06 novembre 2009
01 novembre 2009
Identité nationale
C'est la première fois que nous allions au salon du livre et des papiers anciens. Au milieu des cartes postales, des affiches et des vieilles réclames, on trouve des tas de choses intéressantes mais les prix sont prohibitifs. M. s'est tout de même acheté les œuvres complètes de Molière dans la Pléiade, et moi je suis tombée sur ces poèmes populistes en deux tomes, pour pas cher. J'espérais y glaner quelques perles mais à vue de nez il y en a peu. Quelques vers par ci par là, comme ceux-ci, sont émouvants.J'y ai trouvé aussi un poème intitulé « Bureau » du même auteur, Christian Dedeyan, dont voici un extrait :Regarde. J'ai pris mon casque
Opaque et dur, puis mon masque
Aux yeux de mica
Mon bidon bat contre ma jambe
Et, dans mon âme en route, tremble
L'harmonica
Accepte la musique exsangue des machinesPour le reste, beaucoup de ridicule :
Qui chuchotent des mots simples en noir et blanc.
Sur le carbone usé les ampoules dessinent
Les étoiles d'un ciel minuscule et tremblant
Ainsi parlait un jour l'humble cultivateurserait rigolo au second degré mais malheureusement, c'est écrit au premier. Et je ne parle pas du mauvais goût, de l'antisémitisme, du pétainisme qu'on débusque presque à chaque page :
Dont les pauvres lopins sont rétifs au tracteur
Partout c'est la clarté de la vie artisaneécrit une certaine Claire de Saint Rémy. À mettre au débat sur l'identité nationale !
L'entrain modeste et dur
Où résonnent les pas et la voix paysanne
D'une race au front pur.
Libellés : poésie
21 octobre 2009
Révélation
Le collègue de travail de N. a une petite fille de 4 ans. Un jour, elle le surprend à poil au sortir de la douche. Sous le coup de l'émotion, elle court vers sa mère: — Maman ! Maman ! Tu savais que Papa c'était un garçon ?
Libellés : choses vues
14 octobre 2009
Piero est né !
Piero ! C'est le prénom du peintre toscan auteur de cette nativité, et c'est aussi depuis environ deux heures celui de mon petit-fils, le frère de Raoul non encore réveillé de sa sieste et qui va avoir une fameuse surprise.
Libellés : actualité, choses vues, peinture
09 octobre 2009
Barack prix Nobel de la paix
Libellés : actualité, choses vues
08 octobre 2009
Zazie a 50 ans, elle a bien vieilli
L'hôtel de Massa, qui était autrefois planté sur les Champs-Élysées, a été démonté puis remonté pierre par pierre dans un jardin proche de l'Observatoire, en face de l'hôpital Cochin : il tranche, au milieu d'un quartier à l'architecture très différente. C'est aujourd'hui le siège de la Société Des Gens de Lettres, qui accueillait les 2 et 3 octobre derniers le Colloque International Raymond Queneau, organisé à l'occasion des 50 ans de Zazie dans le métro. La quenellienne fanatique que je suis n'aurait raté ça pour rien au monde !
Un colloque très dense, puisque seize intervenants se sont succédé, à raison de quatre par demi-journée. Il serait vain de prétendre faire ici le compte rendu exhaustif de leurs communications, je me bornerai donc à les citer, en développant un peu celles qui m'ont le plus appris. Car ce qui est formidable dans Zazie, que j'ai dû lire une dizaine de fois, c'est qu'il y a toujours quelque chose à découvrir !
Le jeudi 1er octobre, en avant-colloque, Marie-Claude Cherqui nous avait présenté plusieurs films, dont le fameux Arithmétique dans lequel Queneau se livre à une démonstration de la soustraction aussi scientifique que désopilante, le somptueux Chant du Styrène que j'ai eu autant de plaisir à voir que les fois précédentes, et un portrait de Queneau réalisé en 1995 par Robert Bober avec Pierre Dumayet pour une émission télé de Bernard Rapp. Mais surtout, elle nous a donné l'occasion de découvrir deux superbes courts-métrages très peu connus : Les Sables, de Harold Manning, une évocation profonde et mélancolique de la guerre de 14, inspirée des personnages d'Un rude Hiver, et L’Emploi du temps de Bernard Lemoine et Raymond Queneau (1967), une adaptation cinématographique du principe des Exercices de style dans laquelle, à partir de quelques séquences de base, on en construit plusieurs variations à coup de coupures, de superpositions, d'accélérations, de retours en arrière, etc. Très efficace et très drôle !
