28 septembre 2010

Requiescant in pace

Un reportage sur France 2 nous montre entre midi et deux une population allemande vieillissante qui ne supporte plus le bruit des enfants. Une vioque paraît même prête à tirer dans le tas d'un jardin d'enfants situé devant chez elle : elle prétend que leurs piaillements dévalorisent son bien immobilier.
« Ils devraient construire les crèches près des cimetières », suggère M., toujours rationnel. « Comme ça, ils seraient sûrs de ne pas avoir de plaintes de la part des voisins. »

27 septembre 2010

démission

J'appelle M. ce matin.
— « Devine ce que j'ai lu sur Twitter ! Kouchner aurait démissionné. Il paraît qu'il a envoyé sa lettre de démission en août ».
— « Ah bon ? » répond M. « Et elle n'est pas encore arrivée ? »

25 septembre 2010

Lion

Au café, nous regardons vaguement une émission de TF1 sur les bêtes sauvages en captivité.
Une séquence montre Gervais,
propriétaire de cirque et dompteur vieillissant, obligé de décrocher et de se séparer de ses fauves.
« Une partie de lui-même restera toujours dans la cage aux lions », dit la voix off. J'entends M. rire doucement.
« La question est de savoir laquelle » dit il.

17 septembre 2010

Chabrol

Nouveau look, nouvel élan peut-être ? On verra bien.
En attendant, voici pour les fans de M. sa dernière histoire:
M. veut traverser le boulevard Haussmann, mais les voitures (et même un bus) refusent de s'arrêter au feu rouge.
Un monsieur râle, M. lui dit : «vous avez raison, ne nous laissons pas avoir» et ils traversent, obligés de forcer la voie qui pourtant leur est verte.
Le monsieur, tout content, dévisage M. et lui dit : « vous avez quelque chose de Chabrol » (M. n'a pas grand chose de Chabrol, sauf peut-être un je ne sais quoi de bienveillante ironie dans le regard).
— «Euh», répond M. décontenancé : «Sans doute l'espérance de vie!».

16 juin 2010

Question de sens

Nous regardons les infos de France 2 sur les terribles inondations du Var.
Déjà Élise Lucet nous épate en disant : «il s'agit d'un phénomène typiquement météorologique» [sic].
Puis quelqu'un témoigne :
« C'était un torrent, dans tous les sens du terme » [resic].

Surtout dans le sens de la pente, dit M.

11 juin 2010

Tourner rond

On m'a fait remarquer, et on a eu raison, que mon blog n'est plus mis à jour avec autant d'assiduité que naguère. Il y a au moins deux raisons à cela. 

— Facebook d'abord, sur lequel je publie maintenant les liens, les images, les contrepèteries et les bons mots faciles que j'aurais mis sur Blog O'Tobo avant.  Facebook est idéal pour partager avec un lectorat de copains ce genre de trucs, comme dans une conversation. De plus, c'est immédiatement gratifiant, il y a toujours un ami en ligne pour apprécier, commenter, ou «partager» avec d'autres votre publication. Sur Twitter (où je suis aussi mais sous un pseudo), ça va encore plus vite, mais il faut ne faire que ça.
Alors : chronophagie ? paresse ? Sûrement, mais pas uniquement.
Il y a une autre raison.

— J'avais consacré une bonne partie de mon blog à mes commentaires et comptes rendus d'œuvres de littérature oulipienne ou formelle, avec enthousiasme et dans le désir sincère de faire connaître et, oui, de « vendre », comme on dit dans le marketing, les bouquins que j'appréciais. 
Mais l'auteur reste un auteur, même s'il est oulipien, et l'auteur a tendance à se prendre assez souvent au sérieux. Ce qui m'a valu quelques mésaventures, dont la dernière (que j'ai dû solder par la suppression pure et simple d'un de mes articles) m'a un peu coupé le sifflet blogueur. Que voulez-vous ? Je n'ai plus envie. 

C'est dommage pour Paul Fournel, un mec qui, lui, ne se prend pas au sérieux, et dont la lecture de « besoin de vélo »  hier soir était formidable. S'il l'avait faite il y a quelques semaines, je vous en aurais fait un super compte rendu, avec une super photo de lui en train d'enlever son froc sur scène pour apparaître en tenue de cycliste, ou de lui buvant à la gourde, et pédalant en offrant à notre contemplation une musculature de la jambe plutôt remarquable pour son âge !

