14 juin 2009
13 juin 2009
Dans les vestibules
«permettez mille excuz à ce crâne — une boule —
de susurrer plaintif la chanson du néant»
Raymond Queneau, «Je crains pas ça tellment», in l'Instant fatal.
«le port d'une pile (pacemaker), d'une valve cardiaque, ou de tout élément contenant du fer près des yeux ou dans la tête constitue un facteur de risque majeur (risque de décès, de cécité)»
Mais aucune de ces deux éventualités ne s'est finalement produite. Il y avait devant mes yeux sans lunettes un jeu de miroirs, une sorte de périscope me permettant d'apercevoir des silhouettes derrière une vitre, sans doute penchées devant un écran, en train de regarder défiler mes tranches de cervelle. J'y voyais aussi mon estomac se soulever au rythme de ma respiration. Dans ma main droite, une poire à presser pour appeler en cas de panique. Mais j'ai résisté, j'ai essayé de mémoriser les différents bruits qui m'assourdissaient, de compter les toc toc toc de l'esprit frappeur, de ne pas bouger malgré les soubresauts dont la machine était parfois agitée, et voilà, ça s'est arrêté, et j'avais la tête comme un melon.
Le médecin m'a remis un compte rendu très poétique:
En regard de la fosse postérieure, pas de lésion en regard des angles ponto-cérébelleux,
Intégrité des conduits auditifs internes, des appareils cochléo-vestibulaires.
Intégrité du 4e ventricule, du tronc cérébral, du cervelet.
À l'étage sus tentoriel:
Intégrité du système ventriculaire.
Présence de quelques hypersignaux de la substance blanche, aspécifiques, visibles notamment en regard des régions péri-ventriculaires, des centres semi-ovales droit et gauche.
Pas d'argument en faveur d'un accident vasculaire ischémique ou hémorragique récent.
Bon, j'étais un peu inquiète “de ces hypersignaux de la substance blanche” (encore un ma foi) aspécifiques, mais à la réunion Formules de ce matin, B. qui s'y connaît, m'a dit que le mot essentiel était «aspécifiques», ce qui veut dire qu'on ne peut rien en dire.
Je pense qu'ils étaient dûs aux alexandrins massacrés du poème «Au lecteur» de Baudelaire.
Libellés : choses vues, médecine, poésie
02 juin 2009
Le gendarme

Le dos orné d'un masque ethnique
La punaise d'Europe nique
Pendant trente heures quelquefois
Bouffant du tilleul et des noix
Libellés : choses vues, poésie
26 mai 2009
À moitié drôle

Soudain l’œil droit heurte.
On jette un cri, on a mal.
Du canal lacrymal
jaillissent sauriennes larmes.
Et s’engourdit la bouche
comme gueule de bois
mais seulement à dextre.
À table œil et bouche gênent.
On cligne on remue on se regarde dans la glace
On grimace.
On se couche en disant une bonne nuit là-dessus
Et tout ira bien. Mais
Le matin la réalité heurte.
À cinq heures
Quand on constate que l’œil droit ne se clôt
Que la joue est morte, et jusqu’au cou,
Ça craint.
À huit heures on le reconnaît, on le dit, on l’énonce.
(Sans articuler certaines lettres qui d’ailleurs manquent ici).
— Merde, dit le conjoint.
Au cabinet médical, le docteur
Ordonne les urgences.
À l’Hosto le toubib dit d’un air arrogant :
Central ? Neurologique ? Non non, mais ORL
Syndrome de Bell !
Des tests, du sang, un électrocardiogramme
La tension, la chaleur interne,
Tout est mesuré, consigné.
Sur l’ordonnance, on lit cortisone et Zélitrex
Et scotchez-moi cet œil la nuit.
Car on ne dort que d’un œil, le bon.
L’autre bée obstinément.
On l’arrose régulièrement
On l’oint d’onguents
On le chattertonne
Il ne bouge jamais d’un cil
.........
Huit jours sont écoulés et il y a du mieux.
La joue remue légèrement,
l’œil réussit à se clore.
Quelques séquelles drôles sont à craindre,
Comme les larmes de crocodile :
Les axones et les dendrites se mélangent les canaux
Entre le canal lacrymal et celui de Sténon, ils se gourent,
Et on chiale en mangeant.
Texte écrit sans p ni v ni f, que la paralysie faciale périphérique empêche de prononcer.
Libellés : lipogramme, médecine, oulipo
17 mai 2009
Maurice Fourré
«Tout au bas de l'échelle des êtres doués d'un si faible registre dans l'expression de la douleur, un vermisseau dont le frisson dans son faible corps annelé indique seul la peine ou la crainte et qui ne sait sourire, reçoit dans la nuit de sa vie sans yeux le sourire d'un Ambassadeur.»