Le colloque démarre très fort le lendemain matin, avec Jean-Pierre Longre, l'auteur de Raymond Queneau en scènes, prof à Lyon 3. Il lit Zazie en regard de deux pièces de théâtre qui ont toutes deux le métro comme décor, En passant, de Raymond Queneau, et les Amants du métro, de Jean Tardieu, et surtout en regard de Monsieur Phosphore, une œuvre de jeunesse de Queneau dans laquelle des archanges (dont Gabriel !) et des anges (à la fois mâles et femelles), finissent par créer l'enfer. Monsieur Phosphore est évidemment Lucifer (porte-lumière, lampadophore). Il donne un éclairage nouveau, original et très convaincant du personnage de Marcel-Marceline, porteur de la lampe torche qui éclaire la petite troupe dans l'enfer du métro. D'autant qu'il partage avec lui-elle la même ambiguïté et la même... douceur. Après quelques échanges dans l'auditoire, notamment à propos de l'Enfant du métro, de Madeleine Truel, livre paru en 1943 qui bloqua Queneau dans son élan et donna lieu à une étude de Jacques Roubaud, Patrick Brunel, maître de conférence à l'Institut catholique de Paris prend la parole à son tour. Il se demande si Raymond Queneau, qui a marqué, au nom d'une position morale, les limites du comique dans un article de 1938 repris en 1973, n'a pas outrepassé ces limites dans Zazie, roman des plus comiques qui soient. S'appuyant sur les travaux de Gérard Genette, il montre que si le ressort comique de Zazie est bien la parodie, le régime narratif n'est en aucun cas polémique ni satirique, il est essentiellement ludique, avec des incursions dans l'humoristique, l'ironique et le sérieux. Après la pause café, Gabriel Saad se pose la question de savoir s'il y a vraiment un narrateur dans Zazie, roman composé surtout de dialogues. Éric Beaumatin lui succède en jetant sur Zazie son œil (et son oreille) de linguiste averti, pour voir comment une poétique nous parle de la langue et du langage, et ce qu'elle en dit. Il s'attache particulièrement à ce qu'il appelle les «agglutinats», c'est à dire les amalgames syntagmatiques et autres polysyllabes monophasées du genre doukipudonktan ou lagoçamilébou, qui ont fait entre autres le succès de Zazie. Il en fait la liste et constate qu'ils comportent de une à six syllabes, l'hexasyllabe (lagoçamilébou) étant un hapax. Il remarque les hésitations de Queneau sur les paramorphismes à employer (entre le ss et le ç par exemple), examine l'usage-de ou le renoncement-à l'apostrophe, la suppression du trait d'union, la conservation des liaisons (qui aujourd'hui ne se prononcent plus), les ambiguïtés à lever (nasalisation du im évitée par imm au prix d'une surcharge) et pointe la sur-utilisation du k dans laquelle il voit une connotation germano-figurative. Le travail de Queneau sur la langue, au vu de cette analyse paraît inachevé et sporadique. Il termine en parlant de la langue en tant qu'espace de variation. La langue nous parle, également dans son traitement écrit.
