01 mars 2013

À quoi ça sert le mur ? Giovanni Merloni


Certains des lecteurs de Blog O'Tobo qui ne sont pas sur Twitter ignorent peut-être ce que sont Les Vases communicants. Ce projet lancé en 2009 par Le Tiers livre (François Bon) et Scriptopolis (Jérôme Denis)  (l'histoire est racontée ici) consiste à échanger avec un autre blogueur littéraire, chaque premier vendredi du mois, chacun écrivant dans le blog de l'autre. Brigitte Célerier, une autre blogueuse, en publie régulièrement la liste. Je n'y avais encore jamais participé. Aujourd'hui c'est chose faite grâce à Giovanni Merloni, peintre et écrivain dont je suis avec bonheur et fidélité les créations en français, en italien et en images, sur son blog Le Portrait inconscient. J'avais entamé une série sur « le mur », celui que je vois lorsque je pédale sur mon vélo d'intérieur. Elle se poursuit sur leportraitinconscient.com, mais avec une autre perspective : celle du mur frontière entre nos deux langues et pays. C'est aussi le thème du texte de Giovanni Merloni que vous pouvez découvrir ci-dessous. Avec en prime, deux acrostiches sur mon nom et sur mon pseudo de twittos, Souris_Verte !

À quoi ça sert le mur ? 

(petit spleen en prose sur le thème de la frontière) 


Montmartre

Si vous avez un mur qui vous enlève le souffle vous feriez mieux de l’abattre.
Ou alors de le contourner en y ouvrant une petite porte.
Un mur de ciment, vous dites ? Un mur de préjugés ? Une feuille morte ?
Rester chez vous ce n’est pas confortable ? Je vous crois. Mais il faut se battre !
Inutile de vous conseiller de vivre avec ce mur, s’il vous gêne. Mais…
Si vous partez sans rien faire, votre frontière ne vous quittera jamais.

France 1958

Évoquant la maison, le quartier sans murs… de mon quotidien d'enfant bourgeois (pauvre) ne jaillissent que des mots français. J'étais bien gauche avec mes galoches !
Lamy (Hortense), ma prof de français, ne se bornait pas à nous interroger sur Deux-et-deux-quatre ou sur Mon petit-oiseau-s'est-tordu-le-pied.
Insensiblement, elle glissait à nos oreilles les Frères-humains-enfants-de-la-patrie, La-cigale-et-la-fourmi et Je-pense-donc-je-suis. Elle finissait toujours ainsi : Voilà-c'est-la-vie.
Sans les chansons de Piaf et Montand, l'île mystérieuse de Verne, la liseuse de Renoir et la danseuse de Degas, cela n'aurait pas été le cas. Sans le pont d’Avignon cela n’aurait pas été si bon.
Avant de voir Paris et Azay-le-Rideau, on se désaltérait aux mots de Rousseau en écoutant Le Galérien, qu’on comprenait tant mal que bien. Ce petit rien faisait déjà sangloter ma mère.
Bagages sur le toit de la voiture hardie, la France accueillit avec élégance notre insouciance de voyageurs sans trop de chance.
Egalité ne va pas sans Liberté. Fraternité nécessite la République. Progrès a besoin d’avenir. L'avenir a besoin de Mémoire.
Tout cela tournait bien dans ma tête : une roue parfaite d’exemples vivants m’aidait à vivre sous mon plafond éblouissant de Rome, tout en rêvant du ciel gris de Paris.
Hélas, ce fut alors que je m'aperçus qu'il y avait un mur qui m'empêchait de rencontrer le Gavroche que j’hébergeais dans ma poche. Comment sortir d'une situation si moche ?

Halles 1964

Voyez ce qui se passe lorsqu’on passe de l’utopie aux faits. Difficile de savoir si c’est le mur des faits ou le mur de l’utopie qui nous barre le passage. Quoi faire ?
Entrer dans la France sans sortir de l'Italie ? Ondoyant comme une pendule je ne faisais que ça. Je partais et mourais à chaque fois
Résistant dans le monde dérangé où j’étais né, j'y serais resté si ce mur fermé ne se fût brisé par l'ouverture badine d’une fourche caudine.
Tout d'un coup retraité, j'héritais d'un oncle disparu un grossier passepartout.
En sortant des remparts de mon monde assiégé j'ai joué ma partie installant ma seconde patrie dans un autre pays.


France 1991
Changeant de coordonnées (pas d’identité) je découvre la copropriété, le coin, le passage, le village, le canal coulant et le pont tournant.
Hanté d'hôtels et d'hôpitaux, ce quartier des deux gares ne m'égare pas du tout. La rue de Paradis m’amène à la Villa Médicis, la rue de la Fidélité dure une romaine éternité, tandis que le passage du Désir devient Pont des Soupirs.
Avançant éphémère avec ma gueule d'Atmosphère j'entrelace des liens avec les Garibaldiens... Reculant pensif, ma tradition à la main, je me perds à République dans la couleuvre humaine.
Montant par Magenta en flâneur ardent, j'atteins le métro chez Jacques Bonsergent.
Oh j'en avais envie, de même que Zazie, de cette fourmilière pleine d’humeurs et de stratosphère.
Nombres de compatriotes partagent ma stupeur vis-à-vis de la quotidienne rengaine de cette fête foraine.
Trottant sur le trottoir entre trottinettes et sacs à dos je gagne avec émotion la gare de Lyon et m'accoude sur les quais voir les trains arrivants dans un film d'antan.
Immobile, je ne rêve plus de partir. J'ai mon mur avec moi, dans cette valise grise où je garde ma chemise. Je lis Turin ou Milan tout en poursuivant un lapin lointain.
Nonchalant, à chaque jour, je fais une toile de Pénélope de mon mur ou alors un labyrinthe azur pour cette vie douce et salope qui m'a rendu dur.


 Gainsbourg

18 février 2013

Le Mur (II)


Pédale, il fait moins gris. Comme les jours rallongent,
Le soleil du matin dessine sur ton mur
Des ombres dont l’aspect te semble plus obscur ;
Mais si, plissant un peu les paupières, tu plonges

Les yeux dans les coins noirs tu vois bien le mensonge
Qu’un contraste violent provoque. Ton fémur,
Comme une bielle monte, descend, monte, au fur
Et à mesure que tu pédales. Tu songes

Que pendant cet effort qui peut paraître vain
Dénué de tout sens et même ridicule
Le temps passe aussi bien que si ton véhicule

Avait vraiment des roues et que ton mur lointain
De toi se rapprochait jusqu’à ce qu’il te touche.
Après ces réflexions tu vas prendre une douche.