Mais je n'avais même pas emporté mon appareil photo. Ma vraie motivation pour aller à la BNF est devenue le repas post lecture que nous nous offrons depuis des années entre potes de la liste Oulipo.

Je me contente donc de cette illustration et je vous recommande chaudement son bouquin «Besoin de vélo», comme tous ses autres. C'est en le lisant que vous apprendrez (entre autres choses délicieuses) que la pratique du vélo peut devenir une philosophie. Selon Paul Fournel et les gyroscopes, pédaler donne de l'équilibre, c'est à dire fait tourner rond.

Je ne peux que suggérer à certains auteurs de se mettre enfin au vélo.

07 mai 2010

01 mai 2010

Tristan Bastit à Va l'Heur

La librairie Va L'Heur, 27 rue Rodier, 75009 Paris, va troquer son pas de porte pour un site plus virtuel : www.valheur.fr. En attendant, et jusqu'au 2 mai inclus, elle abrite des œuvres récentes de Tristan Bastit : dessins, collages, «dispersions». C'était hier l'inauguration en présence du peintre et de ses nombreux amis oupeinpiens, oulipiens, ou pataphysiciens. J'ai écrit sur le livre d'or que Tristan pourrait pisser sur une feuille blanche, que je reconnaîtrais à coup sûr que c'est de lui. Peu de peintres me font cet effet là, contrairement aux musiciens que j'identifie en général au bout de trois ou quatre mesures, à ce je ne sais quoi qui est leur signature. À quoi identifié-je Tristan Bastit ? À ses angles ? À la façon dont il découpe l'espace de la feuille ou de la toile ? À son trait rapide et rugueux ? À ces formes qui ressemblent à des sculptures ? Je n'en sais rien, mais ça fonctionne. Je ne peux qu'encourager les lecteurs de ce post à aller le découvrir aujourd'hui ou demain à l'adresse indiquée au début.

29 avril 2010

Lire et Choir


C'était hier à la librairie « Le comptoir des mots » où Frédéric Forte est en résidence depuis septembre 2009. Il avait prévu une lecture avec Emmanuelle Pireyre  qui, retardée par les cendres du volcan islandais, a dû annuler. Qu'à cela ne tienne ! Il a décidé de lire lui-même quelques extraits de Comment faire disparaître la terre, dernière œuvre de l'auteure, ainsi que des textes merveilleux (introuvables en français) d'Oskar Pastior, et a invité tous ceux qui avaient envie de lire quelque chose, à le faire à cette occasion. Tout le monde s'est exécuté de bonne grâce et, malgré mes fausses dents de devant, aussi provisoires que branlantes, j'ai zozoté avec plaisir un poème d'Émile Verhaeren extrait des Campagnes hallucinées, ainsi que le début de Choir, ce magnifique roman d'Éric Chevillard, en espérant donner à tous envie de l'acheter. 

De tous les bouquins de Chevillard, et je suis une mordue, je crois que c'est celui qui m'a le plus marquée. Je dirais même atteinte. C'est un roman très pessimiste, très noir, et l'humour de même couleur qui l'imprègne n'y change rien. Choir est une sorte d'atoll glacial, que les habitants qui le peuplent ne rêvent que de quitter. Mais ils ne le peuvent pas. L'écriture, magnifique, est organisée autour de trois voix. La première voix est celle du narrateur, très descriptif, qui parle à la première personne du pluriel pour établir une sorte de chronique de la vie sur Choir : une vie horrible, dans la pesanteur, au milieu des punaises, du sable, des mouches, des vautours, dans laquelle on passe son temps à éviter de s'aimer («Nous y mettons les dents parce que vous y mettez la langue»), où l'on encourage les rixes entre enfants, rares enfants réduits en esclavage et nés «des suites fâcheuses d'un moment d'égarement dû à l'alcool, à la fatigue, au froid [...]», et où l'on commémore les défunts en brisant leurs crânes à coups de pelle, mais où l'on espère tout de même dans le retour d'Ilinuk le Polydactyle, sorte de messie réputé être le seul à avoir réussi à fuir Choir, en fusée. Yoakam, un vieillard un peu ridicule et radoteur, est la deuxième voix du roman, introduite par le narrateur et toujours en italique dans le livre. C'est lui qui entretient l'espoir des habitants de Choir en leur racontant la geste d'Ilinuk. La troisième voix est une voix collective et poétique, sur le mode de la prière, de l'hymne, de l'incantation, mais aussi et de plus en plus à mesure que le récit avance, et jusqu'au grotesque, de la parodie grinçante : elle s'adresse à Ilinuk. Je ne veux pas dévoiler la fin qui détruit les derniers espoirs de rédemption de ce peuple chu. Je dirais seulement que Chevillard, avec cet espèce de conte philosophique, frôle les sommets de la littérature française. On devrait l'étudier dans les écoles.

