ne font pas partie de la nuit. Astrid Bouygues citant Saint-Glinglin ne trouve pas le monde de la nuit campagnarde si rassurant que cela. Et Marie-Claude Cherqui signale que le mot nuit est aussi employé par Queneau à propos du cinéma. Gabriel Saad invoque enfin la polysémie de ce mot.

Jean-Pierre Longre
C'est ensuite le gros morceau de la matinée, avec Jean-Pierre Longre, dont le sujet, Queneau et Cioran, exercices de doute, est pour le moins inattendu. D'où vient que, lisant Cioran, il pense souvent à Queneau, et lisant Queneau, il pense parfois à Cioran ? Entre les Exercices de style de Queneau et Exercices d'admiration de Cioran, ces Exercices de doute reflètent d'abord les doutes de Jean-Pierre Longre lui-même sur sa propre étude. Car après tout, même si Queneau et Cioran étaient contemporains (8 ans les séparent) et tous deux parisiens d'adoption (l'un venant de sa Normandie, l'autre de sa Roumanie), se sont-ils jamais rencontrés ? Aucune référence à Queneau dans Cioran. Quant aux références à Cioran dans Queneau, elles n'existent que dans le cadre professionnel puisque Queneau lit le manuscrit du Précis de décomposition (publié par Gallimard ensuite) et classe Cioran dans les écrivains européens pessimistes. Si Queneau lit encore les Syllogismes de l'amertume, avec semble-t-il une certaine lassitude, La Tentation d'exister, elle, sera lue par Paulhan. Bref, la relation entre les deux paraît bien mince.

Y a-t-il alors des points de rencontre entre leurs écrits ? Si oui, ils ne relèvent pas d'une influence réciproque mais peut-être d'une intertextualité. Ne peut-on pas entendre une certaine résonance entre ces variations sur la mort qu'écrit Cioran et l'instant fatal de Queneau ? Claude Debon elle-même n'a-t-elle pas comparé, dans une préface, le scepticisme de Queneau à celui d'un Cioran ? Outre le scepticisme, et d'une certaine manière le cynisme (cf. le chien chez Queneau et le chien céleste chez Cioran) Jean-Pierre Longre décèle un autre point commun entre les deux auteurs, la jovialité. Chez Cioran en effet, le cynisme débouche sur le burlesque. Un texte du Précis de décomposition s'intitule « Les dimanches de la vie », selon l'expression de Hegel reprise par Queneau dans un titre de roman. Et de citer un poème du Chien à la mandoline, « Les dimanches haïs favorisent la poésie » : 
Que faire en ce jour plein de nuages ?
Écrire un poème peut-être
Cela présente l'avantage
De cultiver les belles-lettres
Le chapitre VI d'Histoire et Utopie de Cioran ne peut-il pas être comparé à Une Histoire modèle de Queneau sous l'angle d'une citation d'Hésiode sur l'âge d'or ? Il est intéressant de voir comment l'un et l'autre envisagent le caractère cyclique de l'Histoire. Ce sont des points de vue de philosophes, qui n'excluent pas le sourire narquois en direction de la Philosophie qui se prend au sérieux.

Je me rends compte que mes notes sont tellement nombreuses que je ne vais jamais finir ce compte rendu : alors citons encore ce saisissant parallèle entre la phrase de Cioran « Le réel me donne de l'asthme » et l'ontalgie propre au héros de Loin de Rueil, Des Cigales ; l'amour commun pour les exercices littéraires (Cioran disait — je ne garantis pas l'exactitude de la citation —  « Pour mon malheur, j'ai cru que l'âme était tout, alors que ce sont les mots ») ; Le sentiment d'étrangeté ou atopia qu'ils ont aussi en commun, etc. Bref c'était un exposé remarquable et convaincant qui n'a pas manqué de provoquer la discussion.

