20 novembre 2011

Crime raté au XVe colloque des Invalides

A.C pendant son intervention
La veille de son intervention au XVe colloque des Invalides, Alain Chevrier, qui devait traiter à 14 h et en 5 minutes de « l’éloge du crime chez les surréalistes », m’avait envoyé un mail mystérieux que je cite : « peux-tu apporter ton matos photographique et te tenir prête à fixer mon image à la fin de mon intervention (14 h 05), où je menacerai le public d'un revolver (en plastique) ». À quoi je lui avais répondu sur le même ton que je pensais plutôt devoir prévenir la police. 

Toujours facétieux, notre ami avait en effet prévu de terminer son intervention — par ailleurs très érudite — sur la célèbre phrase d’André Breton : « L'acte surréaliste le plus simple consiste, révolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule ». Il aurait à ce moment précis sorti son pistolet de sa poche, et, le brandissant depuis l’estrade, en aurait fait péter une ou deux cartouches aux oreilles du public dont les ho ! et les ha ! l’auraient intensément réjoui, ainsi que l’auditoire. 

Las ! Cette excellente idée ne put être mise en œuvre. 

Car pour se prémunir contre les menaces terroristes de ces temps troublés, le centre culturel canadien, hébergeur du colloque, qui relève de l’ambassade du Canada en France, et se trouve être par là même une cible potentielle, s’est récemment équipé d’un matériel sécuritaire dernier cri, digne des aéroports internationaux. D’un côté, un portique sonnant à la moindre limaille, de l’autre un tapis roulant recueillant d'une part les sacs et serviettes destinés à être radiographiés en couleurs dans leurs moindres détails, d'autre part le bac plastique contenant les montres, clés, portables etc. traités à part, le tout surveillé par une équipe de cerbères en uniforme à la physionomie nettement moins culturelle que le centre en question, insensibles aux manifestations d’amabilité, et dont on était fondé à mettre en doute le sens de la plaisanterie sinon à craindre la fouille au corps. 

À la vue de la sophistication extrême de l’appareil, qui n’aurait pas manqué de révéler la forme caractéristique de son arme — certes factice — aux yeux de ces dragons, notre ami sentit le sang lui descendre dans les talons. Comment allait-il expliquer à ces portiers patibulaires la présence d’un révolver dans sa sacoche ? Quels arguments invoquerait-il pour justifier son innocence ? Comment se sortirait-il de l’affreux quiproquo et du scandale qui découlerait de la terrible découverte, sachant qu’il se trouvait peut-être en territoire canadien sur le sol français, et allez savoir quelles sont les lois de ce pays ? Toujours est-il que, ni une ni deux, il rebroussa chemin et jeta le jouet, enveloppé dans du papier journal, dans la première poubelle publique venue.

1 commentaire:

  1. Quelle bonne idée, zut alors! (Pas pu venir, Finnegans Wake)

    RépondreSupprimer

Malgré Facebook, j'apprécierais que vos commentaires soient publiés sur blogotobo. Merci d'avance !