Avant de quitter le Comptoir des mots, j'y ai acheté, sur les conseils enthousiastes de Frédéric Forte, L'affaire Furtif, de Sylvain Prudhomme. Je l'ai lu d'une traite cette nuit. Eh bien je ne le regrette pas !

15 avril 2010

Ligne 13


J'ai reçu avec plaisir le premier numéro de Ligne 13, [www.ligne-13.com] récemment lancée par Sébastien Smirou et Francis Cohen. Une revue de 138 pages d'un format agréable (210 × 170), qui réunit des auteurs venus de différents horizons (philosophes, artistes, poètes, critiques...) autour d'un même thème, celui de ce premier numéro étant «tirer-un-trait». Trait tiré par Alain Cressan entre Stevenson et Hocquard, analyse de l'utilisation du tiret chez Nietzsche par Michèle Cohen-Halimi, méditations de Rémi Froger ou de Marie Rousset sur le trait, réflexions de Laurent Prost sur la «biffure HTML» qui raye le texte, comme ici par exemple, etc. On trouve aussi un texte de Sébastien Smirou sur la poétesse Anne Portugal, une étrange lettre de Roger Giroux à Roger Laporte (pleine de traits), des poèmes de Christophe Mescolini, de Jean Daive, de J. H. Prynne (traduits par Abigaïl Lang), de Marie-Louise Chapelle, et des anagrammes inédites de Frédéric Forte dans la suite d'Une collecte. La vraie découverte pour moi a été l'entretien de Francis Cohen avec Jean-Michel Fauquet, un artiste — sculpteur, photographe — qu'à ma grande honte je ne connaissais pas et dont une œuvre, Le grand séparateur, est reproduite et analysée. Ce premier numéro de Ligne 13 est parcouru par des dessins (au trait, bien sûr) de François Matton. Au fait pourquoi ce titre ? En référence à Nord-Sud, certes, mais aussi parce que Sébastien Smirou et Francis Cohen habitent chacun à un bout de la ligne 13, qui est aussi la mienne.

04 avril 2010

Invisible, de Paul Auster



Cette signature est illisible, mais elle n'est pas invisible. C'est celle que Paul Auster m'a fait l'honneur de gribouiller sur mon Invisible au dernier Salon du livre, il y a déjà une semaine. Nous étions une centaine à faire la queue mais malgré la pression j'ai pu prendre quelques secondes pour lui donner un exemplaire du numéro 4 du Correspondancier du Collège de 'Pataphysique, dans lequel, sous le pseudonyme anagrammatique d'Ursule Pata, je montrais en juin 2008 qu'il n'était « pas l'auteur » de Dans le scriptorium. Il a eu l'air agréablement surpris et a corné avec application la page 69 de la revue, en me disant qu'il lirait l'article. Et puis il a repris son travail de signature à la chaîne en professionnel averti  dont le temps est compté.


Depuis, j'ai relu Invisible avec attention. Car Invisible est un livre que l'on a envie de relire. On l'a lu une première fois comme un thriller ou, comme disent les Américains, un page turner. On s'est passionné pour le mystère de ce meurtre qui n'en est peut-être pas un, (en est-il un ?), pour ces amours incestueuses qui n'ont peut-être jamais existé, (ont-elles existé ?), pour l'atmosphère de mélancolie romantique qui imprègne le personnage de Walker, le gentil, et pour le mystère malsain qui flotte autour du personnage de Born, le méchant.