Aurélien Demars
Le premier à intervenir est un jeune et impressionnant philosophe dont je regrette de n'avoir pu noter le nom : { mise à jour du 10 février : il s'appelle Aurélien Demars, auteur d'une thèse sur Cioran }
il place au dessus de Queneau et Cioran un commun Kojève, puisque Cioran a lu les textes de Kojève sur Hegel ; on connaît par ailleurs l'influence de Kojève sur Queneau et sa conception de l'Histoire.Sur la question de savoir si Queneau a pu rencontrer physiquement Cioran, il apporte une information intéressante : tous les deux ont fréquenté le salon littéraire de Mme Tézenas du Montcel, où l'on rencontrait aussi des Michaux, des de Stael, etc. Ils ont pu s'y croiser.
On apprend dans la foulée que James Sully, l'auteur de Pessimism, était une lecture commune à nos deux auteurs. Le pessimisme est une notion inventée par Fréron (l'ennemi de Voltaire), réinventée ensuite par Schopenhauer puis Coleridge. Cioran s'en est démarqué, il ne supporte pas qu'on dise de lui qu'il est pessimiste et différencie comme Sully le pessimisme d'idée du pessimisme vécu, qui est sans progrès.
Autre référence commune, celle de Puech dont Queneau suivait les cours sur la Gnose au Collège de France.

Un divertissement bienvenu — et musical — nous est offert par Étienne Cornevin en fin de matinée, avec un parallèle entre Queneau, Cami et Boby Lapointe.
Après le déjeuner nous attaquons, beaucoup plus nombreux qu'au matin, la deuxième partie de la journée d'étude, intitulée Queneau : expérimentations poétiques, perspectives graphiques.


Une page de L'Histoire d'un livre
Claude Debon commence, avec L'Histoire d'un livre, de François Arnal et Raymond Queneau, conçu entre 1961 et 1964 mais édité seulement en 1999. C'est l'histoire simplifiée de la collaboration entre un écrivain et un peintre, avec ses paradoxes. Le livre qui est « en train de se faire » est déjà fait. À l'origine de la création du livre, il y a la poétique (matérialité du livre, apparition des personnages, contraintes) de Queneau lui-même, et les réflexions sur les problèmes de la critique contemporaine. L'autonomie du livre serait plus grande que celle de son créateur. C'est l'époque où Queneau se détache en effet un peu des systèmes et des « livres à contrainte ». C'est aussi la réalisation potentielle d'une œuvre d'Arnal.

Robert Massin prend sa suite. Ici, je dois révéler que Massin est à l'origine de mon intérêt pour la typographie, qui date de l'édition de 1963 des Exercices de style de Queneau (je n'avais pas encore quinze ans). J'étais donc particulièrement impatiente de l'entendre, et un peu émue aussi. Il raconte qu'il était Directeur artistique chez Gallimard depuis trois ans lorsqu'il s'est lié d'amitié avec Queneau, et commence par évoquer la conception d'un autre livre, Cent mille milliards de poèmes, qui eut deux sources d'inspiration: d'abord les « têtes folles », ces albums pour enfants dans lesquels on pouvait mélanger la tête d'un personnage avec le ventre de l'autre et les jambes d'un troisième, et qui avaient inspiré Queneau. Ensuite une publicité pour le Bon marché (qu'il nous montre et qu'il avait apportée à Queneau) conçue selon le même principe. La difficulté de conception de Cent mille milliards de poèmes est évidente : il fallait éviter que les languettes, qui correspondent chacune à un vers, ne se chevauchent. Aussi Massin reconnaît-il avec modestie que le principal mérite de l'ouvrage revient au relieur, qui s'appelait Angel (et qu'eux appelaient « Angel pur et radieux »). Il créa pour cela une sorte de « peigne » géant.

Exercices de style circule
dans l'assistance
Massin en vient ensuite au fameux Exercices de style : avec la même modestie, il rend à Jacques Carelman la paternité de l'idée de cette édition : ne pas faire d'illustrations à proprement parler, mais des exercices de style parallèles en dessins, en peinture, en sculpture, en typographie. Il nous montre un exemplaire de tête, pour lequel Jacques Carelman avait imaginé un habillage — au sens propre, puisque il s'agit d'un costume à carreaux croisé et fermé par le fameux bouton ! L'illustre Pierre Faucheux a lui aussi réalisé un Exercices de style, totalement différent de celui-ci, et que l'on nous montre à l'écran. Massin nous parle ensuite de la Typographie expressive, concept américain appliqué aux Exercices et qu'il mit à nouveau en œuvre, toujours pour Gallimard, dans une édition de La Cantatrice chauve de Ionesco. Il est émouvant de l'entendre dire que la découverte de la typographie expressive à l'occasion des Exercices est contemporaine pour lui de la révélation de la musique baroque et des variations en musique.