La soirée, très sympa, alternait interventions d'acteurs récitant des textes de Maurice Fourré (beaucoup extraits justement de la Nuit du Rose-Hôtel), dégustation de produits angevins, rillettes, jambonneau et vins rouge, rosé ou blanc, et film sur Maurice Fourré, dans lequel Michel Butor intervient de façon remarquable. Aux murs, une photo de Maurice Fourré et des illustrations de Tristan Bastit, un projet pour une édition de la Marraine du Sel qui se concrétisera peut-être un jour, on l'espère.
D'autres photos de la soirée sont visibles ici, car Maurice Fourré à un groupe d'amis sur Facebook, et je vous conseille une visite sur le site de l'Association des Amis de Maurice Fourré.
Libellés : Littérature, peinture
16 mai 2009
Photogénique
Ils étaient donc sept, avant-hier jeudi 14 mai, à plancher sur le thème de la prose liquide. Jacques Jouet, Jacques Roubaud, Marcel Bénabou, Michelle Grangaud, Ian Monk, Hervé le Tellier et Valérie Beaudouin. En l'absence de Frédéric Forte, que ses nouveaux devoirs paternels doivent absorber, Jacques Jouet a lu des extraits de ses 99 notes préparatoires à la prose liquide, pour le plus grand plaisir de la salle. J'ai retenu par exemple : «la prose gazeuse doit ressembler à quelque chose comme le vers libre». Puis Jacques Roubaud, à mon grand plaisir, lit quelques textes de Gonçalo Tavares, un auteur portugais que j'adore depuis que D. m'a fait découvrir Monsieur Valéry. Ses poèmes sont tout aussi remarquables. (Et faites moi penser à acheter Jérusalem, son dernier roman). Marcel Bénabou a réuni dans un texte plaisant toutes les expressions de la langue française qui font allusion à l'eau. Michelle Grangaud pastiche Proust en une phrase interminable et coulante. Ian Monk décrit l'adolescence de Mek Ouilles, avec un gros succès. Hervé le Tellier lit un extrait de son prochain roman, construit selon le jeu des dominos, ce qui ne s'entend pas forcément. François Caradec, excusé pour cause de décès, est à l'honneur, avec un texte désopilant extrait de son dernier ouvrage Entrez donc, je vous attendais. Jacques Jouet a lui aussi un prochain roman, «concurrent direct de celui de le Tellier», dont il cite quelques passages, tandis que Valérie Beaudouin nous lit du Garréta. Une bonne séance après deux moyennes, que nous terminons en bonne compagnie avec la pizza habituelle, arrosée évidemment à l'Orvieto.
Libellés : oulipo
14 mai 2009
Encore un pas et puis le ciel
Que votre modestieOn note d'autres perles de la même eau comme Le plaisir de mourir sans peine Vaut bien la peine de vivre sans plaisirs. ou Encore un pas Et puis le ciel. Pour atteindre non pas le ciel mais la salle où avait lieu hier mercredi une journée d'étude consacrée à François Caradec, il fallut fouler les tombes des carmélites et longer une citation de Thérèse d'Avila inscrite dans le sol en lettres d'acier. Cela en valait la peine. Étienne Cornevin, professeur de «tératologie poétique» à Paris 8 avait réuni les meilleurs intervenants. Malgré un fil conducteur un peu réducteur, la monstruosité, ils ont réussi à donner une image assez complète de cet auteur aux facettes multiples. Éric Dussert (L'Alamblog, le Matricule des Anges) parla d'abord de L'Encyclopédie des farces et attrapes et mystifications, édité chez Pauvert en 1964, écrit par Caradec en collaboration avec Noël Arnaud et alii, la situant dans le contexte du Collège de 'Pataphysique, de l'Institut français de Farces et Attrapes, et du Da Costa encyclopédique. [À ce point de la réunion, je constate que s'il est beaucoup question du Rire, peu dans la salle semblent se gondoler, en tout cas pas les rares étudiants qui s'y trouvent]. Yves Frémion, en tant que spécialiste incontesté des petits miquets, parle ensuite de Caradec iconologue, et plus particulièrement de sa «colombophilie» : Caradec était un admirateur et connaisseur de Christophe (i.e. Georges Colomb), l'immortel créateur du Savant Cosinus, du Sapeur Camembert et de la Famille Fenouillard, dont il écrit la biographie, la première consacrée à un auteur de bandes dessinées. Puis c'est au tour d'Astrid Bouygues, qui fait un exposé remarquable de finesse sur Caradec lecteur de Queneau, exégète de sa rime «asthmatique», et qui lui a consacré 10 articles. Pour Caradec, l'œuvre de Queneau n'est qu'une longue quête de l'enfance. Jacques Jouet, pour sa belle et riche intervention, a choisi la forme de la quenine qu'il explique au public: neuf strophes de neuf vers avec neuf éléments permutant (dans son cas les débuts de vers) selon des règles précises. Il a remarqué dans les Nuages de Paris l'occurrence importante du mot passer.
