Mars, tendre supplice,
Trip dense, mescal pur,
Déprimant sépulcres
De tremplins aperçus,
Ample Prince des ruts,
Esprit nul de crampes
Pulsant cri de sperme,
Sprinter pâmé de culs,
Transpercé de pilums,
Danse l’impur respect !
EC

Elle est blonde et lui brun mais ils sont sans doute frère et sœur car ils ont les mêmes sourcils noirs. Il lui raconte la soirée où il a bu 5 whiskies et où il a vu Élise. Depuis le temps qu’ils ont envie d’être amants tous les deux.
Elle s’étonne.
— Pourquoi ça ne s’est pas fait ? demande t-elle abruptement.
— Elle était maquée à l’époque où.
Alors elle lui fait part de sa déprime, son amie vient de rompre avec elle.
— J’ai très peur qu’elle m’ait trop abîmée pour que je puisse encore aimer la vie.
Des répliques comme celle-là, on en entend surtout dans les séries américaines, mais on est dans un bistrot bien parisien, devant une escalope milanaise sèche et des spaghettis trop cuits qui nagent dans la sauce.
Il lui prodigue de bons conseils et lui promet de nouvelles rencontres.
— Mais Aurélie est avec Iris, dit-elle, même que c’est moi qui les ai présentées, quant à Laura elle vit avec Julie, et c’est aussi par moi qu’elle se sont connues.
— Et pourquoi tu n’essaierais pas avec un mec ? dit il d’une voix neutre.
Elle ne prend pas mal la question et lui répond sur le même ton.
— Pour moi les mecs c’est des hommes troncs. J’aime le haut mais pas le bas.
Et elle recommence à se plaindre.
— Je me sens seule, dépossédée. J’avais quelque chose et je n’ai plus rien.
Tout en écoutant leur conversation, j’ai fait les mots croisés du Figaro d’aujourd’hui. J'ai même attaqué le Su Do Ku, en me disant : c’est bien la peine d’être lesbienne pour être aussi conne qu’une femme mariée.


Martin m'a conseillé ce site, et il a eu raison. Bien qu'il existe depuis exactement 1 mois, il m'avait échappé. En les découpant puis en les recollant, Stéphane Bellenger a trafiqué certains discours politiques de Sarkozy, Chirac, De Gaulle, Royal, de Villiers ou Jospin, jusqu'à les rendre soit incompréhensibles soit surréalistes, tout en conservant leur petite musique intrinsèque, celle qui constitue peut-être l'essentiel du discours. Les tics des personnages sont respectés, leur respiration aussi. C'est non seulement drôle à entendre, mais c'est aussi bidonnant à regarder, car Stéphane Bellenger est un excellent comédien.
Depuis Saturne, en continuant sous Photoshop, j'ai trouvé un nouveau procédé pour créer de belles images en nuances de gris, avec des effets de drapés, de plis, de transparence, de lambeaux, de contrastes et de superpositions. Du coup, j'en ai fait une bonne quinzaine dans la foulée. Ça désénerve. Et puis j'ai essayé en couleurs et ça n'est pas mal non plus. Mais je ne vais pas tout montrer à la fois !
Les habitués de la liste Oulipo connaissent un Alain Chevrier érudit amateur de contraintes, membre actif de l'équipe de Formules, auteur admiré de deux livres de poétique parus aux Belles Lettres et qui font référence : Le sexe des rimes (1996) et La syllabe et l'écho, Histoire de la contrainte monosyllabique, (2002) . Ils connaissent moins le psychiatre et le chercheur passionné par l'histoire de la psychiatrie. L'Histoire de Mademoiselle Rosette, Testament cassé d'un homme qui croyait être fille paru chez Gallimard dans la collection le Cabinet des lettrés, leur donnera l'occasion de découvrir cette facette de son talent. Ce bouquin, formé d'un récit du XVIIIe siècle « traduit » en langage moderne, d'un document juridique, et de commentaires de l'auteur, se lit en fait comme un petit roman. C'est la triste et véridique histoire d'un monsieur persuadé depuis l'enfance d'être de sexe féminin, qui persiste dans son idée et dans son travestissement malgré les injonctions de son entourage qui le dit fou et le fait huer par les petits enfants. Il finit à force de contraintes exercées sur son corps, par en mourir, et par signer plus ou moins consciemment un testament en faveur de l'hôpital. Le procès en captation d'héritage qui s'ensuivit a empêché l'histoire de tomber dans l'oubli. Alain Chevrier rassemble et présente de façon très claire à partir de ce récit et d'autres exemples, toutes les références permettant de comprendre comment le regard sur les travestis et les transsexuels a pu évoluer au cours des siècles. Passionnant.
Jacques Perry-Salkow est un auteur comme on en voit peu : il a le don de rendre lisibles, naturelles et poétiques les contraintes les plus difficiles, comme le palindrome, et on espère d'ailleurs que le livre « Sorel Eros », qu'il a écrit avec Frédéric Schmitter, connaîtra le même heureux sort que ce « Pékinois » qui vient de sortir au Seuil. Une très belle édition reliée, pour ce recueil d'anagrammes sur les noms de célébrités réelles ou fictionnelles, que je conseille à tous. Aucune de ces anagrammes n'est vaine, toutes expriment ou révèlent quelque chose sur le personnage. Par exemple, Robert Doisneau, « d'où notre baiser » Oussama Ben Laden, « À l'aube sans monde », ou encore Albert Einstein, « Rien n'est établi ». Quant à la dédicace, « Je dédie à Élisabeth et Pierre ces habiletés et prière », je ne peux m'empêcher d'en piquer pour moi une petite partie, Babeth me pardonnera ! Le livre de Jacques a circulé hier soir de main en main après le jeudi de l'Oulipo consacré cette fois à la couleur jaune et à Tristan Corbière, ce poète breton mal connu, auteur des « amours jaunes », et qu'on a tous eu, du coup, envie de découvrir. Voici par exemple un extrait d'un de ses poèmes, consacré au vieux Roscoff :