EC

16 février 2013

La grue


Grimper sur une grue semble être pour les pères
Qu’à tort ou à raison on empêche de voir
Leurs chers petits (ce qui cause leur désespoir)
Un tic, une manie, la mode la dernière.

Ils ne sont, disent-ils, pas du tout suicidaires,
Et s’ils s’élèvent sur cet étrange perchoir,
Surtout ne craignez rien : ils ne vont pas en choir
Mais bien l’utiliser comme un prêtre sa chaire.

Car les télévisions, qui du spectaculaire
Font leur beurre et l’argent de leurs jolies crémières
Des stylites nouveaux vont faire leur bonheur.

Ils le savent fort bien, ils ont les pieds sur terre,
Leur acte deviendra, c’est certain, populaire.
On peut se demander s’il a tant de hauteur.

EC

07 février 2013

Le mur


Pédale, c’est ton but. Ce mur qui te fascine, n’en détourne pas le regard, fixe-le sans baisser le front, bien droite sur la selle inconfortable, ne t’autorise que de légers mouvements latéraux de la tête, à gauche quand le pied appuie à droite, à droite quand le pied appuie à gauche. Pédale, le mur est devant toi, patchwork de cartons déchirés, décor trash pour pièce réaliste, ready made qui touche à l’abstraction. Tu connais chaque détail du mur. Tu l’as nommé « le mur », avec ses boursouflures grises en bas, les raccords de sa surface écaillée, les plis que font d’antiques couches de peinture le long de ses fissures, les empreintes qu’y ont laissées des conduits démolis depuis des dizaines d’années. Pédale vers ton mur, surtout, ne ralentis pas le rythme. N’accélère pas non plus, il ne va pas s’écrouler, il est là depuis si longtemps.  Deux gaines de cheminées, surmontées de leurs pots de terre cuite rougeâtre, y sont toujours collées. Servent-elles encore à quelque chose ? Nulle fumée n’en sort, de la mousse a poussé au bord. Tu pédales, tes yeux cherchant la suie parmi les traces. Tu comptes les échelons qui courent jusqu’au toit. Dix-neuf, vingt, vingt-et-un peut-être. Leur rouille fond peu à peu en coulées le long du mur. Toi aussi tu transpires, mais tu pédales vers ton mur, comme chaque matin, sur ton vélo d’appartement, immobile, devant la fenêtre qui donne sur le mur.

04 février 2013

L'alcool de la comtesse

Sophie de Ségur,
née Rostopchine

Parmi les nombreuses anagrammes de La comtesse de Ségur, on a Est sage sur le Médoc*. Sur le Médoc, peut-être, mais alors, sur le reste ! 
Le nombre des boissons alcoolisées imbibant les pages des romans de Sophie de Ségur (née Rostop tchin-tchin ?) est impressionnant. Pas un seul de ses ouvrages, pourtant destinés aux enfants, qui ne comporte quelque allusion ou anecdote concernant l’eau de vie, le vin, le cidre ou les liqueurs diverses. 
Cela peut surprendre aujourd’hui, lorsqu'on connaît l’intention éducative de l’auteur. À moins qu’il ne s’agisse justement d’un projet pédagogique ! Penchons-nous donc sur les bons et les mauvais usages de l’alcool, enseignés par Sophie à ses petits enfants. 


Bon : L’eau de vie

L’eau de vie, la vraie, celle qui est faite à partir de vin, de cidre ou de fruits, est bonne, comme son nom l’indique : Nanon, la servante du curé, a raison d’en mettre dans le café de son maître qui se dévoue pour les pauvres, le pauvre. Et les commères de La Sœur de Gribouille ont besoin d’eau de vie en guise d’antidote pour veiller un mort pendant toute une nuit. C’est en quelque sorte un fortifiant naturel. Dans son opuscule La Santé des enfants, Sophie recommande d’ailleurs d’en frictionner matin et soir les bébés rachitiques pour fortifier leurs reins et leurs jambes. Le Dictionnaire français illustré des mots et des choses, 1884, montre que ce traitement n’a rien d’exceptionnel : « On l’emploie en frictions pour calmer les douleurs et rendre de l’énergie aux organes ». Excellent antiseptique, l’eau-de-vie est aussi employée en gargarismes pour les inflammations de la sphère ORL. 

Bon : Le cidre 


Jean qui grogne et
Jean qui rit
Le cidre est bon aussi : le brave Moutier de L’Auberge de l’ange gardien n’hésite pas à en abreuver les petits Jacques, six ans, et Paul, trois ans. Une sympathique aubergiste en donne une bouteille pour la route aux jeunes Jean qui grogne et Jean qui rit qui doivent rallier Paris à pied, car, leur-dit-elle, « c’est plus sain que de l’eau quand on a beaucoup marché ».Trois verres de cidre par repas, c’est la ration normale de l’écolier de La Fortune de Gaspard. Le bon curé qui découvre une petite fille abandonnée et affamée lui donne du pain, du raisiné et du cidre. (Jean qui grogne et Jean qui rit). Le cidre peut être coupé d’eau, mais pas trop, car il devient alors un affreux mélange, celui que boivent Charles et les enfants de la pension d’Un Bon Petit Diable. Notons que c’est à l’époque de la Comtesse de Ségur que la consommation de cidre atteint son apogée en France. Jusqu’à la Grande Guerre, c’était la deuxième boisson nationale après le vin. 

