11 juillet 2008

Tam-tam

Ce matin sur Europe 1, J. P. Elkabach demande à Ingrid Betancourt si «le tam-tam qu'on a fait en France» n'a pas d'après elle contribué à sa libération.

Cette Ingrid, qué tambour !!!

09 juillet 2008

Migraine

Un coup de pelleteuse malencontreux, et paf, l'abonné Numéricable se trouve à la fois privé d'Internet, de téléphone, et de télévision pendant une journée entière. Que faire alors de sa soirée, sinon lire un roman?

Par chance, M. avait rapporté Migraine, de Louise de Vilmorin, de la bibliothèque. Un des rares romans d'elle que nous n'eussions pas lu. (Cet imparfait du subjonctif est spécialement placé à l'attention d'A. C., fidèle lecteur de ce blog).

Malgré le titre, déjà ambigu en lui-même puisqu’il est à la fois celui du roman, celui de la pièce de théâtre qu’il raconte, et le nom de scène de l’artiste dont il est question dans le roman comme dans la pièce, l’héroïne véritable de Migraine n’est pas ce personnage d’actrice adulée et amoureuse, somme toute banal, mais bien la narratrice, fausse naïve et vraie manipulatrice, elle-même influencée par un mystérieux amant, philosophe à qui elle adresse son récit et attribue toutes les remarques intellectuelles qui le parsèment, jusqu’au mot de la fin (comme le fera Queneau avec Hubert Lubert dans le vol d’Icare, presque dix ans après. Queneau est d'ailleurs cité dans Migraine, à propos d'Exercices de Style).

Un célibataire jouisseur et fortuné, Sandro, s’éprend d’une actrice, Migraine, pendant une représentation de la pièce qui porte son nom. La narratrice, qui est à ses côtés, est témoin de ce coup de foudre et de sa coïncidence avec la jalousie qui s’empare de Sandro lorsqu’il voit Migraine embrasser sur scène un des acteurs, Vauvain. Elle lui reproche alors de confondre le théâtre et la vie.

— Vous ne comprenez pas que s’il n’y avait plus de Vauvain, il n’y aurait plus de pièce ?
Nous sommes au théâtre… et le théâtre ce n’est pas la vie.
— Moi, voyez-vous, je ne fais pas la différence
Mais est-ce Sandro qui mélange le théâtre et la vie, ou la rouerie de la narratrice qui se plaît à reproduire, dans le récit des aventures de ses proches, les péripéties de la pièce à laquelle ils ont assisté ?

Bien vite en effet, deux autres personnages, amis ou parents de la narratrice, se trouvent à leur tour sous l’emprise de Migraine : Gustave, un veuf qu’elle a repoussé, et son frère René, fiancé à la fille de Gustave, Milie, qu’il souhaite rendre jalouse.

Comme par hasard, dans la pièce, le veuf Tautard en pince pour Migraine qui lui préfère Vauvain. Il est le père de Lolle, promise au jeune Le Thaine qui tourne lui aussi autour de Migraine pour faire enrager sa fiancée.

Ce qui confirme ces soupçons de rouerie, c’est que la narratrice, non contente de provoquer elle même la jeune Milie pour qu’elle pousse son fiancé dans les bras de sa rivale, finit par avouer ses affinités avec Migraine : comme elle, elle n’a pas su dire franchement non à son vieux soupirant Gustave, et l’a entretenu dans son illusion, par lâcheté. Dans la bouche du philosophe à qui elle adresse son récit, elle met d'ailleurs cette accusation qui montre bien quelle culpabilité pèse sur sa conscience :

Quand tu veux te voir, tu ne te regardes pas dans un miroir , mais tu te mets devant le portrait que tu viens de peindre de toi-même avec tes pinceaux d’excuses !

Car il s’agit bien d’un jeu de miroirs propre à donner la migraine. La virtuosité formelle de Louise de Vilmorin fait que pour un lecteur superficiel (ou victime de préjugés... ceci à l'attention de H. L. et de P. D. lecteurs occasionnels de ce blog), le roman pourrait passer pour une simple peinture de mœurs très années 50, une histoire d’amour qui tourne mal. Mais…

En lisant ce genre de récit, on est sans cesse sous l’impression que c’est le récit qui vous regarde

fait-elle dire à son philosophe décidément toujours absent et dont l’existence elle-même devient de plus en plus douteuse. La narratrice ne l’aurait-elle pas, lui aussi, inventé ? Ce philosophe, qui (se) réfléchit dans le cerveau de Louise de Vilmorin, ne serait-il pas le véritable auteur de cette intrigue si parfaitement construite ?