Pierre Duplan montrant le poème
pour bègue de Jean Lescure
Pierre Duplan lui succède ou plutôt dialogue avec lui. C'est un professeur honoraire de l'école Estienne. Aussi modeste que Massin, il ne se veut, pas plus que lui, typographe, ayant «appris en faisant». (Il est tout de même l'auteur de Pour une sémiologie de la lettre, aujourd'hui rééditée par Perrousseaux sous le titre Langage de la typographie parce que les lecteurs ne comprendraient pas, (!) et sous une horrible couverture...). Il raconte sa rencontre avec Massin, qu'il avait invité à faire une conférence sur la typographie expressive, justement, à propos de La Cantatrice chauve. Beau compliment, Ionesco disait qu'il ne voyait plus sa pièce que comme elle était devenue sur le papier. Il nous montre surtout divers ouvrages réalisés sous sa direction, dont les Voyelles de Rimbaud, livre «aléatoire» articulé aux quatre côtés au moyen de baguettes de plastique. Un livre impossible à éditer, évidemment ! J'adore surtout entendre ce vieux monsieur raconter la libération que fut pour lui l'informatique. «Enfin on est libres de faire ce qu'on veut ! Avec l'ordinateur on ne dépend plus des autres. On ne fait plus une esquisse et une réalisation, on fait tout ensemble». Pour La Cantatrice chauve, dit-il à Massin, «tu avais dû tout dessiner, recalculer à la machine à calculer avant de le donner à l'éditeur, c'est un travail épuisant, inintéressant. Heureusement, maintenant il y a l'ordinateur».

Un libre-mobile de John Crombie
C'est enfin  le tour de John Crombie, ex aequo à ce concours de modestie puisqu'il se définit comme un simple «concocteur de livres». Et quels livres en effet ! En plus d' Un conte à votre façon, dont nous est présentée la plaque de gravure en lino de la couverture, c'est à lui qu'on doit la version en anglais de Cent mille milliards de poèmes. Après avoir relaté ses échecs successifs dans le découpage des lamelles, il raconte cette anecdote : le texte original de Queneau figure en bas à gauche en petits caractères. Mais c'est en fait la première édition du VRAI texte quenien, sans les coquilles jamais corrigées par Gallimard, et c'est à lui qu'on la doit !

Mais le temps passe, Massin doit en vitesse gagner la galerie L'entresol, pour ne pas risquer de rater le vernissage de sa propre expo. Nous nous séparons donc sans avoir eu le temps de poser des questions ou de feuilleter les livres apportés...
Quant au prochain colloque Queneau, il aura lieu à Liège en novembre.


03 février 2012

Chaud et froid ressenti


Jacques Jouet, Astrid Bouygues, Daniel Delbreil,
Paul Fournel et Michèle Audun à la présentation
de Quenoulipo, 1er numéro des nouveaux
Cahiers Raymond Queneau.

Hier soir, dans le cadre somptueux de la bibliothèque de l’Arsenal, nous célébrions entre Amis de Valentin Brû et autres Oulipiens la sortie du premier numéro des nouveaux Cahiers Raymond Queneau, édités par Calliopées. 
Après une lecture oulipienne et quelques verres d’un pétillant liquide, la conversation a porté sur une nouvelle notion, apparue il y a deux ou trois jours dans nos bulletins météo, celle de « froid ressenti ».

— D’où sort ce concept bizarre ? demandaient les uns.
— C’est la température sous abri moins 2 ou 3 degrés par tranche de 10km/h de vitesse de vent, elle est toujours plus froide, affirmaient les mieux informés, tandis que la plupart ironisaient : 
— C’est idiot, si tu es à poil, tu as forcément plus froid, donc ça dépend des vêtements ! 
D’autres, comme M., poussaient la logique jusqu’au bout :
— Si le vent s'appelle Sirocco, disait-il sentencieusement, c’est complètement faux. 

Quant à moi, j’ai pu constater qu’à partir de trois coupes la température ressentie était nettement plus chaude !

Pour en savoir plus sur ce nouveau concept venu du Canada, allez sur Wikipédia.