Bon : Le vin

Le vin est excellent, il a valeur d’aliment. Le Général Dourakine en régale ses hôtes, et c’est un connaisseur ! Aux noces d’Elfy et de Moutiers, on boit madère, bordeaux-laffite [sic], bourgogne, vin du Rhin, le tout de première qualité. La Madame Fichini des Petites Filles modèles garde toujours un flacon de vin dans son cabinet de toilette, car c’est, comme l’eau de vie, une sorte de médicament. 
Les enfants peuvent boire du vin, surtout s’ils sont un peu malades, à condition qu’il soit plus ou moins coupé. On appelle cela de l’eau rougie. Cette habitude de donner de l’eau rougie aux enfants s’est poursuivie, je peux en témoigner, jusque dans les années soixante. Pour les fêtes, on autorise même le champagne, et s’il tourne un peu la tête, c’est à cause de sa mousse — et non pas parce qu’on le boit après dix verres de vin. 
Quand le vin est très fin, les domestiques le volent : dans Le Dîner de Mademoiselle Justine, on les voit arroser leurs huîtres de Sauternes, et leur chevreuil de bordeaux et de Volnay. Le Malaga ira avec les biscuits. 

Mauvais : l’excès, le mélange, le frelatage

Ce qui est mauvais, en revanche c’est l’excès, le mélange, et le frelatage. L’excès est le triste apanage des êtres sans force d’âme, veules, incultes et paresseux, ou des étrangers ignorants des mœurs françaises. 
Les domestiques voleurs du Dîner de Mademoiselle Justine, privés de la culture nécessaire pour bien les apprécier, accumulent les vins : « Ils ont des airs qui m’ont fait peur : Jules buvait à même la bouteille ; ils parlent et chantent tous à la fois ». C’est ce qui leur vaudra d’être confondus : « Votre ivresse ne vous sera pas une excuse », dit leur maître furieux. 
L’ivresse est au contraire une excuse pour Diloy le chemineau, que l’abus du « fil en quatre » porte à fouetter les petites filles impertinentes. On le lui pardonne, parce qu’il est bon et se repent de s’être grisé, comme on pardonnera au bon Frédéric, intentionnellement saoulé par Le Mauvais Génie, Alcide. 
Les Polonais ont déjà bonne réputation de buveurs si l’on en croit Les Deux Nigauds : Mme Bonbeck, qui leur sert à boire, plaisante à ce sujet : « Peu de vin, beaucoup d’eau, dit-elle en riant ; c’est mon régime et celui de ma bourse. […] Ça ne vous va pas, eh ! les Polonais ? Vous aimeriez mieux beaucoup de vin et peu d’eau, pas vrai ? » C’est également la nature russe de Dourakine (dont le nom vient de dourak qui signifie idiot) qui le porte à l’excès, mais cela fait plutôt rire, car il est bon et généreux. Mr Georgey, l’Anglais du Mauvais Génie, ne maîtrise pas du tout l’usage de nos vins :
« — Oh ! yes, vous donner le turkey ; et pouis du claret (bordeaux) blanc, rouge ; bourgogne blanc, rouge. Le garçon apporta le dindon et les quatre bouteilles du vin demandé. »
Ce sera un jeu d’enfant que de le saouler pour le dépouiller. 
Quant au pauvre Jeannot, le Jean qui grogne, il finira mal : « Un jour il tomba malade, à force de boisson et d’excès. Ses maîtres s’en débarrassèrent, comme font les maîtres insouciants, en l’envoyant à l’hôpital. » 
L’excès de cidre — on en buvait jusqu’à vingt litres au moment du battage du blé — pousse le père de l’infortuné Gaspard à le battre, comme le blé : « Il ne me touche plus, mais quand il a bu trop de gros cidre, ce qui lui arrive souvent, tu sais, il gronde encore ma mère », lui raconte plus tard son frère Lucas, resté à la ferme que Gaspard a fuie. 
L’excès d’eau de vie peut même tuer, comme en témoigne l’anecdote des Bons Enfants où un père pédagogue saoule des poules avec de l’avoine trempée d’eau de vie ; c’est pour prouver par l’expérience aux jeunes incrédules qu’on ne leur a pas menti en leur racontant l’histoire d’un cochon ivre-mort après avoir mangé du moût de cassis. 

Comment tuer un cobaye
Les mélanges ne tuent pas, mais ils rendent sérieusement malade : le jeune Léonce, un autre des Bons Enfants, prend par mégarde du vin blanc pour de l’eau qu’il boit après son vin rouge : la tête lui tourne. Envoyé au lit avec quelques gouttes d’alcali, il fait le tour du cadran. 

Ce mélange redoutable, le perfide Alcide l’emploie pour saouler ses victimes, comme Mr Georgey : « Alcide commença à mélanger le vin blanc et le vin rouge pour le griser plus sûrement ». Mais il fait pire encore : pour voler et perdre Frédéric avec lequel il est engagé au 102e Chasseurs d’Afrique qui combat en Algérie, il lui fait ingurgiter des « liqueurs, travaillées avec de l’esprit de vin » ce qui en augmente le degré alcoolique. L’esprit de vin, c’est de l’alcool industriel issu de betteraves ou pommes de terre — donc mauvais selon la classification en vigueur. Le naïf Frédéric boit tous les toasts qu’on lui propose, à la santé de ses parents, de ses futurs galons, du lieutenant colonel, du capitaine, du lieutenant. Quand Alcide, ivre aussi, donne un coup de poing au maréchal des logis malgré l’avertissement : «Un soldat qui porte la main sur son supérieur, c’est la mort !», Frédéric, pour le délivrer, bouscule aussi l’officier. Devant le conseil de guerre, avec Mr Georgey comme avocat, et au vu de ses antécédents, Frédéric est acquitté car il est fondamentalement bon, il gagnera ses galons en se battant contre les Arabes et ne boira plus qu’un seul verre à chaque repas.

Le soldat Alcide est mauvais et ne montre aucun repentir. Condamné à la dégradation suivie de la peine de mort, il sera exécuté, c’est bien fait. 

On voit donc que Sophie, sans jamais effrayer ni dégoûter, mais en faisant rire tout en décrivant la vie quotidienne de son siècle, réussit à délivrer à ses jeunes lecteurs un message pédagogique. Et ça marche : ma première lecture sans images fut, à quatre ans, un roman de la Comtesse de Ségur, et depuis… je bois ! 

***

*Il y a aussi : La muse des cortèges, Secrets mous de l’âge, Germes de cassoulet, et curieusement, Usager des télécoms. Et beaucoup d’autres encore. 