Soit connue de tous les hommes.
Avec ces deux dernières interventions on est un peu sorti de l'image trop réductrice du Caradec humoriste, pour aborder celle du Caradec poète et écrivain, excellent poète et excellent écrivain. C'est la pause. J'en profite pour photographier M. et A. Z. qui prennent des attitudes idoines sous les sentences mystiques. Déjeuner au Thaï d'en face, menu buffet à volonté pour 10 euros cinquante. Pas mal du tout. Et puis cela reprend.
J'ai peu suivi le premier exposé d'Étienne Cornevin sur la logique et Allais, digestion oblige, mais j'ai retenu qu'au mot de «pensée penchée», Claude Debon, de la salle, a fait cette remarque: «mais n'est-ce pas la définition du Clinamen ?» Elle a raison. Christian Laucou intervient ensuite sur Caradec typographe et montre une série de belles images de couvertures ou d'intérieurs de livres. Bruno Fuligni, qui dirige la Mission éditoriale de l’Assemblée nationale, parle brillamment des rapports de la farce et du sacré. Le comique de la politique vient de son excès de sérieux. La politique serait la mystification par excellence. Les «petites histoires» de l'Assemblée nationale, toutes vérifiables, sont toutes fausses ou presque. Mais chez Caradec, tout est vrai, et il a le don à partir du petit détail, de reconstituer l'ensemble, le grand truc finalement si dérisoire auquel il a conduit. Alain Zalmanski, remplaçant Paul Gayot, explique à un public déjà bien initié les arcanes de la 'Pataphysique, de ses commissions et co-commissions, ainsi que les fonctions et les titres de François Caradec, à l'aide de slides Power Point. [C'est curieusement le seul de toute la bande qui se soit servi de cet outil pourtant indispensable au conférencier d'aujourd'hui]. Étienne Cornevin conclut enfin, mais il n'y a plus un étudiant dans la salle. La table ronde qui suivit a dû paraître bizarre aux deux ou trois non pataphysiciens présents dans ce qui restait de public.
Libellés : François Caradec, Littérature, oulipo, pataphysique
11 mai 2009
De but en blanc
Un très bel ouvrage qui montre aussi la créativité de l'association trop rare oulipo-oupeinpo.
48 pages, 24 € à commander au Crayon qui tue, 51 A rue du Volga, Paris XXe.
06 mai 2009
Hervé le Tellier parle de Raymond Queneau
Quant à moi, mon vœu le plus cher, c'est qu'un jour le lien à la mode en Chine soit le Chien à la mandoline.
Libellés : cinéma, contrepèterie, Littérature, oulipo, poésie
04 mai 2009
La danse macabre

Les Français en quête de Tamiflu*,
Méfiants, déféquant ailleurs,
Se lamentent du risque affilé.
Filme leur danse fantastique !
Quarante neuf mille sédatifs
Allumant identiques effarés
Fusent en masque, allié tardif,
Le marquant du fiel si néfaste,
L’assénant de fruit maléfique.
Qui renifle se damna, tel Faust.
Idée qu’ils meurent, s’affalant,
Défuntant, alarmés, liquéfiés !
Maudits relaient efflanqués,
Déquillant menteur affaissé.
Dans le fumier, lest fanatique,
La Tarasque de festin fulmine.
EC
* poème anagrammatique sur un titre du Figaro du 1er mai.
chaque vers contient les mêmes lettres que ce titre, mais dans un ordre différent.
Libellés : actualité, anagrammes, oulipo, poésie
01 mai 2009
H1N1 - Anagrammes d'actualité
Pigeon, pourceau pourrissant là,
un souci, par le groin osé, apparut.
Or un agriculteur posa sa pipe. On
grinça, ou présupposa la truie.
La peur — âge pourri ! — nous constipa.
La corruption, au sinus propagée,
par contagion sueur popularise.
Aucune guérison, à part propolis.
Galoper soupirant ? Aucun espoir !
SOS ! Rongé au lit, aucun approprié
appui pour s’écrouler agonisant.
La grippe porcine nous aura tous.