02 février 2012

Enrayer Alzheimer

Image atoute.org
Une alerte sur mon bureau me signale une découverte importante sur la maladie d'Alzheimer. Selon une étude menée par les docteurs Scott Small, professeur de neurologie et Karen Duff, professeur de pathologie en psychiatrie à la faculté de médecine de Columbia University à New York, cette maladie se propage d'une zone à l'autre du cerveau, en passant par les synapses. Il pourrait donc être possible d'enrayer sa progression, à condition qu'elle soit diagnostiquée précocement. Reste à trouver le mécanisme par lequel elle se propage... 
Je signale à mon tour cette découverte à M. qui lève les yeux de son écran :
— Ils ont intérêt à trouver vite, parce que je n'attendrai pas longtemps, je n'attendrai pas longtemps... quoi déjà ?

29 janvier 2012

Shakespeare et le rêve hollandais

Hollande au Bourget dimanche dernier 22 janvier : 
Et je me permettrai de citer Shakespeare, qui rappelait cette loi pourtant universelle : Ils ont échoué parce qu'ils n'ont pas commencé par le rêve.
J'avais tilté :  je ne reconnaissais pas la citation, et puis je me suis dit que les conseillers en communication de Hollande, pour contrer le mauvais effet du «rêve français» censé réenchanter la France, avaient dû en hâte rechercher une citation allant dans le sens voulu, je supposais même qu'ils l'avaient fait dans Evene, site que j'utilise moi-même pour trouver des citations d'auteurs.

Libération, mercredi 25 janvier signalait :
[...] la phrase originale en anglais ne semble pas figurer dans Shakespeare. Grand ordonnateur de la nouvelle édition des œuvres complètes du dramaturge anglais dans la Pléiade, Jean-Michel Déprats dit n’y reconnaître a priori «aucun passage connu». D’ailleurs, si ladite «citation» est facile à trouver sur Google en français, il n’est presque jamais indiqué de quelle œuvre elle est tirée, ou, quand c’est le cas (Hamlet, le Songe d’une nuit d’été…), elle s’y révèle introuvable. Elle ne semble pas être non plus d’un autre Shakespeare, Nicholas, né en 1957, journaliste et romancier anglais, également auteur d’une biographie de Bruce Chatwin. Une absence de paternité qui n’enlève rien à la pertinence de la phrase, ni à la qualité du discours de Hollande. Mais qui souligne une fois de plus la fiabilité très relative des références sur Internet. La multiplication des occurrences (quelque 28 000 ici) n’étant que le reflet du fantastique effet pavlovien généré par la Toile.
Libération se trompait, elle était bien du Nicholas en question, romancier bien étonné d'être cité, et qui a lui-même reconnu la paternité de la chose.
Fillon ne pouvait pas laisser passer l'occasion :
«Tendez votre courage jusqu'au point héroïque et nous réussirons». Ça, c'est du Shakespeare, M. Hollande ! Mais du vrai ! William Shakespeare, et c'est dans Macbeth !
Mais Libération se trompait aussi sur un autre point : car la citation se trouve bien sur le Web, exactement là où j'avais imaginé qu'elle serait. Ici, Sur Evene, où pour la trouver, il suffisait de taper «rêve shakespeare».
Ma première intuition était donc la bonne. Pressés de trouver une justification au «rêve», les conseillers de Hollande ont cherché dans Evene, où ils ont trouvé non seulement la citation, mais aussi sa fausse attribution à William Shakespeare.

L'erreur — qui sera n'en doutons pas rapidement corrigée — venait donc d'Evene
Un peu de culture et un regard plus attentif auraient dû cependant alerter les communicants : «la vision d'Elena Silves» n'a jamais été de William. 

27 janvier 2012

Un quatrain par jour


Non, Facebook et Twitter ne sont pas les outils anticulturels, futiles — voire dangereux — que décrivent tant de non pratiquants : on y rencontre même des gens qui s'intéressent aux potentialités littéraires qu'ils permettent de révéler. Sur Twitter par exemple, on peut suivre les Saint Glinglin, Strofka Meop, Lirina Bloom, Kolia Delesalle, Centquarante et autres, poètes, nouvellistes ou humoristes, dans les passionnantes expérimentations que leur inspire la contrainte des 140 caractères. Sur Facebook, certains se regroupent sous la bannière des « Twittérateurs de Facebook ». Dans le groupe intitulé « Poème du matin, crachin », j'ai trouvé une émulation salutaire. C'est ainsi que depuis le 19 janvier, et j'espère pour longtemps, je me suis astreinte à écrire chaque matin en une dizaine de minutes un quatrain en alexandrins sur les thèmes d'actualité entendus à mon réveil (et à la radio). Je ne sais pas trop ce que j'en espère : peut-être une vision rétrospective un peu originale de l'année 2012, dans quelques mois. Il fut un temps où je récoltais les alexandrins blancs dans les titres de la presse, puis je les classais par rimes et j'en faisais des sonnets. Aujourd'hui, je préfère les fabriquer moi-même, c'est plus rigolo. Voici donc les premiers :