NB. J'ai lu une version de ce texte — légèrement plus courte pour tenir dans les 5 minutes de rigueur —  au dernier colloque des Invalides, dont le thème était précisément l'alcool.

04 janvier 2013

Notre-Dame des Landes

Photo Match

L’âme ardente des dons
Dont l’éden a des armes,
L’âme dort, dense danse,
Endossant de la merde
Madone, les étendards !
Entends le drame sado
Détoner des mandales !
Le monde dressa dent à
Te donner des malades,
Reste là-dedans, démon !
Désastre de maldonne,
Les ados redemandent
Notre-Dame des Landes !

(Dors à l’est d’éden, amen.)

NB : poème anagrammatique. Chaque vers est formé des lettres de l'incipit « Notre-Dame des Landes », mais rangées dans un ordre différent.

15 décembre 2012

Ordinateur cérébral

Illustration « Automates intelligents »

M. qui prétend qu’il n’a aucune mémoire (ça dépend pour quoi), se repose en général sur ma pomme (si l’on peut dire*) pour toutes les questions d’organisation, à tel point qu’il a fini par me considérer comme omnisciente dès qu’il s’agit de calendrier ou d’horaire. 
Certes, je me parfume d’être cyberdataire, mais ça n’est pas une raison ! Ma mémoire a ses limites, elle est sélective, en plus, je ne vois pas pourquoi je devrais me souvenir de choses qu'il est inutile de se rappeler dans la mesure où elles sont consignées ailleurs que dans ma matière grise.
Aussi, lorsque tout à l’heure M. m’a demandé à quelle heure arrivait le train de notre fille le 22 décembre prochain, me suis-je un peu énervée et lui ai-je répondu sèchement — « M'enfin, quoi, je ne suis pas un ordinateur ! ».
Alors M., désarmant : — « Tu es ce que je vois qui ressemble le plus à un ordinateur ».

* J'utilise unPC

13 décembre 2012

Papautwitt

Le pape envoyant en grande pompe son premier twitt


1
Elle a tweeté, 
Sa Sainteté, 
Nous envoyant 
Virtuellement 
Saintes salades 
De son iPad.

(refrain)
Qu’il est balèze 
Ce Benoît seize ! 
Il est hyper 
Branché l’saint père !

2 
De son index,
@pontifex 
A tapoté. 
La papauté, 
C’est historique, 
Est numérique. 

(refrain) 

3 
Quand il bénit 
Urbi, orbi, 
Les saints octets 
Sont transportés 
Par la magie 
De son Wifi, 

(refrain) 

4 
Car le Wifi 
Nous édifie : 
Il véhicule 
La moindre Bulle 
Et l’Encyclique 
D’un simple clic. 

(refrain) 

5 
Les cardinaux,
Pas parano, 
Lisent saint Paul 
Sur leur Apple : 
C’est la liseuse 
Miraculeuse. 

(refrain) 

6 
De Saint-Sulpice 
Aux gardes suisses 
Du Vatican
C’est folie quand 
Le pape tweete 
Ses sacrés bits ! 

(refrain) 


07 décembre 2012

Scaphoïde


Mon poignet droit serré dans une attelle moche
À l’instar de Clavel (1) j’écris de ma main goche
Et j’essaie de manier de même ma souris
Au risque que mes vers ne soient pas bien écrits.
On a tous au poignet un petit scaphoïde
En forme de bateau, comme, bizarroïde,
Son nom l’atteste aux amateurs de grec ancien :
C’est en tombant au sol que j’ai cassé le mien.
Pendant que j’opérais ma funeste pirouette,
Par un réflexe inné j’ai protégé ma tête
Pour éviter son choc sur les pavés liégeois
Qui en l’écrabouillant (j’y songe avec effroi)
Auraient privé la postérité d’une immense
Et passionnante communication (je pense)
Que je devais donner le lendemain matin
À l’Université devant tout le gratin
Des queniens érudits, des savantes queniennes
Réunis en colloque (2). Il fallait que je vienne.
Il le fallait si bien que j’ai donc fait l’effort
Les deux mains en avant pour saisir un décor
D’ailleurs inexistant(3), (mais keskeu je raconte ?
C’est Raymond Queneau qui à la tête me monte)
Le décor des pavés existait bel et bien,
Mon poignet (et un peu mon genou) s’en souvient.
Au resto où j’allais on me mit de la glace
Et puis après j’ai attendu que ça se passe.
Une nuit là-dessus, tout aura disparu
Me disais-je in petto, mais de nuit il n’y eut,
Car je n’ai pas dormi malgré l’Ibuprofène
Que l’on m’avait donné par charité chrétienne.
Le matin, ô mâtin, pour me brosser les dents,
Me sécher les cheveux et me (soyons prudents
Et taisons par respect un certain autre geste
Qu’on accomplit sans y penser, d’une main leste,
Après être resté un temps aux cabinets,
Je n’en dirai pas plus mais vous me comprenez)
Attacher mon soutif fut aussi difficile,
(Pour les contorsions je suis très malhabile)
Quant à tirer sur une fermeture éclair,
Il n’était pas question d’essayer, c’était clair.
Bref ce fut compliqué, ce malgré la tendresse
Quelquefois disons-le teintée de maladresse
D’un époux qui lui-même dans les escaliers
En sortant de l’hôtel avait mal mis le pied
Et qui s’était froissé quelque part dans le râble
Un muscle par ailleurs tout à fait admirable.
Le samedi matin se présentait donc mal,
Mais par un curieux effet paradoxal,
Je pus dérouler sans douleur et sans grimaces
(Et même en souriant aux passages salaces)
Le fil de mon discours qui traitait du Chiendent.
Rien n’était oublié malgré mon accident.
J’ai parlé des Marcel et j’ai parlé de Cloche,
Des rêves de Queneau, d’Engels et puis des Coches,
Tout cela dans le temps qui m’était imparti,
Mais je suis bien contente que ce soit fini.

EC

1) Michel Clavel De ma main gauche, éditions de l'Attente
2) Le colloque international « Parentés, Queneau et l'esprit de famille » a eu lieu à Liège les 29-30 novembre et 1er décembre derniers.
3) Citation de Raymond Queneau, l'explication des métaphores, poème des Ziaux (Gallimard).