Après un excellent déjeuner buffet dans les locaux de la SGDL, Paul Gayot, de sa voix voilée si particulière, et avec sa connaissance profonde de l'œuvre, nous parle évidemment des avant-textes de Zazie, que ce soient les work in progress, les plans successifs ou les manuscrits. Je renvoie à ses notes dans l'édition de la Pléiade, qu'il serait idiot de reproduire ici, et qui révèlent l'histoire cachée de chacun des personnages de Zazie. Philippe Wahl, de l'université Lyon 2, nous lit ensuite sa communication «l'incertitude des apparences» et, après une nouvelle pause, François Naudin intervient sur «Zazie et le Cortège du songe» en évoquant les premiers mots de Finnegans Wake de James Joyce, le Merdre! initial d'Ubu Roi d'Alfred Jarry et le premier titre d'Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, qui était... Alice's adventures underground, l'underground évoquant évidemment le nom du métro londonien. Le roman entier est-il un rêve ? Les mythes grecs sont également convoqués, avec Erebos et Hypnos. Puis Jérôme Roger (au nom si parfaitement et phonétiquement palindromique!), maître de conférence à l'université de Bordeaux, nous allèche avec son excellent titre, «jazzy dans le métro». Pas seulement un bon mot, car Raymond Queneau passionné de cette musique, connaissait Duke Ellington, etc., mais il faut reconnaître qu'il n'est jamais fait mention de jazz dans le roman. Jérôme Roger le débusque alors dans le rythme du roman, qui rappelle le phrasé scat utilisé, selon le mot de Boris Vian, «pour traduire des idées». L'alliance d'une oralité décapante et d'une éthique du langage fait honneur à Queneau. Le langage, s'il n'est pas improvisé, meurt et devient langue de bois, or la vitesse de répartie dans les dialogues tient de l'improvisation en jazz. Pas d'improvisation sans mémoire, comme dans le jazz, où abondent citations et parodies. Queneau sait qu'un écrivain ne peut pas strictement faire de la musique. Il doit avec le lecteur faire appel à l'oralité, résonance qui synthétise le corps dans le langage. Suit un détail des procédés utilisés pour fabriquer dans Zazie de véritables figures rythmiques. Georges Perec distingue entre les figures rythmiques qui cassent et celles qui opèrent l'unité. Il dit aussi que cela lui permet de parler de l'écriture (Magazine littéraire, 1976). Le vieillissement zazique guette le langage si l'enjazzement de la langue ne s'en mêle. Claude Debon rappelle, lors de la discussion qui suit ce bel exposé, que Narcense, le héros du Chiendent, est musicien de Jazz. Elle fait justement remarquer qu'il existe un genre, en littérature, dans lequel le rythme et les sons sont importants, et c'est la Poésie.
Le soir, la compagnie Lire autrement nous réservait un spectacle époustouflant : un voyage dans le roman Zazie à travers des extraits de textes choisis par Astrid Bouygues et Daniel Delbreil, lus-joués par Simone Hérault, excellentissime, et son complice Alexandre Lachaut, entrecoupés d'airs de chansons d'époque joués à l'accordéon par Frédéric Foret.
Le lendemain matin, c'est reparti sur des chapeaux de roues. Piers Burton-Page, avec le délicieux accent d'une langue forestière qui est pour lui maternelle, et un point de vue qu'il appelle transmanchien, se concentre sur The Scottish Play, (nom que l'on emploie par superstition à la place de Macbeth, pièce maudite), pour traquer l'influence de Shakespeare (Chexpire, écrivait Queneau) dans Zazie. Il compare différentes traductions du monologue de Gabriel et met en parallèle le «it is a tale/Told by an idiot, full of sound and fury,/Signifying nothing» de Macbeth et «toute cette histoire [n'est que] le songe d'un songe, le rêve d'un rêve, à peine plus qu'un délire tapé à la machine par un romancier idiot (oh ! pardon)», le oh pardon pouvant s'adresser aussi bien à l'auteur qu'à Shakespeare. Le reste, (Jeanne Lalochère en lady Macbeth, les écossaises du Mont de Piété) étant un peu moins convaincant.
La communication qui suit, avec Astrid Bouygues, est parmi les plus originales : partant du fait que Queneau lui-même présente Zazie dans le métro comme un roman d'initiation, elle s'attache à comparer d'un point de vue ethnologique l'initiation de Zazie à celle des jeunes filles de l'époque, dans un village, Minot, qui pourrait être Saint-Montron, à travers le travail d'une anthropologue, Yvonne Verdier. Le moins qu'on puisse dire est que les correspondances sont troublantes. La jeune fille de Minot passe par la communion à 12 ans, l'âge des premières règles, puis la Sainte Catherine à 15 ans, suivie, avant la pose des mais, d'une mise en marge du milieu maternel. Elle passe en général l'hiver chez une tante à apprendre la couture, les couturières ayant la réputation d'en connaître un rayon sur le sexe, et devenir alors une fille à marier. Zazie, certes, ne va pas chez une couturière, elle la quitte (c'est le métier de Jeanne Lalochère) mais elle va bien chez une tante prendre un bain de féminité. Son initiation est ratée puisque Zazie ne se tient pas coite comme il serait séant, mais ouvre des tas de portes sur un domaine extérieur qui doit rester inaccessible aux filles. Pourtant le j'ai vieilli de la fin indique qu'il s'est réellement passé quelque chose, à mettre en relation avec le conte de la Belle au bois dormant, évoqué par Zazie, même si c'est pour s'en moquer, dans lequel une jeune fille se pique le doigt avec un fuseau comme les couturières avec l'aiguille. Le sang est celui des règles. C'est la grève du métro, analogue à l'hiver chez la couturière, ou à 100 ans de sommeil, qui permet à Zazie de rejoindre son destin de fille. Le titre du roman pointe donc bien sur le moment essentiel, celui où l'enfant Zazie inconsciente sous terre meurt symboliquement pour renaître jeune fille.