Et puis on se demande : mais pourquoi ce titre, Invisible ? On voudrait avoir l'original pour vérifier des phrases comme « Born savait où j'étais né » (page 45) qui doivent faire tilt en anglais. On sait, pour être une vieille lectrice d'Auster, que les noms des personnages ne sont jamais choisis au hasard. Alors on relit, on pointe par exemple les occurrences du mot Invisible. La première apparaît dès la page 11, dans la description de Rudolf Born « un visage qui deviendrait invisible dans n'importe quelle foule », la seconde un peu après, page 20 : « cet invisible chaudron d'estime de soi et d'ambition qui frémit et bouillonne au fond de chacun d'entre nous », et surtout la troisième, page 88 : « en parlant de moi-même à la première personne je m'étais étouffé, rendu invisible, je m'étais mis dans l'impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même », passage dans lequel Auster nous donne en quelque sorte une des clés du livre ou plutôt de son écriture.

On réalise que le personnage d'Adam Walker, jeune poète naïf et pur, est assez inconsistant dans la première partie du roman, écrite à la première personne, et qu'il prend un peu plus d'épaisseur dans la seconde — celle des amours incestueuses — écrite à la deuxième personne. Adam Walker, c'est l'homme qui marche. Reprocher à Paul Auster, comme l'a fait le critique du New Yorker dans cet article, de ne pas avoir donné assez d’étoffe à ce personnage est aussi ridicule que de reprocher à Giacometti de ne pas avoir assez rembourré les siens. Pour le même critique James Wood, la seconde partie est la meilleure des quatre. C'est ne pas avoir compris que les quatre n'en font qu'une, comme les quatre saisons de la vie d'un homme, celle de l'auteur par exemple, « chaque homme étant l'auteur de sa propre vie » (Moon Palace).

Les similitudes entre la biographie d'Adam Walker — au prénom de 4 lettres et au nom de 6 lettres comme ceux de Paul Auster — et celle de l'auteur sont trop nombreuses pour être toutes énumérées (âge, situation par rapport à la guerre du Vietnam, voyage à Paris, traductions...). Il s'agit bien évidemment d'un de ses nombreux avatars, comme l'est aussi Born le malsain (au nom de 4 lettres et au prénom de 6), le Caïn de cet Abel d'Adam Walker sans lequel ce dernier ne pourrait exister, Born le guerrier opposé au poète  mais qui ne fait qu'un avec lui en la personne de Bertran de Born, le troubadour évoqué dès la première page du roman, ou encore Born le démon tentateur qui séduit l'ange par l'argent, le sexe et la violence : Milton et Paradise Lost sont longuement évoqués page 99, et on lit page 78 « le clan Walker tout entier avait reçu au berceau des gênes d'ange».

Born n'est « né » que parce Walker meurt en lui donnant naissance, il lui a donné sa substance, son sang (c'est de leucémie que se meurt Walker). Walker, « né stérile » (encore une expression ambiguë qu'on aimerait bien lire en anglais) n'enfante que les personnages de son histoire : « plus je parlais avec eux [Born et Margot] plus ils me semblaient devenir irréels — comme s'ils avaient été des personnages imaginaires dans une histoire qui se serait passée dans ma tête » nous est-il dit dès la page 17 et, un peu plus loin page 18, Born déclare : « un jour vous vous trouverez en train d'écrire ma biographie. Je le garantis. » Mais après la troisième partie, l'automne à Paris pendant lequel Adam Walker connaît l'échec, et après sa mort quarante ans de désert littéraire plus tard, c'est son amie Cécile Juin (tiens, encore 6 et 4) qui la poursuit, cette biographie, et avec quel terrifiant contenu.

Le roman prend fin sur une scène inattendue et saisissante, mais récurrente chez Auster, liée je crois à un souvenir d'enfance, celle de gens cassant des pierres dans une carrière, et qui me semble elle aussi être une métaphore de l'écriture. Le blanc — Born est toujours habillé de blanc — étant chez Auster un symbole néfaste. Les pierres sont blanches comme la page (blanc et pierre sont des mots très proches en hébreu,  le récit de la tour de Babel joue d'ailleurs sur ces mots).
Je cite ici un extrait d'un de ses poèmes, datant de 1970 :
Picks jot the quarry—eroded marks
That could not cipher the message,
The quarrel unleashed its alphabet,
And the stones, girded by abuse,
Have memorized the defeat

Qui a écrit finalement ce roman ? se demande la plupart des critiques. Adam Walker ? Son ami Jim auquel il a confié le manuscrit ? Cécile Juin ? Born lui-même ? Paul Auster s'est appliqué comme chaque fois à se séparer de lui-même. À nous lecteurs de recoller les morceaux pour le rendre un peu moins invisible et déchiffrer, peut-être, le message.