EC
Libellés : actualité, anagrammes
11 avril 2009
Meschonnic et l'Oulipo
[Roubaud] a écrit dans un livre appelé Poésie etcetera : ménage, qu’il n’y a pas de rythme dans la prose. Autrement dit, pour lui, le rythme est uniquement métrique. Il est en plein dans cette confusion qui remonte à Platon, et fait le contraire de ce que disait Aristote. [...] le vers est le domaine même du rythme, il n’y a de rythme que dans les vers, et la prose est dénuée de rythme. C’est ce que redit encore Jacques Roubaud. Déjà, les spécialistes français du XVIIIe siècle savaient qu’il y a du rythme dans la prose.
Les enjeux théoriques de ces controverses sont certainement importants, mais ils m'échappent un peu. De toutes façons, il n'y aura pas de survivants.
Libellés : oulipo
10 avril 2009
Chemin de croix

Cette histoire commence au jardin des olives
Par une trahison et une arrestation
Que suit incontinent une condamnation
Et le reniement d’un disciple qui s’esquive.
Un jugement s’ensuit, puis il faut qu’on décrive
La séquence assez hard d’une flagellation,
La croix n’arrivant qu’à la septième station ;
Pour son transport, Simon est la locomotive.
Les femmes, devant ça, pleurent, bien entendu.
Ensuite, sur le bois, le condamné pendu
Promet à son voisin sympathique un royaume,
Et confie à sa mère un copain éperdu
Avant de décéder sans être descendu.
À la fin on le met en terre et on l’embaume.
EC
(Sonnet de circonstance : contrainte = une station par vers.)
NB : il y a plusieurs traditions pour les stations, je me suis appuyée pour la circonstance sur celle-ci : http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/cefpaques/rjcpqcrx00.html
01 avril 2009
La vérité relative
Comme dans tout ce qu'écrit Jacques, l'accent est mis sur la fluidité, le sens et la poésie de l'écriture, de sorte que si l'on n'était pas averti par le titre du recueil, on pourrait le lire sans se douter qu'il s'agit d'anagrammes, exactement comme Sorel Eros, le livre-poème qu'il a écrit avec Frédéric Schmitter (non publié) ne laisse pas deviner qu'il s'agit d'un palindrome, et a fortiori du plus grand palindrome jamais élaboré.
Jacques Perry-Salkow appartient donc à cette race d'auteurs à contraintes pour lesquels la contrainte, technique qui a permis la naissance du texte, ne doit pas être visible au premier abord, mais seulement après un effort de lecture supplémentaire.
«Hermétique ne suis, herméneutique accepte», comme disait Raymond Queneau.
À propos de fête des mères, donc, une excellente idée de cadeau : Le Seuil, 13 €.
Libellés : anagrammes, poésie
20 mars 2009
Électricité
Quand la longue caravane passe
Il agresse son bon conducteur
Et l’intensité des aboiements
Varie sinusoïdalement
C’est le chien courant alternatif
16 mars 2009
Sari
Sophie nous racontait hier au déjeuner son voyage en Inde : elle a dû convenir qu'un sari mouillé était nettement plus érotique qu'un mari souillé.
Libellés : contrepèterie
13 mars 2009
Surmenage
De temps en temps, pour m'aérer, je faisais tout de même une petite variation sur le thème imposé cette année par Zazie Mode d'emploi, un extrait d'Espèces d'espaces de Georges Perec, prélude aux « 3 jours du livre » de Lille 3000 et à la soirée oulipienne du vendredi 22 mai, à la Gare Saint-Sauveur. À l'heure qu'il est, il y a déjà 41 versions sur le site, dont une douzaine de ma pomme. Tout le monde peut y participer, n'hésitez pas ! Une adresse : http://zazipo.net.
Libellés : Littérature, poésie
21 février 2009
Alexandrins
Le procès Colonna va reprendre lundi
mais reste à la merci d'un nouvel incident
15 février 2009
Vision
06 février 2009
Cherchez la p'tite bête à l'Oulipo
Autre découverte, les Poèmes isolés de Frédéric Forte, (Je les ai commandés : 3 euros aux Éditions du soir au matin, 936 chemin de Lézene, 31330 Merville, plus 0,55 euro pour les frais de port) dont il a lu quelques extraits et qui me paraissent à vue de nez très originaux.
Le reste on connaissait : les "sardinosaures" de Salon et Roubaud, les copulations d'insectes de le Tellier... mais c'est toujours drôle à écouter. Michelle Grangaud a exécuté une variation myrmidone très enlevée sur un thème fournelien connu, et Marcel Bénabou, ayant eu l'idée de féminiser les noms d'animaux dans les expressions du langage cuit, s'est fort heureusement arrêté à lapine.
Au dîner de la pizzeria habituelle, il y avait foule : un traducteur de Perec et deux facebookiens s'étaient joints à notre groupe, tandis que toute une partie de la salle était occupée par Hélène et ses élèves, qu'accompagnaient Olivier Salon et Frédéric Forte.