26 novembre 2012

Marrons glacés à l'UMP

Le pélous, c'est la bogue de châtaigne
Sur LCI, en attendant la déclaration de la commission de contrôle de l'UMP, Éric Woerth joue les mecs cools.
— C’est bientôt la période de Noël, une période d’apaisement, en général, dit-il avec un sourire tendre.
— Oui, dit M. ils vont s’envoyer des marrons glacés. Mais y en a qu’auront pas enlevé le pélous !

25 novembre 2012

Erik Satie et l'Oulipo

Olivier Salon et Martin Granger
Soit une lecture plaisante sur Erik Satie, présentée par Olivier Salon lors d’un Jeudi de la saison dernière, dans le petit amphithéâtre de la BNF (le gros était pris). Soit une conférence loufoque de Martin Granger, présentée par exemple à Lille lors d’une journée Perec, sur la compression de la musique pour gagner du temps. Soit ensuite une commande du conservatoire de Montreuil pour son festival « Les Rencontres inouïes », rencontres entre deux artistes venant d’univers différents, quelle bonne idée, et la décision d’Olivier Salon de faire de ces deux prestations un spectacle nouveau. Soit enfin l’intervention décisive d’un metteur en scène talentueux, Benoît Richter. Et voilà tous les ingrédients d’une représentation originale (1), accessible à tous, courte et drôle, dénuée de toute prétention, mêlant les cultures musicale, littéraire et informatique pour le plus grand plaisir d’un public qui ne s’y est pas trompé, rappelant plusieurs fois le trio sur scène par ses applaudissements enthousiastes. 

Alors que le très sérieux conférencier Olivier Salon, avec la solennité qui s’impose, expose à l’auditoire la vie et l’œuvre de Satie, qui est tout sauf sérieuse ce qui provoque déjà quelques gloussements dans l’assistance, un second conférencier, Martin Granger, look Steve Jobs, profitant d’une maladresse du premier qui cherche ses notes tombées par terre, entame au nom de sa société Process Optimization Performance un exposé sur la compression musicale, vecteur de rentabilité et de gain de temps. 

Le télescopage des deux conférences est prétexte à de nombreux gags de situation, de textes, et finalement de musique, puisque la première Gymnopédie de Satie, jouée en intro par Olivier Salon, subira toutes les méthodes de compression prônées par Martin Granger, dont la suppression des répétitions inutiles, la suppression d’une mesure sur deux, l’accélération de la voix par inhalation d’hélium, ou à la fin l’exécution en une seule mesure de l’ensemble des notes de ladite Gymnopédie (sans perte d’information, donc, précise notre cadre informaticien). Bon an mal an, Olivier Salon réussit malgré tout à informer son public sur la vie, la liaison, la maison, la tombe et le monument de Satie, tandis que les textes géniaux du musicien sont passés à la moulinette oulipienne de la contrainte du prisonnier, du ventriloque ou du caviardage. Un concours d’acrostiches sur noms de musiciens sera gagné à la fin par Olivier Salon avec « Rimsky Korsakov » par abandon de son adversaire.

Le spectacle sera redonné le 19 janvier à Lille, et peut-être prochainement à Arcueil. Le succès qu’il a rencontré devrait, on l’espère vivement, inciter des distributeurs à l’intégrer dans leur programme.

EC

(1) Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux, Conférence en forme de poire, Olivier Salon, Martin Granger, Benoît Richter. La première représentation a eu lieu dimanche 25 novembre 2012 à l'Auditorium Maurice Ravel du Conservatoire à rayonnement départemental de Montreuil.

24 novembre 2012

Les filles de Camaret

le port de Camaret
(photo http://www.jpphoto-fr.com/Paysages.htm)

Les filles de Camaret ne jouent plus au tennisse (bis)
Car leur coach était si con
Qu’il ne leur montrait que son
Pénisse (ter)

Ô fille de Camaret, où est ton pucelage ? (bis)
Il est resté sur le court
Depuis j’ai au lieu d’amour
D’la rage (ter)

Les filles de Camaret sont allées en justice (bis)
Elles se sont bien battues
Pour que ce vil trou du cul
Croupisse (ter)

L’entraîneur de Camaret se branle la quéquette (bis)
Tout seul dans son trou à rat
Jamais ne retouchera
D’raquette (ter)

EC


21 novembre 2012

Fillon/Copé, la compile

via @Salam93
Quand vers 15 h 30, les gazouillis de ma TL sont devenus assourdissants avec l’annonce du clan Fillon qui nous apprenait que la COCOE avait « oublié » les voix de certains DOM TOM, j’ai été certaine que ma cueillette de bons mots allait être fructueuse. 

Télescopages 
Comme toujours, les twittos se sont amusés à télescoper la nouvelle avec d’autres actualités plus ou moins chaudes. La fin du monde des Mayas, par exemple : selon les derniers calculs, dit @BeautifulLoser, les Mayas se sont trompés. C'est pas la fin du monde, le 21 décembre, mais la fin de l'#UMP ! La perte du triple A aussi en a inspiré certains, comme @KoliaDelesalle2 : Du coup, Moody's décide de passer la note de la France à AhAhAh. #UMP. Tout comme l’annonce selon laquelle le tableau de Fragonard ne représenterait pas Diderot inspire @Ribouldingue1: La journée de toutes les révélations: Fragonard n'a pas peint Diderot et l'#UMP n'a pas élu #Copé... » Les récents avatars du sport cycliste inspirent le tweet suivant : Officiel : La Cocoe rend ses sept maillots jaunes à Lance Armstrong.  @regis_alenda, un scientifique sans doute, déclare : BREAKING : L'#UMP se voit décerner le prix Nobel de physique pour son président de Schrödinger.  Le gaz de schiste fait dire à ‏@KoliaDelesalle2 : À force de creuser dans le ridicule, l'UMP va trouver du gaz de schiste. #cocoe. 
Mais c’est le mariage pour tous qui évidemment inspire le plus :
Revirement à l'UMP qui défend désormais le marrage pour tous, dit smejanes. On vient de célébrer le premier divorce gay de France à l'#UMP. Qui va garder les électeurs ?#marine enchaîne un autre. Et l’on plaisante sur le nombre de papas quand l’éventualité d’un recours à Juppé est évoquée : Non content d'avoir deux papas, l'#ump en veut un troisième #Juppé. En fait, ils avaient raison : après l'homoparentalité, la polygamie ! s’exclame @AntoineTifine. Finalement, le divorce pour tous, c'est un premier pas...  renchérit @iordanoff. Et Pour un homophobe, Copé se fait quand même copieusement enfiler, constate @Gaelle_Jeanne. 