22 mars 2010

Maths



M. est mathématicien. 
Notre fille N. lui téléphone :
—  Comment ça va, Papa ?
—  Inférieur ou égal à moi-même, lui répond-il.

10 mars 2010

Œdipe


Eh bien quoi ? il suffit de confiner un pied pendant un mois et demi pour qu’il ne ressemble plus à un pied. Lorsque l’infirmière eut fini de scier le carcan de résine, on vit apparaître une chose informe. Au bout d’une jambe de serpent, rêche, dure, comme recouverte d’une couche de vernis écaillé, cette chose se présentait comme un fruit blet, presque pourri. Elle avait certaines caractéristiques d’un pied (cinq orteils et un talon, par exemple), mais ce n’était pas un pied. Certainement pas le mien. L’épaisseur considérable de la cheville abolissait tout semblant de transition entre la jambe et son extrémité. Le long du côté extérieur courait un filet marron, dont on sentait le relief au doigt, et qui était une croûte. Sur ce qui avait été le cou-de-pied, on observait les plis qu’avaient imprimés ceux des bandes de résine dans la chair enflée. Du côté intérieur, coulant du talon vers la plante, s’étalait une tache violacée, qui faisait pendant à une autre plus noirâtre s’insinuant vers le gros orteil. Et là-dessous bourgeonnait un amas fétide d’un blanc sale, comme si les cellules mortes de la peau, trop longtemps contenues, et qui avaient eu le temps de proliférer, se libéraient soudain au ralenti, dans une ignoble floraison que l’humidité du ruisseau dans lequel j’avais trempé ma chaussette au sortir du taxi avait sans doute favorisée.

22 février 2010

Lapin à trois pattes

À cause de cette foutue cheville, voilà deux jeudis d'Oulipo que je rate, sans parler des réunions et banquets pataphysiques, des lectures des expos ou des pièces de théâtre auxquelles j'avais prévu d'aller. Voilà un mois maintenant que je suis emplâtrée. En fait de plâtre, il s'agit de résine, c'est certainement plus léger mais ça s'accroche partout. La dernière radio de contrôle étant encourageante, le chirurgien m'a autorisée à poser — attention, sans l'appuyer ! — le pied par terre, ce qui est tout de même plus pratique pour utiliser les cannes anglaises, mais ne m'a pas empêchée de me casser la gueule en beauté lundi soir en sortant de table. Pour préserver ma jambe, j'ai tout pris sur le coude gauche. Mon bras est entièrement violacé et j'en ai bien souffert le lendemain pour me traîner jusque chez le coiffeur. Ceci dit, pour le moral, c'est bon de ne pas avoir de racines, donc ça valait tout de même le coup. Mais je me suis refichue par terre deux jours après, heureusement sans grand bobo à part un bleu aux fesses. Quelle maladresse ! La vieillesse est-elle en cause ? Ben non, pas du tout : à l'occasion d'un match de rugby auquel M. avait emmené son petit fils, N. est venue faire du maman sitting. Et il ne lui a pas fallu deux minutes pour remarquer... que mes deux cannes n'étaient pas réglées à la même hauteur ! Elle a réparé ça et depuis je cours comme un lapin. Enfin... un lapin à trois pattes !

30 janvier 2010

Morphine



















Sois sage ô ma douleur et fais moins la maline ;
Tu réclamais l’opium, il descend le voici.
Je m’en vais t’endormir d’un peu de Lamaline :
Une gélule ou deux, tu me diras merci.

Je sais que tu aurais préféré la morphine,
Je peux te l’avouer entre nous, moi aussi.
Mais il faudra nous faire à cette discipline
Car de toute façon je n’en ai pas ici.

T'en souvient-il ? Sa paix était instantanée...
Mon pied comme habillé d’une ouate raffinée
Restait sensible, mais sous cet anesthésiant,

Il était soulagé, tu devenais caresse,
Et je trouvais  alors proprement stupéfiant
De pouvoir m’endormir dans ta douce paresse.

EC

29 janvier 2010

Urgences


Était-ce par inadvertance,
Par bêtise ou par imprudence ?
(Mais cela n’a plus d’importance).
Une perte de vigilance,
Et me voilà, par l’ambulance,
Lariboisière, en tes urgences.