L'intervention de Paul Fournel, qui suit la pause de 11 h, reste dans le domaine sexuel, mais d'un point de vue de mec puisqu'il a découvert à l'âge de Zazie qu'elle était «baisable». Lui que Queneau accompagne toujours, et ça se sent, rappelle que l'écrivain, qui pensait avoir écrit un livre sur la langue et sur la façon dont le sexe vient aux femmes, fut déçu par la réception d'un public qui n'y voyait que de la rigolade. Malentendu que le film de Louis Malle a selon lui renforcé.
Dans la communication suivante, Claude Debon, dont on connaît la rigueur scientifique, prend soin de rappeler que tout discours critique est par nature fictionnel. C'est pourquoi elle s'efforce de s'en tenir à la lettre ; et plus précisément à la lettre Z, qu'elle repère par exemple dans les zazous, ancêtres de Zazie et qui posent la question de l'engagement du roman, mais aussi dans la Zizanie, héroïne de Vercoquin et le plancton de Boris Vian et dans les «zig-zag droit devant elle» de Zazie courant comme l'éclair. Lettre qu'il faut écouter et qui donne un rythme au roman qui procède de rebond en rebond, de tac en tac, avec des courts-circuits étonnants comme «ils marchaient côte à côte mais droit devant eux», ou l'association de la grenadine et de la nocivité, ou encore une expression comme «le dénommé X». Elle conclut en disant qu'il est vain de chercher à répondre aux questions que pose Zazie, dans la mesure où tout le texte est précisément monté pour qu'on ne puisse pas y répondre.
Je n'ai pas droit au buffet aujourd'hui, pour cause d'affluence, et m'en vais prendre une entrecôte au bistrot du coin.
Au retour, c'est Gerhard Dörr qui parle de la partie cachée de Marceline, c'est à dire l'officier allemand déserteur de la Wehrmacht qu'elle était dans les avant-textes. Il en reste selon lui des traces, notamment quand il est dit que Marceline parle de la retraite «parce qu'elle connaissait bien la langue française», expression qui ne s'appliquerait pas à une Française d'origine. Christine Méry, qui enchaîne, s'intéresse, elle, au «réseau appellatif» de Zazie, nommée tantôt la mouflette, la gosse, l'enfant, la petite, etc. Quant à Bertrand Tassou, il s'interroge sur ce qu'il reste de Zazie aujourd'hui, en repérant les allusions simples et les transpositions du personnage. Dans Pour venger pépère d'A. D. G., un roman policier, Monique Voiron est une ado habillée de djins au visage vicieux, qualifiée de «pitoyable Zazie provinciale.» Dans Billy the kick de Jean Vautrin, une Julie rêve elle aussi d'aller à Paris et zozotte, elle est zobsédée, on trouve aussi un travesti, etc. On trouve une Zizanie dans le métro, roman policier de Hugo Lacroix dans lequel l'héroïne est plus âgée (20 ans). Il existe enfin une Zapinette Video où il est question d'un oncle travesti et d'un père tripoteur, mais le livre ne tient pas la route. Bertrand Tassou relève aussi de nombreuses allusions à doukipudonktan. Dans la presse, on compare à Zazie l'Amélie Poulain du film, l'héroïne Marjane de Persépolis, voire Isabelle Huppert. Du n'importe quoi qui révèle seulement que Zazie est identifiable. Mais il ne reste rien de la substance, de même qu'aujourd'hui tout est «ubuesque» ou «surréaliste». Pascal Herlem est le dernier intervenant, avec «Queneau adolescente», qui reprend l'énigme de la sexualité, questionnement du roman. Un sujet déjà largement abordé, qui lui donne l'occasion d'évoquer à propos de Gabriel l'Annonciation à la Vierge Marie.