Quand je pense que sans ce pétage de câble, je n'aurais pas lu Migraine, j'en ai mal à la tête.

03 juillet 2008

Google opera


Moquette anthracite, ballons de couleur, cafétéria, fauteuils translucides, salon ovale, boissons réfrigérées, et puis cette vue, surtout... Jamais je n'avais eu l'occasion d'admirer le Palais Garnier sous cet angle. Quelle est donc cette entreprise dont les employés ont la chance de travailler dans un tel cadre ?
Google France, voyons !

29 juin 2008

Popolôrepô


Paul Poiret, imbécile célèbre pour avoir «libéré la femme» en créant des robes qui rendaient le corset inutile, ne limitait pas son talent de styliste à la seule couture : la preuve, cette trentaine de merveilleux exercices calligraphico typographiques construits sur des virelangues comme celui-ci: «amir/amar/lamer/mar/iami/amar
/inéin/omar»
(à Miramar, la mère Marie a mis à mariner un homard),
qui forment pour le lecteur autant de rébus ravissants, dans le style art déco.
Les aquarelles de Pierre Fau (l'autre imbécile) qui les accompagnent s'attachent, elles, à illustrer le sens de ces phrases insensées, comme pour donner un indice au lecteur, tout en en accentuant le côté absurde.
Le livre reprend la couverture initiale de l'édition de 1927 (Joncquières) tirée à seulement 300 exemplaires, qui était devenue un livre culte.
Popolôrepô, morceaux choisis par un imbécile et illustrés par un autre,
Michel Chandeigne éditions, octobre 2007, 64 pages, 16,15€. Ne vous en privez pas !

26 juin 2008

Procrastination
















Je me rends compte avec horreur que je n'ai rien posté depuis le 2 juin.
Un coucher de soleil pour me faire pardonner, et cette petite histoire vraie.
Je déjeunais vers midi 30 aujourd'hui avec B. qui me confiait qu'elle avait besoin de vacances : doutes, fatigue, manque de motivation, je connais bien ça.
— Tu fais de la procrastination, lui dis-je.
— De la quoi ?
Je le lui explique.
— Mais c'est exactement ça dont je souffre, me répond-elle. D'ailleurs, j'ai acheté un bouquin sur la question. Mais je suis tellement fatiguée que j'en ai remis la lecture à plus tard.

02 juin 2008

Dilettante


À quoi pensent les éditeurs ? Publier un « inédit » de jeunesse de Queneau, sans aucun appareil de notes, avec une préface indigente, alors que ce petit texte inachevé, intitulé Hazard et Fissile, contient déjà en germe une grande partie de l’œuvre future, à tel point qu’on pourrait croire à un pastiche ou à un plagiat par anticipation ! Il n’est d’ailleurs que de comparer les noms des personnages : Excelsior Mû ne fait-il pas penser à Valentin Brû ? Éléazard Hazard ou Florentin Rentin, ces noms qui riment, comme nomen omen, ne rappellent-ils pas Hubert Lubert, l’auteur véritable du Vol d’Icare ?

À propos du Vol d’Icare, Hazard et Fissile est lui aussi truffé de métalepses, ces « transgressions ludiques » au récit narratif que sont le clin d’œil au lecteur, l’intrusion de l’auteur dans le récit, etc. Voici un exemple hellénisant d’adresse au lecteur, page 56 : «Qu’attends-tu maintenant, lecteur à l’haleine tourmentée par les récits que tu viens de lire ? […] lecteur intelligent comme le verre filé,»… Page 69, après une hécatombe de personnages, l’auteur intervient : «Il faut remarquer qu’à ce moment, il ne reste que fort peu de personnages en scène et je suis obligé pour me désennuyer un peu de jeter dans la bagarre quelque autre bipède au teint blême.».

Page 47, le chapitre 11 détaille, sous forme de liste, les goûts et les compétences de Minoff, Fissile et Jim, lequel «parlait couramment le tabele, la tagalog, le tahitien, le vaita, le talaing, le tamil, le tangale, le tanna, le taungthu, le tavara, le taveta», de même que page 63, le chapitre 16 est presque entièrement constitué par l‘inventaire des poches d’Adrien et de Hazard. Des listes, il y en a des tonnes dans les œuvres de Queneau, depuis Le Chiendent au chapitre 4 duquel, Narcense lit les notules du Petit Écho de X… jusqu’aux Fleurs Bleues qui voit le « bon peuple » réciter des proverbes inventés, en passant par Les Derniers Jours où le chapitre 5 commence par la liste quotidienne des dépenses de Vincent Tuquedenne.