19 janvier
Le procès du Canard, une météorite
Qu'on retrouve au Maroc, les mots de Mélenchon,
Elle arrive aujourd'hui la gastro-entérite ;
Les nouvelles du jour, c'est pas très folichon.

20 janvier
Hollande sur un quai fait la bise à Joly ;
Magaupload fermé mais les hackers répliquent ;
Le Concordia bougeant, les choses se compliquent ;
On pourra boycotter les soutifs Lejaby.

21 janvier
Les marchés financiers sont un peu moins fringants ;
Nos Airbus gros porteurs ont des fissur' aux ailes ;
Les Experts du handball semblent manquer de zèle ;
Faut-il sortir nos troupes du bourbier afghan ?

22 janvier
Gingrich surprend son monde en gagnant sa primaire ;
Hollande se prépare à parler au Bourget ;
Le Costa Concordia continue de bouger ;
Les frères musulmans feront la fête au Caire.

23 janvier
Le discours hollandais n’est pas sans parangon,
Le Sénat se prononce sur le génocide,
À Boulogne madame Chatel se suicide,
Nous entrons aujourd’hui dans l’année du dragon.

24 janvier
Le voyageur du temps s’appelle Hervé Morin,
Des cuves du Costa on pompe le pétrole
Mais celui de l’Iran passe à la casserole.
Au milieu de tout ça Sarko se dit serein.

25 janvier
Nicolas Sarkozy nous fait un canular,
Un cadavre est trouvé dans des tuyaux bancaires,
Le discours d’Obama vise les millionnaires,
The Artist est nommé dix fois pour les Oscars.

26 janvier
Nadal et Federer sont en demi-finale,
L’homme aux prothèses Pip est mis sous les verrous,
Rama Yade envisage de rallier Bayrou,
Le chômage poursuit son infinie spirale.

27 janvier
Au centre de Rio trois immeubles s’effondrent ;
On y cherche toujours d’éventuels rescapés.
Hollande est arrogant selon Alain Juppé,
Droit dans ses bottes, lui. Il ne faut pas confondre.

Mise à jour du 2 février : désormais le quatrain du jour sera visible sur lequatrainquotidien.