Gauche et droite 
Beaucoup de twittos, en dehors des télescopages, sont tentés de mettre gauche et droite dos à dos, ou du moins de les comparer dans leur façon de s’autodétruire : BSportouch nous confie : On se croirait presque à la CGT, me glisse une collègue qui connaît très bien la question. Pour ‏@B_Roger_Petit, blasé, une mise à jour de Que le meilleur perde, de Bon et Burnier, s'impose : L'UMP et ses présidents, Hollande qui a peur de Frigide Barjot. Près de ses sous, @LaLangelliere renchérit : Paye, petit Français paye, ta gauche est molle et ta droite est folle. Arlette Chabot, retweetée par Bruno Masure, réagit sur le recours à Juppé : Et dire que l' #UMP raillait @harlemdesir (PS), si @JuppeAlain assure l'intérim, je signale que son casier judiciaire est bien plus chargé. On peut aussi mettre l’événement en relation avec un autre à venir. Pour @humourdedroite, très actif, Heureusement que demain la possible mise en examen de Sarkozy va éclipser le drame à l'UMP. 

Franche rigolade 
Mais le plus souvent, on se laisse aller à une franche rigolade. Les auteurs des Guignols annoncent leur intention de poursuivre Copé et Fillon en justice pour contrefaçon, prétend‏ @Nain_Portekoi, tandis que @DJKweezes nous fait partager sa joie : L'avantage de travailler dans un Open Space, c'est que TOUT L'OPEN SPACE se fout de la gueule de l' #UMP et de la #COCOE. Rhorvais voit dans l’affaire un grand bazar, ou le remake du film des #Charlots alors que @FrantzRogeon entonne le refrain de Dallas : U-M-P, ton univers impitoyaaaaaaaaaaableuh. @humourdedroite, quant à lui, se fait homérique : AHAHAAHAHAHAHAHAHAHAH ! rigole-t-il sur 3 lignes.

Jeux de mots 
Les adeptes des jeux de mots laids et des calembours bons s’en donnent à cœur joie avec la COCOE. Selon @ofalsen, un proverbe africain dit : Faut pas monter au coco(e)tier quand on a pas le derrière propre ».Ca cree la Cocophonie. Et ‏@Petit_Prof ajoute : Le socle cocomun de cocompétences. #Cocoe #suisàfond, sur quoi elle annonce : Bon ben je vais cocoriger mes cocopies. Les jeux de mots ne se limitent pas à Cocoe, comme le prouve ‏@PHPINAUD : L'#UMP copé en deux, @juppealain a trouvé le bon fillon pour assurer provisoirement la présidence du parti qu'il a fondé en 2002, ou les twittos qui réinventent la signification de l’acrostiche UMP :  l'Union à Moitié partagée selon @nbongarcon, l’Union des Mauvais Perdants selon‏ @Mil_Hood. 

Dom Tom
Il y en a que cela ne fait pas rigoler du tout, ou que ça fait rire sarcastiquement. Ce sont les gens préoccupés par les Dom Tom et par l’histoire raciste récente du pain au chocolat de Copé. Ainsi @MohssinePowers qui grince : Wallis et Futuna, Mayotte et la Nouvelle Calédonie c'est pas des vrais Français, hein ? Enfin, Je me comprends, soutenu par‏ @fischer_sofia : Manquerait plus qu'on s'mette à comptabiliser les voix des gens colorés, et par @bambamlau : On m'annonce à l'oreillette que @jf_cope dénonce le vote des DOM TOM comme du racisme anti-blanc, ca ne peut donc pas être comptabilisé. @humourdedroite, encore lui, annonce : Voix des DOM-TOM : Copé dénonce un «vote communautaire»  et poursuit dans un autre tweet,,Tu vas voir qu'après les noirs, ils vont s'apercevoir qu'ils n'ont pas compté non plus les voix des pédés ! @PippinLeGrand fait mine de s’étonner : Ha parce que les DOM-TOM ont obtenu le droit de vote ? Je suis sûr que comme moi Copé et Fillon n’étaient pas non plus au courant.

Militants 
Mais les plus tristes, ce sont évidemment les militants, qui s’expriment sur #UMP ou #TeamFillon. ‏@EnsembleNS reste debout pendant le naufrage. Notre parti est entrain d'imploser, je suis triste et déçu à la fois. Faut rester fort. #UMP, mais d’autres laissent libre cours à leur détresse comme @hmmorelle : c'est ridicule ! La #TeamFillon fait n'importe quoi ! Ils sont en train de faire voler en éclats sanglants notre parti !  ‏@christol15 déserte :  j'en ai marre je suspends mon compte je reviendrai quand cela sera + calme salut. @Roigebrageldi déplore #Hollande commençait à ramer sérieux avec le mariage pour tous, heureusement l' #UMP alimente le buzz... #Gâchis. @Anouarius analyse : Depuis la disparition du Gl De Gaulle, la « droite » française a connu d'une façon cyclique des épisodes tel que celui que connaît l'#UMP. ‏@grivalland condamne : Tout ceci est navrant. C'est l'ensemble du travail des militants de terrain qui est entrain d'être discrédité par les nationaux, aussitôt rabroué par un collègue : Bon, arrête de brailler. C'est à cause de mecs comme toi que l'#UMP doit avoir honte ! Milite pour la France, pas pour toi. ‏@blogdedroite appelle au secours : Nous réclamons la création d'un conseil des sages à l'#ump, constitue des anciens chefs du parti, chargé de publier les résultats internes.