La fascination de Queneau pour le monde de la fête foraine se retrouve page 72, où les personnages se trouvent boulevard de Clichy : c’est la foire avec sa bizarre ménagerie, et pour le lecteur de Pierrot mon ami, elle évoque irrésistiblement L’Uni-Park.

Au fil de la lecture rapide de ce projet de roman inspiré de Fantomas, on s’amusera ainsi à relever toutes ces évocations, à apprécier les inventions stylistiques comme « mettre à nuit » pour mettre au jour pendant la nuit, les surprises comme «l’ayant écrasée entre le médius et l’annulaire» ou à noter les nombreux alexandrins qui parsèment le récit, comme «Hazard allait en tête et Fissile suivait», «Il salua Mitaine et s’en fut déjeuner», «N’avait-il pas coupé la gorge de son père », ou le plus beau à mon avis : «le nain jaune était vert comme un marais salant».

Raymond Queneau, Hazard et Fissile, le Dilettante, 92 pages, 12 €.

27 mai 2008

Formules 12


Le numéro 12 de Formules est paru.
Il est consacré au sonnet contemporain, avec, entre autres, les actes du colloque «Retours au sonnet» qui s'est déroulé à Poitiers l'été dernier.
On trouvera ici le sommaire complet du numéro, et ici les éditoriaux.
Parmi les poètes invités, Jacques Roubaud et Dominique Buisset donnent une magnifique «quatorzine luberonne», dont on pourra télécharger, en PDF sur cette page, le «making of» sous forme d'échanges de courriels savoureux entre les deux auteurs.
L'illustration de la couverture est le «pictogram sonnet» d'Eduardo Kac.

En vente dans les (très) bonnes librairies ou sur demande à revue.formules[at]wanadoo.fr. (Remplacer le [at] par l'arobase, c'est pour éviter l'aspiration automatique d'adresse par les spameurs)

23 mai 2008

Homonymes


Chef de l'État présumé, chef présumé de l'État, mais que fichait-il à Bordeaux ? (Vu sur leportail d'IFrance: http://web.ifrance.com/actu/monde/202571)

16 mai 2008

Christophe Bruno


















Vous connaissez peut-être déjà Christophe Bruno, spécialiste du Google art, inventeur du capitalisme sémantique et du Human browser, que j'avais eu le plaisir d'interviewer pour Formules.
(l'article en PDF est ici).
Eh bien, à l'occasion des toutes récentes Rencontres internationales Paris-Berlin-Madrid pour l'art contemporain et le nouveau cinéma, voilà que Christophe Bruno a récidivé avec un nouveau projet, intitulé The Dadameter, et précisé «Global Index of the Decay of the Aura of Language». Un travail oulipien, à partir de Roussel, de Google et de la théorie des graphes, que je trouve vraiment passionnant.
En trois étapes: 1) extraction de la masse des données textuelles de Google, 2) analyse en termes d'homophonies (type billard/pillard) et de sémantique, 3) visualisation et interprétation des données, Christophe Bruno dresse la carte du langage, sur laquelle on voit entre autres les puissants courants du Spam pousser les mots du Wasteland créatif au banal Mainstream.
À regarder et lire (en anglais) de toute urgence.
EC

15 mai 2008

Prédateurs

À quoi pensent les journalistes des Échos ?
Élire un Directeur de la Rédaction qui s'appelle Gibier, quand on a comme propriétaire le pire carnassier du pays, vraiment !

11 mai 2008

Vanitas

Ça a servi à quoi de lire Roland Barthes,
D’attendre le messie, de prendre des amants,
De gagner du pognon, d’avaler des calmants,
De bosser nuit et jour, de brandir des pancartes ?

C’était la vie d’château mais le château de cartes
S’écroule une ou deux fois puis s’aplatit vraiment.
Ce coup-ci c’est la fin, on pleure, on crie maman,
Les derniers mots qu’on dit sembleront plutôt tartes

À la postérité, fort maigre au demeurant,
Qui reçoit le cadeau qu’on lui fait en mourant
Avec l’avidité d’une prostituée,

Et qui répond pour nous : tout ça ne sert à rien.
Alors vaut-il pas mieux qu’on soye épicurien ?
Car tout se barre en couille et s’envole en buée.