Quant à moi je me demandais pourquoi l'on avait évoqué l'ambiguïté sexuelle de tous les personnages, (même celui de Laverdure,) en oubliant celui de Turandot. Après tout, c'est le nom d'une princesse, et soprano qui plus est.
Sur ce, nous sommes rentrés à la maison, bien fatigués mais contents, bien que tristes de rater la brouchtoucaille de fin de colloque !
Libellés : choses vues, Littérature, Raymond Queneau
06 octobre 2009
Meuh
Toutes choses étant égales par ailleurs, il vaut mieux du fourrage pour les bovins que du faux vin pour les bourrages.
Libellés : contrepèterie
12 septembre 2009
Tapisserie
De Buffalo, hotel Marriott-Niagara, sur un qwerty:
Dans la foule des passagers qui attendaient a Newark l'avion pour Buffalo, en retard evidemment une veille de 11 septembre, j'ai vu un ecossais vetu d'un kilt bleu en train de faire de la tapisserie. Plus tard dans l'avion, j'ai remarque que le sac de cuir oblong qu'il portait a l'epaule etait marque Scotland bagpipes. Je l'ai imagine en train de jouer de la cornemuse devant le Niagara pour couvrir le bruit des chutes.
Libellés : choses vues
05 septembre 2009
Pleine lune
En quête d'un Laguiole à offrir, je suis entrée hier dans une armurerie-coutellerie, où j'ai rapidement trouvé l'objet, conseillée par l'armurier-coutelier, un homme âgé, dont la collègue pas toute jeune elle non plus se vernissait les ongles derrière la caisse. Au moment où je me préparais à payer, un individu jeune, chapeauté d'un béret basque et assez nerveux de sa personne, est entré à son tour dans la boutique.— Je peux vous renseigner, vous cherchez quelque chose ? lui demande la caissière aux ongles fraîchement nacrés, d'un air soupçonneux.
— Non non, hin hin hin, répond le jeune homme de plus en plus agité, je regarde juste les vitrines, hin hin hin. Il danse d'un pied sur l'autre, jette des regards furtifs, autour de lui, puis sort aussi rapidement qu'il était entré.
La caissière grommelle et, s'adressant à son collègue :
— ça sent sa pleine lune, ça. On est quel jour aujourd'hui ?
— le 4 septembre lui dis-je, intriguée.
L'ongle verni de la dame descend lentement les jours du calendrier.
— Tiens! Qu'est-ce que je disais! Pleine lune!
Et, devant mon air interrogatif:
— Avec le genre de marchandise qu'on fait, madame, on attire forcément les gens un peu... bizarres. Et chaque pleine lune, ça ne manque pas, on en voit entrer, ils sont comme aimantés. Avec le genre d'articles qu'on fait.
J'ai appris quelque chose, là. Et puis c'était bien la pleine lune, la preuve, je l'ai photographiée avec mon nouveau zoom que j'ai eu pour mon anniversaire !
Libellés : choses vues
14 juin 2009
13 juin 2009
Dans les vestibules
«permettez mille excuz à ce crâne — une boule —
de susurrer plaintif la chanson du néant»
Raymond Queneau, «Je crains pas ça tellment», in l'Instant fatal.
«le port d'une pile (pacemaker), d'une valve cardiaque, ou de tout élément contenant du fer près des yeux ou dans la tête constitue un facteur de risque majeur (risque de décès, de cécité)»
Mais aucune de ces deux éventualités ne s'est finalement produite. Il y avait devant mes yeux sans lunettes un jeu de miroirs, une sorte de périscope me permettant d'apercevoir des silhouettes derrière une vitre, sans doute penchées devant un écran, en train de regarder défiler mes tranches de cervelle. J'y voyais aussi mon estomac se soulever au rythme de ma respiration. Dans ma main droite, une poire à presser pour appeler en cas de panique. Mais j'ai résisté, j'ai essayé de mémoriser les différents bruits qui m'assourdissaient, de compter les toc toc toc de l'esprit frappeur, de ne pas bouger malgré les soubresauts dont la machine était parfois agitée, et voilà, ça s'est arrêté, et j'avais la tête comme un melon.