07 janvier 2012

La meilleure galette


Le total de graisse = la galette des rois

D’après les précédents gagnants du concours de la meilleure galette aux amandes, cette distinction permet au vainqueur de « multiplier son chiffre d’affaires par quatre ».  Cela s’explique, car les amateurs, bien renseignés, se précipitent chez lui en bataillons serrés, quitte à prendre un ptit bout dpapier avec un numéro dssus, comme à la Sécu. Je me souviendrai toujours de la gloire de notre noble voisin et pâtissier Cochet — hélas remplacé depuis par un triste fabricant de baguettes au plâtre et de makrouts à l’huile rance — lorsqu’il remporta la fabuleuse médaille. On se battait pour sa galette !  Quand ce fut le tour d’une pâtisserie de la rue du Bac, il me fallut faire la queue derrière des dizaines de personnes qui salivaient si bien que le trottoir ruisselait. 
Aussi, ce samedi 7 janvier, lorsque le miroir magique de Google nous indiqua où se vendait  la meilleure galette, nous marchâmes d’un pied allègre et plein d’espérance, N. et moi, vers Miromesnil, bien décidées à absorber «le total de graisse» qui se trouverait contenu anagrammatiquement et physiquement dans «la galette des rois» du lauréat 2012.
La couronne du Roidec, détail
La boutique de ce monsieur se trouvait bien à l’endroit indiqué et sa vitrine arborait avec ostentation l'image fraîchement peinte d’une couronne de lauriers, encerclant le gigantesque « N° 1 » qui témoignait de son récent triomphe, mais… il y avait un mais : elle était fermée ! Oui, fermée. Renseignées par l’aimable tenancière du bistrot d’en face, nous apprîmes, et d’une, que ce commerçant n’ouvrait que du lundi au vendredi, et de deux, que nous n’étions pas les seules depuis ce matin à nous heurter à son mur.
Quoi ! C'est donc ça, le marketing à la française ? À la demande de milliers de consommateurs enthousiastes, prêts à vous mettre sur un piédestal et à vous encenser, vous répondez par le mépris ? Là où n'importe quel boulanger américain (si, si, il y en a) aurait créé un événement Facebook, convoqué la presse, annoncé l'ouverture exceptionnelle le week-end et jusqu'à 22 h, installé sur son trottoir des cordons rouges sur des piliers dorés pour organiser la queue de façon rationnelle, vous fermez boutique et vous partez dans votre campagne avec bobonne et les gamins, comme d'habitude?
Très bien monsieur. Il ne nous fallut pas longtemps, grâce au Samsung de N., pour trouver le nom et l'adresse de votre challenger, qui se trouve rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11e. Nous découvrîmes au numéro 38 une toute petite boutique, qui sentait bon à l'intérieur, où nous fûmes servies par une avenante personne à laquelle nous contâmes toute l'histoire. «Ça alors, nous dit-elle tout étonnée : c'est pourtant pas en mars qu'il va les vendre, ses galettes» !
Je ne connaîtrai jamais le goût de la galette Miromesnil. Mais celle d'Oberkampf, alors là ! Sublime !
Et N. a eu la fève.


12 décembre 2011

Vida tragique d'En Guilelm de B., par M.


Oyez oyez, fans de M., vous qui suivez sur ce blog les élucubrations mathématico-poétiques de votre héros, qui goûtez son humour décalé, ses réflexions inattendues et sa logique d’enfer, sachez que le charme qui vous séduit tant chez lui, vous allez le retrouver dans Vida tragique d’En Guilelm de B., son bouquin enfin paru — depuis quatre ans qu’on essayait de l’éditer — je dis on, car sans l’insistance de ses amis, il n’aurait même pas envisagé la chose. 
L’intitulé, à la fois érudit et ironique (une vida, c’est une vie en occitan, mais celle-ci n’est pas vraiment tragique, elle est plutôt  tragicomique) cache, sous ses airs anciens de titre de grimoire pour vieil historien grincheux, un récit désopilant : celui d’un épisode de la vie d’un chevalier troubadour, amoureux, qui parle en vers à son cheval, se couvre de bravoure et de ridicule, et « scie sciemment la branche sur laquelle il est assis, et après […] se plaint d’être tombé sur le cul ». 
Le récit en question, truculent côté action, poétique côté descriptions, truffé d’allusions, émaillé d’emprunts plus ou moins cachés à des auteurs de tout poil et de toutes époques, de Théophile de Viau à Proust en passant par Montaigne, est rythmé par des extraits de poèmes des principaux troubadours, traduits par M. après les avoir mis dans la bouche de ses personnages, et parmi lesquels il glisse une sextine de sa propre composition. 
De même n’hésite-t-il pas, dans le cours du récit, à dialoguer avec son héros Guilelm, se traiter lui-même de « minable et sommaire historien amateur », ménager une pause pour Guilelm et son auteur, tous deux épuisés, ou faire brièvement le prof pour expliquer au lecteur la signification de mélismes ou de canson
Pour fabriquer cet objet littéraire pas vraiment identifiable, il aura fallu que prenne une sacrée mayonnaise : jeunesse ardéchoise, riche musique du patois, enseignement des mathématiques, étude de l’occitan, lecture de milliers de bouquins, fréquentations oulipiennes, recherches sur les troubadours, etc.
Gérard Lattier, son ami de toujours, a signé les illustrations et lettrines enluminées, Jean-Bernard Vazeilles la préface. Hervé Ozil, de Lagorce, l’a édité. Qu’ils en soient tous les trois remerciés.
Vida tragique d'En Guilelm de B., Maurice Chamontin, Les éditions du Chassel, Rue de l'Horloge, 07150 LAGORCE. 176 pages, 18 euros (20 euros port compris). editionsduchassel@wanadoo.fr