Ironie
En dehors de la franche rigolade, des télescopages ou des jeux de mots, les tweets destinés à faire rire leurs lecteurs se cantonnent plutôt dans le domaine de l’ironie. Ils sont nombreux. 
Aaah ce magnifique congrès qui était censé redonner un souffle d'air frais à l' #UMP fait semblant de regretter @Robeskarl. Fraude dans les fédérations d'Outre-Mer, 1.300 voix comptabilisées mais seulement 400 personnes présentes à l'apéro dénonce @MLcomedyclub. On fait des suggestions comme @OldSatriale : Maintenant qu'on a commencé a se poiler il faut aller au bout. Nadine Morano présidente de l'#UMP, je ne vois plus que ça ! Le malin @KoliaDelesalle2 écrit Leçon n°1. Apprendre à reboucher le champagne. ‏@CGT_Ifop parle pour sa paroisse : #CopéFillon auraient mieux fait de commander à l'#Ifop un #sondage "sortie des urnes" : nous serions fixés depuis belle lurette ! et @vincentglad met en garde : Ne vous emballez pas, d'après l'indicateur «Pécresse Face», c'est bien Jean-François Copé qui a gagné. Il est vrai que Valérie Pécresse tire une gueule terrible. @Jeromelibeskind s’étonne : Si j'ai tout bien compris la Cocoe avait recompté des voix qui n'avaient jamais été comptées, ‏@Maitre_Eolas délivre ses conseils : Amis fillonistes, rappel important : vous avez jusqu'à vendredi minuit pour saisir la commission des recours par LRAR. #PolomPolom, @oliviertesquet lance : Élection à l'UMP : l'ONU propose une médiation belge, @Balmeyer résume : Plus Copé a moins de voix, moins Fillon a plus perdu que lui. Enfin je crois. Des fausses « chaînes » circulent : RT SI T'ES POUR L'ARBITRAGE VIDEO LORS DES PRIMAIRES UMP. ‏@bensuch n’hésite pas et Propose formation Excel à l' #UMP pour apprendre la formule =SOMME() à #copé et #fillon #epicfail. Tandis que @GregoirePotton se demande si C'est Gilbert Montagné qui comptabilise les voix à l'UMP ? Désabusé, @Jeromelibeskind se dit que Si ça se trouve la Grèce aura remboursé sa dette avant que l' #UMP ait un nouveau président #siçasetrouve et ‏@KoliaDelesalle2 conclut : Je propose qu'on déclare officiellement le match nul.

EC

20 novembre 2012

Anniversaire oublié

Nom d'un petit bonhomme ! En rédigeant quelques lignes de biographie pour une intervention que je dois faire en décembre, je réalise que j'ai laissé passer un anniversaire de taille, celui de ce blog même, lequel a maintenant plus de 10 ans ! C'est quand même beaucoup, pour un blog. Je n'en reviens pas d'avoir persévéré. Voici le premier post de Blog O'Tobo, le 8 octobre 2002.

12 novembre 2012

Le prix international « littérature vieillesse » annulé pour cause de dopage !


Réuni le 26 octobre 2012 pour la quatrième édition du prix « littérature vieillesse » qui récompense les ouvrages de littérature molle et peureuse, débilitante, ennuyeuse et niaise, le jury franco-belge s'est abstenu de couronner un candidat. Non qu'un élixir de jouvence se soit mis à dégouliner sur des têtes autant à claques que de gondoles, mais parce que des doutes sur l'équité entre concurrents se sont élevés.

Atteindre certains sommets de la sénilité précoce ne se peut par des moyens strictement naturels. Des faits d'auto-transfusion aidant à vaincre la page blanche et la prise de substances permettant d'accélérer le raccourcissement des télomères sont avérés; des traces d'encre performante oxygénée (EPO) ont été relevées dans les urines des candidats par le laboratoire de l'Observatoire Bruxellois du Clinamen.

Devant la gravité des soupçons, soucieux de préserver un gâtisme sain, le jury a annulé les résultats des années précédentes. Les noms de MM. Guillaume Musso, Marc Lévy et Alexandre Jardin sont donc rayés du palmarès. Ils ne laisseront même pas de traces dans les latrines. Ils devront restituer au jury les charentaises « premier prix » remises en guise de trophée.

Le jury : Léger-Péril, Docteur Lichic, Christine Ferriocci, Théophile de Giraud, Corinne Maier, Theo Poelaert (excusé), Laurent d'Ursel, Johan Buyens.

(communiqué)
Plus sur le prix littérature vieillesse : 
sur le site satiricon.be

19 octobre 2012

Mémoire et marathon

Les cent kilomètres de Millau
Bien qu’il fasse volontiers le jeune-homme, mon coiffeur a atteint un âge où, comme le dit Coluche, les bougies commencent à coûter plus cher que le gâteau. Mais il sait s’entretenir, et pas seulement d’un point de vue capillaire. Mon coiffeur est en effet marathonien. Il court avec ses copains chaque semaine, et participe aux grands événements annuels, tels les cent kilomètres de Millau. Cette année, ils se sont courus sous la pluie du cinquantième au dernier kilomètre. C’était dur, surtout pour les pieds. La peau des talons mouillés se fripait dans les chaussures, me dit-il, comme celle des doigts d’un bébé resté trop longtemps dans son bain. Aussi, une fois arrivé, après plus de quinze heures d’efforts, mon coiffeur a-t-il pensé à se réconforter avec ses potes plutôt qu’à appeler son épouse. Inquiète de l’état de sa mémoire, celle-ci l’a persuadé, à son retour à Paris, de se faire examiner par un neurologue. L’homme de l’art ordonna une IRM, pendant laquelle mon coiffeur, d’un naturel confiant et optimiste, s’endormit, malgré le bruit. Au réveil, on discute devant les clichés de l’IRM qui montrent un cerveau parfaitement normal : 
— Mais quand je l’envoie me chercher une baguette, il part, et il revient sans la baguette, explique madame. Alors, mon coiffeur, au neurologue : 
— Que voulez-vous, quand j’étais petit, on n’a pas arrêté de m’inculquer que Marignan, c’était 1515, et ça je ne l’oublie pas. Si vous pouvez m’enlever Marignan de la tête et mettre la baguette à la place, je suis d’accord !

12 octobre 2012

Nobel de la paix, suite

Montage E. C.
Le point Godwin a été atteint brillamment ce soir à la table familiale, par M., qui a avalé son crumble de travers en entendant Marine le Pen dire que l'Union européenne était le premier facteur de désunion et fustiger le comité Nobel qui l'avait couronnée.