Le médecin m'a remis un compte rendu très poétique:
En regard de la fosse postérieure, pas de lésion en regard des angles ponto-cérébelleux,
Intégrité des conduits auditifs internes, des appareils cochléo-vestibulaires.
Intégrité du 4e ventricule, du tronc cérébral, du cervelet.
À l'étage sus tentoriel:
Intégrité du système ventriculaire.
Présence de quelques hypersignaux de la substance blanche, aspécifiques, visibles notamment en regard des régions péri-ventriculaires, des centres semi-ovales droit et gauche.
Pas d'argument en faveur d'un accident vasculaire ischémique ou hémorragique récent.
Bon, j'étais un peu inquiète “de ces hypersignaux de la substance blanche” (encore un ma foi) aspécifiques, mais à la réunion Formules de ce matin, B. qui s'y connaît, m'a dit que le mot essentiel était «aspécifiques», ce qui veut dire qu'on ne peut rien en dire.
Je pense qu'ils étaient dûs aux alexandrins massacrés du poème «Au lecteur» de Baudelaire.
Libellés : choses vues, médecine, poésie
02 juin 2009
Le gendarme

Le dos orné d'un masque ethnique
La punaise d'Europe nique
Pendant trente heures quelquefois
Bouffant du tilleul et des noix
Libellés : choses vues, poésie
26 mai 2009
À moitié drôle

Soudain l’œil droit heurte.
On jette un cri, on a mal.
Du canal lacrymal
jaillissent sauriennes larmes.
Et s’engourdit la bouche
comme gueule de bois
mais seulement à dextre.
À table œil et bouche gênent.
On cligne on remue on se regarde dans la glace
On grimace.
On se couche en disant une bonne nuit là-dessus
Et tout ira bien. Mais
Le matin la réalité heurte.
À cinq heures
Quand on constate que l’œil droit ne se clôt
Que la joue est morte, et jusqu’au cou,
Ça craint.
À huit heures on le reconnaît, on le dit, on l’énonce.
(Sans articuler certaines lettres qui d’ailleurs manquent ici).
— Merde, dit le conjoint.
Au cabinet médical, le docteur
Ordonne les urgences.
À l’Hosto le toubib dit d’un air arrogant :
Central ? Neurologique ? Non non, mais ORL
Syndrome de Bell !
Des tests, du sang, un électrocardiogramme
La tension, la chaleur interne,
Tout est mesuré, consigné.
Sur l’ordonnance, on lit cortisone et Zélitrex
Et scotchez-moi cet œil la nuit.
Car on ne dort que d’un œil, le bon.
L’autre bée obstinément.
On l’arrose régulièrement
On l’oint d’onguents
On le chattertonne
Il ne bouge jamais d’un cil
.........
Huit jours sont écoulés et il y a du mieux.
La joue remue légèrement,
l’œil réussit à se clore.
Quelques séquelles drôles sont à craindre,
Comme les larmes de crocodile :
Les axones et les dendrites se mélangent les canaux
Entre le canal lacrymal et celui de Sténon, ils se gourent,
Et on chiale en mangeant.
Texte écrit sans p ni v ni f, que la paralysie faciale périphérique empêche de prononcer.
Libellés : lipogramme, médecine, oulipo
17 mai 2009
Maurice Fourré
«Tout au bas de l'échelle des êtres doués d'un si faible registre dans l'expression de la douleur, un vermisseau dont le frisson dans son faible corps annelé indique seul la peine ou la crainte et qui ne sait sourire, reçoit dans la nuit de sa vie sans yeux le sourire d'un Ambassadeur.»
La soirée, très sympa, alternait interventions d'acteurs récitant des textes de Maurice Fourré (beaucoup extraits justement de la Nuit du Rose-Hôtel), dégustation de produits angevins, rillettes, jambonneau et vins rouge, rosé ou blanc, et film sur Maurice Fourré, dans lequel Michel Butor intervient de façon remarquable. Aux murs, une photo de Maurice Fourré et des illustrations de Tristan Bastit, un projet pour une édition de la Marraine du Sel qui se concrétisera peut-être un jour, on l'espère.