Au milieu de tant de souffrance,
J’ai attendu avec patience,
Sans révolte, sans arrogance,
Sans m’abîmer dans l’inconscience,
Et j’ai toujours gardé confiance,
Lariboisière, en tes urgences.

Mais quand fut venue l’échéance,
J’ai compris sur quel pied je danse,
Et n’ai pu souffrir en silence
Tant la douleur était intense.
J’ai gueulé avec véhémence,
Lariboisière, en tes urgences.

Maintenant que mon pied me lance,
Revenue dans ma résidence,
Je n’ai pas l’esprit de vengeance
Et te dois ma reconnaissance
Pour cette publique assistance,
Lariboisière, en tes urgences.

EC

23 décembre 2009

Manque


C'est un peu avant Noël, un repas arménien chez l'arrière grand-mère de Raoul. Autour d'elle, à table,  sa fille aînée (moi en l'occurrence) avec M., son petit fils Martin avec Y. et leurs deux enfants Raoul et Piero, le père de Y.et sa compagne. Nous attaquons, avec un excellent chablis, les pois chiches au sésame, la salade de poivrons hachés à la mélasse de grenade et aux noix, les calamars frits et les haricots à la tomate, que nous avons trouvés à l'épicerie arménienne Saint Georges de Valence. Raoul, deux ans et demi, qui dévore son houmous, annonce soudain d'une voix claire et sans affect, sur le ton  du simple constat :
— « il manque Guy.  »
Conscient de la stupeur qu'ont provoquée ces simples mots sur son père, sa grand-mère et son aïeule, qui se demandent s'ils ont bien entendu et compris, il répète et précise, sur le même ton :
— «  il manque Guy, sur une chaise là.  »
Du doigt, il montre la place où mon père, son arrière-grand-père, n'aurait pas manqué de s'asseoir s'il n'était pas mort il y a un an à quelques jours près.
Raoul n'a pas vu les larmes simultanées de ses trois ascendants.

04 décembre 2009

Les dissolus font débander l'église




Ça a commencé sur Twitter : un des twitteurs que je suis a annoncé que le célèbre golfeur Tiger Woods avait eu un grave accident de voiture. (Il a même, paraît-il,  été porté disparu par Wikipedia pendant quelques minutes). Puis très vite, on apprend qu'il est sorti de l'hôpital, ne souffrant que de légères coupures au visage. Il ne roulait pas vite, n'avait pas bu, sortait de chez lui, et a embouti une bouche d'incendie avant de terminer contre un arbre et d'être retrouvé allongé en train de ronfler. Bizarre. Des rumeurs, alimentées par les médias, commencent à circuler, disant que l'accident a été provoqué par l'épouse de Tiger Woods, le poursuivant avec un club de golf. Une hilarante reconstitution de cette version de l'accident est passée à la télé chinoise et se retrouve évidemment sur Youtube ou elle fait un buzz. On apprend ensuite que Tiger Woods entretenait une liaison avec une certaine Rachel Uchitel, puis que ce n'était pas la seule, puis qu'il avait essayé d'acheter leur silence, puis sa femme elle-même pour qu'elle ne parte pas avec les enfants. C'en était trop pour la « First Church », une authentique église qui s'était créée autour du culte du champion en qui elle voyait un nouveau Messie. Outrée par les outrances de son dieu vivant, elle « disband » et le voue à la damnation. Il est à noter que le verbe to disband est un faux ami :  il ne veut pas dire « débander » mais dissoudre. L'église s'est donc dissoute à cause de la vie dissolue de son Dieu. J'adore cette histoire.

03 décembre 2009

Tout pour les cailles


Pour nourrir nos invités d'hier soir, Raf et Noémi, Cécile, Malo, M. avait fait des cailles. J'en ai fait poser une assise sur un décor de serviette en papier mais c'est dangereux de mettre une caille devant nos mouchoirs. C'est dingue ce qu'on peut faire avec des cailles, d'ailleurs. Malo a joué au foot avec ses cailles. Heureusement que Nanou n'était pas là, car il n'y avait pas de cailles pour Nanou. Une année à Noël, M. avait fait une excellente tourte au cailles. Cette année il devrait faire des cailles aux moules, je l'espère. Ceci dit au bout d'un moment, les cailles saoulent. Celle-là n'a pas de tête : avez-vous déjà vu un cou de caille rôtie ? Ce qui est certain c'est que c'est un plat bien français : pas de cailles chez les Papous, notamment.