EC

04 mai 2008

Benny Lévy

À l’heure où passe sur Arte un docu d’Isy Morgensztern sur Benny Lévy, et où l’on ne compte plus les bouquins sur 68 et la suite, pourquoi n’y irais-je pas moi aussi de mes petits souvenirs ?

  • Mon meilleur souvenir de Benny Lévy : quand il m’a appris la recette du café turc.
  • Le pire : j’en ai beaucoup de pires.
  • Le plus intéressant : Le jour où il avoua ne rien entendre — et n’avoir jamais rien entendu — à la musique, révélation consécutive à la lecture d’un passage talmudique qu’on travaillait en groupe: « “ David était musicien ”. Cela veut dire qu’il savait poser des questions ». Cette infirmité explique à mon avis pas mal de ses outrances.

03 mai 2008

Éléphant


Ce matin, en descendant à pied la rue de Clichy, je me suis trouvée nez à trompe avec un éléphant d'Afrique qui sortait d'un parking. Ses grandes oreilles frémissaient dans la brise légère et les gens qui discutaient à quelques pas de lui n'avaient pas l'air de s'en faire. Pour tout dire, ils ne le regardaient même pas. Il m'a bien fallu une seconde pour réaliser qu'il s'agissait d'un élément de décor du Casino de Paris tout proche.

01 mai 2008

Adresse

J'ai parlé une ou deux fois ici de la série de petits films oulipiens sur Paris qu'a réalisée Odile Fillon. Eh bien c'est en lisant L'œuvre ronde, un essai sur Jacques Jouet écrit par Marc Lapprand, que j'ai découvert aujourd'hui qu'on pouvait les revoir à l'adresse suivante : http://homepage.mac.com/dilou/dilou3/, ce que j'ai fait sans tarder, avec un plaisir intact.

Mots

Sur le rocking chair
Du vocabulaire
Je me berc(e) de mots
Je me berc(e) de mots

Et dans la balance
De mon éloquence
Je pèse mes mots
Je pèse mes mots

Gérant la boutique
De la sémantique
Je me paie de mots
Je me paie de mots

Et dans le cim’tière
De mon dictionnaire
J’aurai l’ dernier mot
J’aurai l’ dernier mot

EC

18 avril 2008

Génie

L'histoire de Gödel, mathématicien et logicien de génie un peu timbré, m'a impressionnée.
Je demande à M. :
— Existe-t-il des génies équilibrés ?
Il réfléchit longuement puis me répond :
— À part moi, mon amour, je ne vois pas.

17 avril 2008

Neige

Je rentre d'un séminaire de boulot : M. m'apprend la mort d'Aimé Césaire. « Ils viennent, me dit-il, de décréter trois jours de neige, en Martinique. C'est normal, c'était un poète ».

15 avril 2008

Berlue

Les Italiens ont donc choisi la vieillesse : au lieu du fringant quinqua qu'est Walter Veltroni, ils ont élu un homme de 72 ans : Berlusconi, club senior, et vont devoir supporter quelqu'un d'aussi bête que ses électeurs : subir le con.

Il est vrai qu'en homme de télévision, l'homme a l'habitude du maquillage : le cheveu noir luisant, le teint bronzé (un coloris visible), Silvio Berlusconi scrubs in olive oil.

Beurk !

01 avril 2008

Lendemain


Ce fut un beau succès, mais on en reparlera.
Ici, un grand moment, le «centon sous la pluie» des 3 Jeunes Tambours, hier dans la petite salle Topor du Théâtre du Rond Point, où ils étaient les invités de l'Oulipo, prestigieusement accompagnés de Jacques Roubaud, d'Hervé le Tellier, de Ian Monk, et d'Olivier Salon, de Marcel Bénabou et Jacques Jouet (ces deux derniers inoubliables dans le sketch de La Recherche, Marcel jouant évidemment le petit Marcel, et Jacques faisant le réalisateur, ah, la scène où une Ève naît d'une fausse position de la cuisse de Marcel !).
Au clavier Martin, au milieu Antoine, à droite Allaury.

À part ça je m'efforce dans la mesure de mes pauvres moyens de boucler le Formules 12, mais certains articles se font attendre.

Ce soir, aux infos, nous apprenons qu'un cargo chargé de ciment s'est échoué près de Porquerolles. Le président de la région PACA craint une pollution.
— Merde, (dis-je à M.) il ne transportait même pas du pétrole. J'aurais pu, avec la rime Porquerolles-pétrole, faire un vache de beau poème sur la pollution des côtes !
— Tout n'est pas perdu, me dit M. C'est peut-être du ciment-colle.