D'autres photos de la soirée sont visibles ici, car Maurice Fourré à un groupe d'amis sur Facebook, et je vous conseille une visite sur le site de l'Association des Amis de Maurice Fourré.
Libellés : Littérature, peinture
16 mai 2009
Photogénique
Ils étaient donc sept, avant-hier jeudi 14 mai, à plancher sur le thème de la prose liquide. Jacques Jouet, Jacques Roubaud, Marcel Bénabou, Michelle Grangaud, Ian Monk, Hervé le Tellier et Valérie Beaudouin. En l'absence de Frédéric Forte, que ses nouveaux devoirs paternels doivent absorber, Jacques Jouet a lu des extraits de ses 99 notes préparatoires à la prose liquide, pour le plus grand plaisir de la salle. J'ai retenu par exemple : «la prose gazeuse doit ressembler à quelque chose comme le vers libre». Puis Jacques Roubaud, à mon grand plaisir, lit quelques textes de Gonçalo Tavares, un auteur portugais que j'adore depuis que D. m'a fait découvrir Monsieur Valéry. Ses poèmes sont tout aussi remarquables. (Et faites moi penser à acheter Jérusalem, son dernier roman). Marcel Bénabou a réuni dans un texte plaisant toutes les expressions de la langue française qui font allusion à l'eau. Michelle Grangaud pastiche Proust en une phrase interminable et coulante. Ian Monk décrit l'adolescence de Mek Ouilles, avec un gros succès. Hervé le Tellier lit un extrait de son prochain roman, construit selon le jeu des dominos, ce qui ne s'entend pas forcément. François Caradec, excusé pour cause de décès, est à l'honneur, avec un texte désopilant extrait de son dernier ouvrage Entrez donc, je vous attendais. Jacques Jouet a lui aussi un prochain roman, «concurrent direct de celui de le Tellier», dont il cite quelques passages, tandis que Valérie Beaudouin nous lit du Garréta. Une bonne séance après deux moyennes, que nous terminons en bonne compagnie avec la pizza habituelle, arrosée évidemment à l'Orvieto.
Libellés : oulipo
14 mai 2009
Encore un pas et puis le ciel
Que votre modestieOn note d'autres perles de la même eau comme Le plaisir de mourir sans peine Vaut bien la peine de vivre sans plaisirs. ou Encore un pas Et puis le ciel. Pour atteindre non pas le ciel mais la salle où avait lieu hier mercredi une journée d'étude consacrée à François Caradec, il fallut fouler les tombes des carmélites et longer une citation de Thérèse d'Avila inscrite dans le sol en lettres d'acier. Cela en valait la peine. Étienne Cornevin, professeur de «tératologie poétique» à Paris 8 avait réuni les meilleurs intervenants. Malgré un fil conducteur un peu réducteur, la monstruosité, ils ont réussi à donner une image assez complète de cet auteur aux facettes multiples. Éric Dussert (L'Alamblog, le Matricule des Anges) parla d'abord de L'Encyclopédie des farces et attrapes et mystifications, édité chez Pauvert en 1964, écrit par Caradec en collaboration avec Noël Arnaud et alii, la situant dans le contexte du Collège de 'Pataphysique, de l'Institut français de Farces et Attrapes, et du Da Costa encyclopédique. [À ce point de la réunion, je constate que s'il est beaucoup question du Rire, peu dans la salle semblent se gondoler, en tout cas pas les rares étudiants qui s'y trouvent]. Yves Frémion, en tant que spécialiste incontesté des petits miquets, parle ensuite de Caradec iconologue, et plus particulièrement de sa «colombophilie» : Caradec était un admirateur et connaisseur de Christophe (i.e. Georges Colomb), l'immortel créateur du Savant Cosinus, du Sapeur Camembert et de la Famille Fenouillard, dont il écrit la biographie, la première consacrée à un auteur de bandes dessinées. Puis c'est au tour d'Astrid Bouygues, qui fait un exposé remarquable de finesse sur Caradec lecteur de Queneau, exégète de sa rime «asthmatique», et qui lui a consacré 10 articles. Pour Caradec, l'œuvre de Queneau n'est qu'une longue quête de l'enfance. Jacques Jouet, pour sa belle et riche intervention, a choisi la forme de la quenine qu'il explique au public: neuf strophes de neuf vers avec neuf éléments permutant (dans son cas les débuts de vers) selon des règles précises. Il a remarqué dans les Nuages de Paris l'occurrence importante du mot passer.