— Oui, déclara-t-il avec emphase au poste de télé. C'est sûr qu'ils auraient pu l'attribuer à Hitler à titre posthume !

Prix Nobel de la paix

— Tu as entendu ? dis-je à M. qui s'occupe des courgettes dans la cuisine. Devine à qui ils ont donné le prix Nobel de la paix !
— Je ne sais pas dit M.
— À l'Union européenne !!!
M. réfléchit un instant.
— C'est normal, me dit-il, ils ne pouvaient décemment pas lui donner le Nobel de l'économie.

02 octobre 2012

Queneau de la Vergondère, ou le Chiendent mongol

En vacances en Ardèche à la mi-septembre, j’entendis un jour, pendant la sieste, M. pousser un cri. — « Viens voir ! » Je me penchai sur l’écran du petit PC portable qui affichait la page Wikipédia consacrée à Queneau, et mes cheveux se dressèrent sur mon crâne. 

J’y lus que mon auteur préféré était né à Montpellier en 1902, mort à Paris en 1980 à l’âge de 78 ans, que ses langages d’écriture étaient le français, le japonais et l’allemand, qu’il s’appelait en réalité « Queneau de la Vergondère », et que c’est lors d’un voyage en Mongolie qu’il avait écrit Le Chiendent !

Que faire ? J’interviens, de temps à autre et sous différents pseudonymes, sur des articles de Wikipédia. Il m’aurait donc été possible en théorie de rectifier l’article, mais les ondes Wifi de nos voisins, pour pénétrer jusqu'au PC portable, doivent traverser l’épaisseur des murs de pierre ardéchois, ce qui rend notre connexion de vacances aussi précaire qu’aléatoire. 

Ayant retrouvé à Paris des conditions plus confortables, j’ai pu constater que la vérité historique avait plus ou moins repris ses droits et que l’article avait été remis dans un de ses états initiaux par un Michel-Georges Bernard, lequel précisait être intervenu à la suite d’une « plaisanterie ». 

Une plaisanterie ? Il suffit de se pencher sur l’historique et les discussions archivées par Wikipédia pour voir que son auteur, un certain « Senuoy97 », nouveau sur Wikipédia, l’avait renouvelée à plusieurs reprises avant d’abandonner — définitivement ? nous ne sommes que le 2 octobre — vers le 30 septembre. 

D’autres intervenants invoquaient des « corrections de date par un IP sans source ». En effet, pour corriger un article, surtout s’il s’agit de corrections de fond, pas de typo ou d’orthographe comme les miennes, Wikipédia impose que l’on soit identifié. C’est sans doute pour cela que notre plaisantin s’est enregistré sous le pseudonyme « Senuoy97 ». 

On peut noter que Senuoy donne Younes à l’envers, un prénom arabe qui ressemble très fort au prénom biblique Jonas, et que 97 peut tout aussi bien désigner une origine géographique dans les Dom Tom qu’un numéro d’ordre (le 97e Senuoy).  Mais tout cela ne nous mène à rien.

Parmi lesdits intervenants, un certain Arcane 17 annonce avoir « retiré de l’article » un « Paragraphe indémêlable » que voici : 
« Lors d'un voyage en Mongolie en 1932, à l'écart entre les langues parlées et les langues écrites, écart flagrant pour le grec moderne, mais très creusé aussi pour le français. Il précisera ces réflexions dans des articles sur le « néo-français », et les utilisera ici et là dans ses romans, comme le très fameux « doukipudonktan » ouvrant Zazie. Il y composa également son premier roman, Le Chiendent, qui fut publié en 1933. (Pour l'occasion fut créé le Prix des Deux-Magots). D'autres livres suivront, romans et recueils de poèmes, sans succès public dans un premier temps. » 
En effet, c’est non seulement indémêlable mais même indémerdable ! Sans doute le choix de la Mongolie pour remplacer la Grèce a-t-il été suggéré à Senuoy97 par cet extrait d’un texte de Michel Leiris, l’ami de Queneau : 
« Un autre trait qui me frappe chez lui, c'est son horreur de l'exotisme. Vous savez, bien sûr, qu'il n'aime guère les voyages, et cela peut surprendre puisqu'on lui connaît une curiosité inlassable à l'égard de toutes choses. Sans doute regarde-t-il l'exotisme — cette mythification de ce qui est étranger — comme une mystification pure et simple. » 
La mystification qui nous occupe, celle de Senuoy97, quel but poursuivait-elle ? Pourquoi s’attaquer à la bio d’un auteur français somme toute assez peu controversé de nos jours, pour y faire des modifications sans enjeu politique ni idéologique ni même littéraire ? Et s’il y a plaisanterie, qui fait-elle rire et de qui se moque-t-on ? 

Intéressante question à laquelle pour le moment je ne vois qu’une seule réponse possible : monsieur Senuoy97 est prof de français dans un lycée, il prépare au bac littéraire une tripotée de boutonneux incultes qui ne savent pratiquer que le copier-coller pour rédiger leurs dissertes. Il cherche donc à les piéger la main dans le sac, et, pour cela, modifie les parties les plus « énormes » de la bio de Queneau sur Wikipédia,  source principale des boutonneux : son nom, ses date et lieu de naissance, les circonstances de la création de sa première œuvre. 

Si quelqu’un a une autre explication, je suis preneur ! 

Il ne me reste qu’à déplorer l’état de l’article français sur Queneau dans Wikipédia, même corrigé. Nulle mention de Janine Queneau, allusion à la « bibliothèque de la Pléiade » au lieu de l’encyclopédie, mention du Surréalisme et pas de la ’Pataphysique dans l’encadré de droite sur les mouvements, et j’en oublie. L’article en anglais est bien meilleur, il aurait suffit de le traduire pour éviter les bourdes. 

Quand donc les spécialistes français des études queniennes — et j’en connais un certain nombre — réaliseront-ils l’importance d’un article Wikipédia et la nécessité de participer à sa rédaction ?

18 septembre 2012

À Urt




À Urt où est enterré Barthes
À côté de sa mère morte,
Sans croix, sans couronne, sans myrte,
On pousse la porte entrouverte,
De l’église aux murs de yaourt,
Et voilà que le temps nous heurte.