Soit connue de tous les hommes.
Avec ces deux dernières interventions on est un peu sorti de l'image trop réductrice du Caradec humoriste, pour aborder celle du Caradec poète et écrivain, excellent poète et excellent écrivain. C'est la pause. J'en profite pour photographier M. et A. Z. qui prennent des attitudes idoines sous les sentences mystiques. Déjeuner au Thaï d'en face, menu buffet à volonté pour 10 euros cinquante. Pas mal du tout. Et puis cela reprend.
J'ai peu suivi le premier exposé d'Étienne Cornevin sur la logique et Allais, digestion oblige, mais j'ai retenu qu'au mot de «pensée penchée», Claude Debon, de la salle, a fait cette remarque: «mais n'est-ce pas la définition du Clinamen ?» Elle a raison. Christian Laucou intervient ensuite sur Caradec typographe et montre une série de belles images de couvertures ou d'intérieurs de livres. Bruno Fuligni, qui dirige la Mission éditoriale de l’Assemblée nationale, parle brillamment des rapports de la farce et du sacré. Le comique de la politique vient de son excès de sérieux. La politique serait la mystification par excellence. Les «petites histoires» de l'Assemblée nationale, toutes vérifiables, sont toutes fausses ou presque. Mais chez Caradec, tout est vrai, et il a le don à partir du petit détail, de reconstituer l'ensemble, le grand truc finalement si dérisoire auquel il a conduit. Alain Zalmanski, remplaçant Paul Gayot, explique à un public déjà bien initié les arcanes de la 'Pataphysique, de ses commissions et co-commissions, ainsi que les fonctions et les titres de François Caradec, à l'aide de slides Power Point. [C'est curieusement le seul de toute la bande qui se soit servi de cet outil pourtant indispensable au conférencier d'aujourd'hui]. Étienne Cornevin conclut enfin, mais il n'y a plus un étudiant dans la salle. La table ronde qui suivit a dû paraître bizarre aux deux ou trois non pataphysiciens présents dans ce qui restait de public.
Libellés : François Caradec, Littérature, oulipo, pataphysique
11 mai 2009
De but en blanc
Un très bel ouvrage qui montre aussi la créativité de l'association trop rare oulipo-oupeinpo.
48 pages, 24 € à commander au Crayon qui tue, 51 A rue du Volga, Paris XXe.
06 mai 2009
Hervé le Tellier parle de Raymond Queneau
Quant à moi, mon vœu le plus cher, c'est qu'un jour le lien à la mode en Chine soit le Chien à la mandoline.
Libellés : cinéma, contrepèterie, Littérature, oulipo, poésie
04 mai 2009
La danse macabre

Les Français en quête de Tamiflu*,
Méfiants, déféquant ailleurs,
Se lamentent du risque affilé.
Filme leur danse fantastique !
Quarante neuf mille sédatifs
Allumant identiques effarés
Fusent en masque, allié tardif,
Le marquant du fiel si néfaste,
L’assénant de fruit maléfique.
Qui renifle se damna, tel Faust.
Idée qu’ils meurent, s’affalant,
Défuntant, alarmés, liquéfiés !
Maudits relaient efflanqués,
Déquillant menteur affaissé.
Dans le fumier, lest fanatique,
La Tarasque de festin fulmine.
EC
* poème anagrammatique sur un titre du Figaro du 1er mai.
chaque vers contient les mêmes lettres que ce titre, mais dans un ordre différent.
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01 mai 2009
H1N1 - Anagrammes d'actualité
Pigeon, pourceau pourrissant là,
un souci, par le groin osé, apparut.
Or un agriculteur posa sa pipe. On
grinça, ou présupposa la truie.
La peur — âge pourri ! — nous constipa.
La corruption, au sinus propagée,
par contagion sueur popularise.
Aucune guérison, à part propolis.
Galoper soupirant ? Aucun espoir !
SOS ! Rongé au lit, aucun approprié
appui pour s’écrouler agonisant.
La grippe porcine nous aura tous.
EC
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